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Mardi 4 mai 2010 // Divers

FLORILEGES

La posture Obama sur le désarmement nucléaire agace en France, mais aussi au Japon... et au sein de l’établissement militaire américain. Moscou est bien seul à s’en féliciter.
La réplique de Paris a été immédiate : la France n’a aucune intention de modifier sa stratégie nucléaire. Ce n’était pas inutile. De bons esprits n’auraient pas manqué de s’interroger sur le bien-fondé de la bombinette gaullienne qui n’a jamais été prise au sérieux outre-Atlantique, sauf de façon éphémère par le bon docteur Kissinger, théoricien trop européen de la realpolitik. Obsolète : le mot revient plusieurs fois dans la bouche d’Obama qui doit à sa posture l’obtention du Prix Nobel de la paix 2009.
On ne peut reprocher au président américain de ne pas être constant. Il a de la suite dans les idées. S’il continue, il ira loin. Car, l’une après l’autre, toutes les réformes annoncées dans la première année de son mandat prennent corps. Fort de son succès en matière de régime de santé américain, il poursuit sur sa trajectoire en matière nucléaire. Un an après un plaidoyer tonitruant en faveur d’un monde dénucléarisé, il est revenu à Prague, le 8 avril, pour signer le premier accord de désarmement avec la Russie depuis une décennie : Start III. Il préside à Washington les 12 et 13 avril un sommet d’une quarantaine de pays sur la sécurité nucléaire, notamment avec l’idée de protéger les armes de la menace terroriste. Enfin du 3 au 28 mai se tient à New York la conférence quinquennale de révision du traité de non-prolifération.

La menace atomique aujourd’hui n’est ainsi plus constituée par la possession par les deux Grands d’arsenaux (Start III les réduit à 1550 ogives chacun, c’est suffisant pour faire sauter toute la planète). Ce qui fait peur, c’est que des terroristes ou des États voyous s’en emparent. C’est dire que l’équilibre de la terreur mutuelle n’a plus cours. L’atome, auquel on conférait la vertu d’égalisateur des forces, est devenu en soi un danger. La question est alors de savoir pourquoi les deux Grands ne sont pas allés plus loin dans la réduction. On s’attendait par exemple pour Start III à un plancher de mille ogives. Il a été écarté pour deux raisons, l’une conjoncturelle qui consiste à ne pas partir trop bas dans une prochaine négociation plus générale, l’autre plus structurelle qui implique les acteurs qui sont hors-jeu. Souvent un pays n’a pas seulement un mais deux rivaux : la Russie a l’Amérique mais aussi la Chine, l’Inde a le Pakistan mais aussi la Chine. Il faut donc doubler les sites.

Le moment de vérité viendra lorsque l’Otan révisera à son tour sa stratégie nucléaire. Si l’arme nucléaire ne doit plus servir qu’à la dissuasion, il conviendra de bannir tout armement dit tactique, c’est-à-dire les armes qui étaient conçues pour corriger une infériorité conventionnelle par rapport au bloc soviétique : deux cents ogives disséminées entre la Norvège et la Turquie, l’Allemagne et le Benelux. Reste entière la question de la force française de dissuasion. Le débat classique des années 60 est de retour. Si les Etats-Unis décident de n’utiliser la force nucléaire qu’en cas de menace nucléaire sur leur propre territoire, qu’est-ce qui peut empêcher leurs alliés, à découvert, de se doter de leur propre dissuasion ? Japon, France, etc. Sauf à continuer de promettre aux alliés stratégiques la garantie du parapluie nucléaire américain à ceux qui ne se seraient volontairement pas dotés de l’arme nucléaire. Et l’Iran ? Et Israël ? On voit bien la nécessité de discuter, de passer des accords, d’entrer dans des, systèmes de garanties et de contrôles auxquels tout le monde participe. C’était la philosophie du traité de non-prolifération de 1968. Les membres du Club promettaient de désarmer contre engagement des non-membres de ne pas s’armer. La machine s’est enrayée. Il s’agit de la faire repartir.

LA MAISON BRÛLE

La Grèce n’est pas un cas isolé : aux quatre coins de l’Europe, la maison commune commence à brûler. Mais que font donc les pompiers ? Ils attendent que les incendiaires se calment. Aux quatre coins, ça sent le roussi : la Lettonie subit une lourde récession avec réduction des salaires ; la Hongrie vit une crise sévère ; l’Irlande doit recapitaliser ses banques qui ont perdu des fortunes dans la crise immobilière... Et puis, au sud, il y a la Grèce qui concentre l’attention des milieux financiers. Suite, à une baisse de sa note par des agences qu’on suppose qualifiées, ce pays est contraint de financer son énorme déficit budgétaire à des taux atteignant 7,5% d’intérêt, soit le double de ce que paye l’Allemagne. Plus le gouvernement grec emprunte pour rembourser ses précédents emprunts et assurer ses dépenses courantes, plus il creuse l’écart avec les pays les mieux notés de l’Union...

D’où une question : puisque le bâtiment commence à brûler, que font les pompiers ? Ils ont commencé par répandre de bonnes paroles en restant inertes. Et ils n’ont pas tort dans un système dominé par la logique de la spéculation. Si les pompiers donnent l’alarme, les spéculateurs activeront l’incendie pour faire chauffer au plus vite leurs marrons. Au contraire, si les pompiers affirment que ce n’est qu’un feu de paille, les spéculateurs seront peut-être découragés par cette attitude de sang-froid et iront porter ailleurs leurs marrons à demi cuits. Pour calmer le jeu des incendiaires, l’Union a cependant annoncé le 25 mars qu’elle avait mis au point un plan de soutien à la Grèce ce qui signifiait que les lances à incendies étaient braquées sur le foyer. Mais pas plus dans un premier temps... Ils ont tout de même précisé, le 11 avril, qu’ils mettaient 40 millions à disposition de la Grèce avec un taux d’intérêt tournant autour de 5% tandis que le FMI évoquait un prêt plus réduit à 3,5%.

Quand Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, assure que la Grèce ne fera pas défaut (qu’elle continuera à rembourser ses dettes), il est peut-être persuadé du contraire, mais il tente de « rassurer les marchés ». De même, quand Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, déclare en substance que les banques françaises ne sont en rien affectées par la crise grecque, il tente de dissuader les spéculateurs de vendre les actions des banques françaises. À la corbeille, on pense sans doute que l’Europe ne peut pas abandonner la Grèce, mais on a intérêt à voir s’amplifier les baisses des cours, prélude, espère-t-on, à des remontées tout aussi spectaculaires. Ce sont les fortes variations, qui sont la raison de vivre du trader, pas l’horizon du Cac 40 autour de 4.000 points, ni un euro stable face au dollar. Les crises monétaires et les crises financières ont des ressorts psychologiques (emballement mimétique, dissuasion verbale, cynisme et double jeu). Mais des facteurs juridiques peuvent compliquer encore un mécanisme sciemment déréglé : ainsi, il fallait l’accord des 27 Etats-membres de l’Union pour que celle-ci prête de l’argent à taux raisonnable à l’État grec. On dira qu’un énorme prêt, en début de crise, aurait peut-être douché les spéculateurs. La difficulté de l’opération étant que tous les États de l’Union sont couverts de dettes (pour financer les plans de relance). Ils retardent donc le moment du prêt à la Grèce, espérant que les mesures psychologiques suffiront.

Pendant ce temps, les citoyens Grecs ont retiré des milliards des banques pour les placer à l’étranger et, le 9 avril, l’agence de notation Fitch avait encore abaissé la note de la Grèce... tandis. que l’Espagne et l’Italie étaient dans le collimateur. On annonçait la reprise pour 2010. Pour l’instant c’est la crise qui reprend.

ACCORD HISTORIQUE ENTRE WASHINGTON ET MOSCOU

Bien qu’il convienne de se méfier de I’usage abusif de l’adjectif « historique » quand on examine la politique contemporaine, il faut considérer avec le plus grand soin l’accord de désarmement qui devrait être signé le 8 avril prochain à Prague entre les Etats-Unis et la Russie. Il semble en effet marquer une étape importante dans la mise en œuvre de ce que, depuis vingt ans, on désigne en abrégé sous le nom de Start - Strategic Arms Reduction Treaty. Il s’inscrit dans la lignée des Strategic Arms Limitation Talks - Salt qui, depuis 1972 et 1979, ont fixé aux armes stratégiques offensives des deux pays des plafonds, certes, supérieurs aux niveaux atteints, mais en les limitant puis en les réduisant. La deuxième version ayant expiré le 5 décembre 2009, on a dépassé le stade de la reconduction temporaire et Start III ambitionne de limiter le nombre d’ogives nucléaires des deux côtés sous réserve de ratification par le Sénat américain et la Douma russe.

Concrètement, la limitation à 1 550 de ses ogives dans chaque pays réduira son arsenal d’à peu près un tiers par rapport aux 2 200 actuellement autorisés. De même, le nombre de missiles intercontinentaux à bord de sous-marins et de bombardiers sera ramené à 800 contre 1 600 aujourd’hui. Bien entendu, les vérifications de visu des installations nucléaires s’accompagneront d’échanges de données et d’informations sur les armements offensifs et sur les sites concernés.

Moscou a réagi avec la phraséologie héritée de l’époque soviétique, en se félicitant de cette consolidation de « l’équilibre des intérêts » et en assurant qu’il « élève le niveau des relations américano-russes ». Le choix de la ville de Prague pour la signature fait figure de symbole, puisque c’est dans la capitale tchèque autrefois point clé du dispositif soviétique du Pacte de Varsovie, que Barack Obama a prononcé il y a un an, le 5 avril 2009, son discours sur le contrôle des armes nucléaires et sur la non-prolifération. Il s’agit d’ailleurs du premier vrai succès international de Barack Obama. C’est pour cela qu’il a été salué par Nicolas Sarkozy avant qu’il ne parte rencontrer son homologue.

« Ce succès envoie un signal très important dans la perspective de la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de mai prochain ».
L’accord touche également à la politique intérieure américaine, alors que la réforme médicale traîne les pieds en raison de l’obstruction républicaine et de l’opposition des évêques catholiques des Etats-Unis, à cause des fonds prévus en faveur de l’avortement. On sait que les républicains s’opposeront au traité si celui-ci subordonne la diminution des ogives offensives au programme américain de défense antimissile. En ce qui le concerne, il semble bien que Moscou, malgré des divergences entre le président Medvedev et l’état-major, se montre très demandeur pour un traité qui lui permet de présenter comme un acte diplomatique majeur la nécessaire réduction de ses vieux et coûteux stocks d’armes nucléaires. Plus généralement, d’ailleurs, la Russie peine à moderniser son arsenal, ce qui la fait actuellement reculer sur le marché international des armes.

OPPOSITION : L’HYPOTHÈSE DSK

Ancien ministre des Finances, actuellement directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn envisage à mi-voix de se présenter en 2012 contre Nicolas Sarkozy. Depuis l’échec de Lionel Jospin en 2002, l’opposition de gauche se trouve en panne de rassembleur. De congrès en congrès, elle inventorie ses tendances et fait le compte de ses divisions. A l’exception remarquable du débat sur le « traité constitutionnel », qui divisa le Parti socialiste sur une question de fond, on notera que les enjeux idéologiques internes ne préoccupent guère les dirigeants socialistes.

Toute leur stratégie est consacrée à la promotion d’une personnalité. Aujourd’hui, Ségolène Royal et Martine Aubry se disputent le premier rôle sans qu’on sache ce qui, dans l’ordre des principes et des projets, les oppose véritablement. Mais voici que pointe la possibilité d’un changement. Le 4 février, au micro de RTL, Dominique Strauss-Kahn qui s’exprimait au nom du FMI a répondu à la question qu’on ne cesse de lui poser : va-t-il, oui ou non, se présenter à l’élection présidentielle ? « Si vous me demandez si, dans certaines circonstances, je pourrais me reposer la question, la réponse est : oui, je pourrais me reposer cette question ».

Accueillie avec un apparent sang-froid dans les milieux politiques, la petite phrase a provoqué une vive agitation journalistique et les grands éditorialistes ont tous souligné que le directeur général du FMI était en tête dans les sondages, quant aux personnalités capables de battre Nicolas Sarkozy. A la fin de l’année dernière, c’était Martine Aubry qui avait la cote. Si bien que les médias proclament que les deux personnalités de gauche sont désormais en rivalité. Et Ségolène Royal, qui concentrait les feux des projecteurs voici un an, n’intéresse plus guère celles et ceux qui, dans la presse parisienne, font et défont les réputations.

Quelques jours après la déclaration de DSK, des indiscrétions soigneusement distillées nous apprenaient que « Dominique » et « Martine » avaient conclu un pacte de non-agression le 4 février, juste après l’intervention radiodiffusée du premier. Ce qui donne une certaine consistance à la thèse selon laquelle Martine Aubry a décidé de soutenir l’ancien ministre de Lionel Jospin et avance sa propre candidature pour contrer François Hollande et Ségolène Royal tout en mobilisant le Parti socialiste.

Il est possible que les partisans de l’ancien ministre tentent une opération d’intoxication pour déstabiliser la patronne du Parti socialiste, mais il est certain que Dominique Strauss-Kahn a plusieurs atouts dans sa main.

Le premier est l’éloignement : travaillant aux Etats-Unis, DSK est hors de toutes les intrigues et manœuvres qui agitent la gauche. Alors, qu’il incarne l’aile droite du Parti socialiste, il peut apparaître comme un fédérateur.

Deuxième atout : sa réputation de « brillant économiste » qui séduit d’autant plus la gauche qu’il est considéré comme un adversaire redoutable par Nicolas Sarkozy.

Le troisième atout, fortement souligné dans la presse, peut se retourner contre lui : on célèbre sa dimension internationale en oubliant qu’il défend les solutions libérales préconisées ou imposées par le FMI. En Grèce, en Espagne, comme en Lettonie voici quelques mois, les programmes d’austérité peuvent provoquer des réactions de rejet dans les classes populaires et à la « gauche de la gauche ». Ce qui rendrait plus difficiles les ralliements pour le deuxième tour.

Mais en matière de programme, il faudra attendre les élections primaires socialistes prévues pour 2011, car le directeur général du FMI est tenu à une obligation de réserve tant qu’il est dans l’exercice de ses fonctions. Il n’empêche : « Les réseaux strausskahniéns » sont nombreux, actifs et structurés notamment « Terra Nova », société de pensée très à la mode. Le seul obstacle sérieux, sur la route de DSK, c’est DSK lui-même. Ses adversaires de droite et de gauche parient sur son dilettantisme, comme ils avaient parié, avec succès, sur le manque d’ambition de Jacques Delors en 1994.

GARDE A VUE : LA DANGEREUSE DÉRIVE

La conjonction est pour le moins fâcheuse. Alors que le Parlement arrive au terme de l’examen de la Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (LOPPSI), l’actualité récente a été marquée par une suite de nouvelles mettant en cause cette véritable exception française qu’est la garde-à-vue. Il y a eu d’abord l’annulation par le tribunal correctionnel de Paris de cinq gardes à vue pour violation de la Convention européenne des droits de l’homme, et surtout la révélation par la presse de multiples cas de garde-à-vue abusive à l’encontre d’adolescents ou pour des délits mineurs.

À cela s’est ajoutée la dénonciation répétée des conditions de cette garde-à-vue : Des locaux trop souvent insalubres, non-respect de l’hygiène la plus élémentaire, et surtout l’humiliation permanente, des personnes mises en cause. Priver de liberté pendant 24 heures une personne, même suspecte, même visiblement coupable, dans un tel cadre, n’est guère à l’honneur de la police et de la justice française. A fortiori si le mis en cause n’est accusé que d’avoir voyagé dans un bus sans titre de transport, ou s’il n’a que 14 ans.

Là garde-à-vue se justifie pour les cas graves puisqu’elle permet d’empêcher un suspect de correspondre avec ses complices ou de détruire d’éventuels indice. Sa banalisation est une aberration et un danger. D’un point de vue légal, elle est rigoureusement encadrée. Faut-il alors accuser la police ? Sans parler de l’éternelle question des moyens, on notera que les policiers sont aujourd’hui soumis à une pression permanente, tant de certaines populations fragiles que des médias ou de l’opinion publique. Surtout, dans ce qu’il faut bien appeler une dérive, il y a la responsabilité directe de l’Etat. Il faut tout de même rappeler que, depuis 2002, le nombre des gardes à vue est l’un des indices de l’activité policière. Ici, le constat est accablant, et confirmé par de nombreux témoignages de policiers et de nombreux responsables des forces de l’ordre. Les forces de l’ordre sont priées d’améliorer leurs performances, en d’autres termes de « faire du chiffre », et ce par tous les moyens possibles. À force d’exploiter, voire de surexploiter, le thème de l’insécurité, Nicolas Sarkozy a mis en branle de dangereux mécanismes, des mécanismes qui finiront bien par le menacer lui-même.

UN LIVRE FONDAMENTAL POUR COMPRENDRE LA FRANCE

Professeur d’Histoire au parcours singulier, à 45 ans, il a laissé sa carrière de juriste pour passer l’agrégation et aller dès lors enseigner dans une banlieue sensible Jean-François Chemain vient d’écrire un livre dont le titre pourrait paraître réducteur. Disserter sur La vocation chrétienne de la France semble en effet relever d’une approche purement religieuse de la civilisation qui s’est développée sur notre sol. Il n’en est rien : l’œuvre est historique au meilleur sens du terme, même si elle se nourrit du christianisme autour, duquel s’est développée la nation franque accrochée au substrat gallo-romain. En forçant à peine le trait, on peut écrire que le lecteur aura l’impression de se retrouver dans une saga à la Max Gallo. Comme lui, l’auteur excelle à prendre en compte l’ensemble des composantes du passé national et, contrairement à des penseurs plus traditionalistes, pour ne pas dire intégristes - il cite le général de Gaulle, saint Louis et Jeanne d’Arc. Il intègre même les Lumières où il décèle une « inspiration toute chrétienne » et la laïcité à la française « la France est un pays laïque parce que pétri de tradition chrétienne ». Il n’hésite d’ailleurs pas à regretter ouvertement que la séparation de l’église et de l’état n’ait pas été prononcée plus tôt.

Cette position originale est due à sa hantise du césaropapisme, autrement dit la vieille tendance de l’État à décider à la place de l’Église, dont il décèle l’origine chez Constantin et dont il montre que le Saint-Empire romain germanique a été le propagateur très intéressé. Cela lui permet, au passage, de montrer que, malgré les tentatives gallicanes de contrôle de l’Église par le souverain régnant à Paris, la papauté a généralement trouvé avantage à s’appuyer sur une France lui garantissant sa liberté d’action. Il convient enfin de relever la jubilation avec laquelle Jean-François Chemain refuse le « sport national » de la repentance. Donnant maints exemples de ce qui est diffusé notamment dans le cadre de l’Éducation nationale, il s’interroge d’une manière faussement benoîte : « De quels crimes [...] Ne sommes-nous pas coupables, nous qui vivons entourés d’innocents ? » Cela lui permet d’opposer à notre caractère celui des Britanniques, non seulement parce qu’ils ont célébré Trafalgar alors que nos responsables politiques craignaient d’évoquer Austerlitz, mais aussi parce qu’ils mettent en avant sans mauvaise conscience tout leur « passé impérial et colonial ». Plus généralement, il ne craint aucune comparaison avec d’autres pays, constatant simplement que le christianisme a apporté, particulièrement en France, « la possibilité d’éclosion et d’expansion d’une société de liberté et de progrès ».

HARO SUR LE PAPE ET L’ÉGLISE

Les critiques systématiques, les généralisations abusives et la focalisation constante sur les affaires de pédophilie ont entraîné de multiples réactions de solidarité autour de la personne de Benoît XVI. Celles-ci se sont principalement manifestées de deux manières : à l’égard du pape personnellement et vis-à-vis de l’institution elle-même. C’est ainsi que le cardinal Angelo Sodano, ancien secrétaire d’Etat et doyen du Collège des cardinaux, lui a déclaré de manière tout à fait inhabituelle au début de la messe de Pâques à Saint-Pierre de Rome : « L’Eglise est avec vous ». Par ailleurs, des intellectuels français, rejoints par plus de 12.000 autres personnes, se sont élevés contre la couverture des événements « avec partialité, méconnaissance ou délectation » ; Parmi les signataires, les philosophes Chantal Delsol et Jean-Luc Marion, le maire de Neuilly, Jean-Christophe Fromantin, celui de Vienne, Jacques Rémiller, les écrivains François Taillandier et Denis Tillinac, les journalistes Vincent Hervouët, Ivan Rioufol, Jean Sévillia et Henri Tincq, l’acteur Michaël Lonsdale, mais aussi des pasteurs protestants, des étudiants, des enseignants et des chefs d’entreprise.

Comme l’a constaté le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, on voit « chaque jour un élément supplémentaire d’accusation à l’égard du pape ». On se rend en effet bien compte que le moindre fait se trouve mis en exergue, alors que, pour ce qui concerne la France, sur 20.000 prêtres et religieux exerçant actuellement leur ministère, une trentaine effectuent une peine de prison après condamnation pour agression sexuelle, d’ailleurs pas forcément à caractère pédophile. Cela n’enlève évidemment rien à l’horreur des faits ni à la responsabilité de ceux qui les ont cachés encore faudrait-il se replacer dans le contexte des décennies passées être garder comment les autres corps sociaux ont traité ces problèmes mais devrait inciter à traiter la question loin de tout emballement. Mais l’essentiel, pour certains, n’est-il pas de discréditer l’Eglise ?

À titre de comparaison, on peut se demander pourquoi, en ce qui concerne les enseignants, on n’a jamais demandé la démission du Ministre de l’Éducation nationale, les justifications du recteur d’Académie ou les explications des collègues qui se sont tues. Il est intéressant de lire les explications données, le 18 mars dernier dans L’Osservatore romano, par le sociologue Massimo Introvigne. Faisant référence à la notion de « panique morale (panico morale) » qui amplifie tout sans craindre les approximations, il insiste sur le fait qu’on ressort des cas déjà connus. Il rappelle aussi que, en réalité, les prêtres accusés de pédophilie aux Etats-Unis ont été au nombre de 958 en 42 années, soit 18 par an, avec 54 condamnations en un peu plus d’un an. De même, précision intéressante par rapport au célibat, l’enquête du Gallois Philip Jenkins montre, toujours aux Etats-Unis, que la présence de pédophiles se révèle deux à dix fois plus élevée chez les pasteurs protestants pour ne rien dire des professeurs d’éducation physique et des entraîneurs sportifs...

PETITE FRONDE

Rentré des Etats-Unis ravis de sa rencontre avec Barack Obama, Nicolas Sarkozy s’est immédiatement consacré à la fronde d’une petite partie de sa majorité. Il avait vu Chantal Jouanno, Secrétaire d’État à l’Écologie, protester publiquement contre le report de la taxe carbone. Il avait entendu Alain Juppé, vieil adversaire, annoncer une possible candidature au cas où l’actuel président ne se représenterait pas. Il avait constaté que des députés membres de l’UMP n’hésitaient pas à réclamer l’abrogation du bouclier fiscal, c’est-à-dire du principe selon lequel « les impôts directs payés par un contribuable ne peuvent être supérieurs à 50% de ses revenus ».

Or Nicolas Sarkozy n’aime rien tant que décider par lui-même de son propre destin. Il avait annoncé après les élections régionales qu’il n’augmenterait pas les impôts. Il ne pouvait pas se dédire quelques jours plus tard au motif que des députés, alarmés par les résultats électoraux, seraient pressés de lâcher du lest en oubliant qu’ils avaient défendu naguère cet impôt parce qu’il a été aussi conçu pour protéger des propriétaires disposant de faibles revenus.

Du point de vue de l’Elysée, le jeu est pour le moment à somme nulle dans le domaine fiscal : une majorité de Français est hostile à la taxe carbone et celle-ci a été retirée ; une majorité de Français est hostile au bouclier fiscal, perçu comme « bouclier pour les riches », et il est maintenu. Nicolas Sarkozy s’est donc employé à « recadrer » les députés récalcitrants, et à les convoqués à l’Elysée dans la soirée du 31 mars tandis que les membres du gouvernement se faisaient l’écho de la volonté présidentielle.

Cette admonestation n’a pas eu l’effet escompté puisque treize députés de l’UMP ont publié dès le lendemain, le, avril, une tribune annonçant le dépôt d’une proposition de loi destinée à « suspendre le bouclier fiscal pour redonner du sens à la politique ». Petite fronde, au regard de la révolte que pourrait susciter la réforme du système des retraites que Nicolas Sarkozy est décidé à faire passer. Le Président, conserve ses capacités d’initiative et de mobilisation de ses ministres et de son gouvernement, mais cette force masque de redoutables faiblesses.

Le Président veut inspirer, organiser, contrôler toute l’action politique du quinquennat pour en bénéficier ; ce faisant il concentre sur sa personne tous les éloges mais aussi toutes les critiques lorsque les choses tournent mal. Nicolas Sarkozy continue à s’exposer, à tenir pour inacceptable une simple proposition de loi, à faire des rappels à l’ordre alors que c’est le rôle dévolu au Premier ministre, chef du gouvernement qui « détermine et conduit la politique de la nation ».

Il y a là un problème d’ordre constitutionnel : des députés convoqués par le président de la République sur une question législative, c’est une atteinte au principe de la séparation des pouvoirs : le président n’a pas d’ordre à donner aux législateurs et ceux-ci n’ont pas à répondre à une convocation du président de la République. Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, a justement parlé, dans un intéressant entretien accordé le 31 mars à l’Express de « déséquilibre institutionnel ».

Plus tard, les historiens diront pourquoi les députés de l’opposition et de la majorité ont accepté aussi facilement, de même que les médias, que le président efface la fonction du Premier ministre, responsable avec son gouvernement devant l’Assemblée nationale. Le caractère de Nicolas Sarkozy est un facteur important, mais la désastreuse logique de l’élection quinquennale poussait aussi à ce grave déséquilibre des pouvoirs.

RETRAITES : VERS L’IMPASSE ?

Le processus de réforme des retraites a été lancé lundi dernier lorsque Eric Woerth, ministre du Travail, a accueilli séparément les représentants de cinq syndicats et de trois organisations patronales. Dès la fin du premier entretien, le ton a été donné par Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO qui a déclaré : « Ce n’est pas le début de la concertation, c’est le début de la confrontation ».

Au vrai, cette confrontation est inévitable. Le calendrier du gouvernement, qui prévoit un texte proposé au Parlement dès septembre, laisse peu de temps à un débat serein et en profondeur. De plus, les enjeux ne sont pas seulement financiers mais aussi idéologiques. On voit mal les syndicats se résigner facilement à la remise en cause de la retraite à 60 ans. Les fonctionnaires, pour leur part rejetteront forcément tout ce qui leur semblera une atteinte à leurs droits ou à leur statut, fût-ce au titre de l’égalité entre public et privé. D’un autre côté, une augmentation massive des cotisations sera difficilement admise par l’électorat de Nicolas Sarkozy, sans parler des conséquences économiques d’éventuelles taxations nouvelles.

Le scénario paraît écrit à l’avance. Notre pays risque fort de connaître un printemps social agité avec son lot de grèves et de manifestations massives. De son côté, le gouvernement multipliera les effets d’annonce et les ballons d’essai avant de faire passer en force un texte mi-chair, mi-poisson qui ne satisfera personne et dont la seule utilité sera de colmater les brèches à court terme. En somme, la bataille ne fera guère que des vaincus.

Il y a pourtant urgence : la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2010 estime à 10,7 milliards d’euros le déficit du régime général, et la courbe est en croissance constante. Qui peut dire aujourd’hui, si nous avons un régime de retraite digne de ce nom dans quelques années ? Une réforme en profondeur de notre système des retraites est indispensable et, à droite comme à gauche, tout le monde en est parfaitement conscient. Mais tout le monde est également conscient qu’une telle réforme est politiquement suicidaire. C’est la malédiction de ce que l’on appelle encore en France le « dialogue social ». Réformer les retraites implique d’abord de réinventer un dialogue social digne de ce nom. Le courage politique d’un gouvernement ou son inconscience n’y suffira pas.

L’ARGENT DES ECOLOGISTES

D’où vient l’argent des groupes de pression écologistes ? L’argent public est largement complété par l’argent privé, des entreprises n’hésitant pas à donner de grandes sommes d’argent à celles et ceux qui protestent contre le marché et veulent en finir avec le capitalisme. Exemples. Une entreprise comme ExxonMobil donne tous les ans plus de 7 millions de dollars à des organisations de toutes sortes y compris des associations écologistes. Le directeur du Climate Research Unit (CRU) le département au centre du scandale Climategate de l’Université d’East Anglia, Phil Jones, a avoué que son CRU avait reçu entre 2000 et 2006 plus de 19 millions de dollars de fonds de recherche, soit un montant six fois supérieur à celui qu’il avait reçu au cours de la décennie 1990. Une partie de cet argent provient des dons des entreprises. Au niveau de l’Union européenne, on estime à 3 milliards de dollars les fonds consacrés à la recherche sur le réchauffement climatique (et cela sans tenir compte des budgets nationaux) et à 94 milliards de dollars au niveau mondial !

Aux Etats-Unis, l’Université de Pennsylvanie où enseigne Michael Mann, l’auteur du célèbre graphique en forme de crosse de hockey montrant la hausse de la température sur le globe, consacre plus de 55 millions de dollars aux recherches environnementales. Entre 1989 et les années 2000, l’administration américaine a multiplié par 27 ses subventions au GIEC. En France, on crée des taxes écolo comme la fameuse « écoparticipation » sur chaque appareil électrique acheté : 200 millions d’euros ponctionnés en 2009, sans pour autant savoir où va cet argent. Une partie va sans doute à la Fondation Hulot, mais cette fondation bénéficie surtout de nombreux dons privés. Sur un budget d’environ 4,5 millions d’euros, moins de un million proviendrait directement des poches des contribuables, le reste étant d’origine privée ou semi-privée. Voici les entreprises « amies » de la fondation : Alstom, EDF, l’Oréal, Ibis, TF1, Bouygues, Durracell, Banque populaire, Norauto, ASF, Publicis, JC Decaux, BBDO, Accenture...

Toutes ces entreprises financent une organisation qui ne cesse de militer pour l’instauration de nouvelles taxes et dont le responsable principal, demande la fin du capitalisme. Comprenne qui pourra.

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