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Les saints de glace : Rayés du calendrier mais pas de la météo.

Samedi 5 juin 2010 // Divers

La vague de froid inattendue qui vient de traverser la France en a surpris plus d’un pour qui l’été semblait déjà pointer le bout de son nez. C’était compter sans les « Saints de glace » que nos anciens connaissaient et redoutaient. Étaient en effet autrefois fêtés respectivement les 11, 12 et 13 mai, Saint-Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné mort en 474, Saint-Pancrace, martyr à Rome en 304 et Saint-Servais, évêque de Tongres en Limbourg mort en 384. « Mamert, Pancrace et Servais sont les trois saints de glace » disait le dicton populaire, fondé sur les observations faites dans le passé par les agriculteurs dans leurs champs et dans leurs vignes. Poussant encore plus loin l’analyse, un autre dicton ajoutait même « mais Urbain les tient tous dans sa main », retardant ainsi jusqu’au 25 mai, jour de la fête de Saint-Urbain, pape mort en 230, la fin de l’épisode météorologique annuel. Et aujourd’hui encore, les jardiniers attendent le passage de ces trois ou quatre dates fatidiques avant de se lancer dans leurs travaux. Tous savent en effet que cette période signe le retour tardif des gelées à même de ruiner les plantations effectuées prématurément.

Plus, dépendants des caprices du temps que nos contemporains, nos paysans d’antan avaient pris l’habitude de prier les saints précédemment nommés pour qu’ils les préservent du froid. Estimant ces pratiques peu conformes à la foi authentique et entachées de paganisme, l’Eglise, lors du Concile en 1960, a rayé les quatre malheureux saints, qui n’avaient pourtant pas démérité, du calendrier liturgique au profit de Sainte-Estelle, Saint-Achille, Sainte-Rolande et Sainte-Sophie. Pour autant, l’observation ainsi faite du temps reste valable et les services météorologiques actuels reconnaissent que le milieu du mois de mai peut être marqué par un retour du froid aussi bref que vif. Les astrophysiciens apportent également leur propre explication en faisant remarquer qu’à cette époque de l’année, l’orbite de la Terre passe par une zone de l’espace sidéral, particulièrement chargé en poussières, de nature à réduire l’apport solaire sur la planète et donc la température.

Pour ceux qui n’ont pu faire ce constat cette année, il leur reste la possibilité, dans quelques jours, de vérifier l’exactitude du dicton : « S’il pleut à la Saint-Médard, il pleuvra quarante jours plus tard ». C’est en effet le 8 juin qu’est fêté saint Médard, évêque de Tournai et de Noyon, mort en 545. Là encore, le dicton peut être complétée par l’expression « à moins que Saint-Barnabé ne lui coupe l’herbe sous le pied », signifiant par là que si le soleil brille le 11 juin, jour de la fête de Saint-Barnabé, apôtre et compagnon de voyage de Saint-Paul, mort aux environs de l’an 65, les trombes d’eau redoutées ne s’abattront pas sur le sol. Est-ce en raison d’un phénomène météorologique finalement moins grave ou bien encore de la notoriété des deux hommes, notamment le second considéré par les textes sacrés comme un apôtre bien qu’il ne fût pas aux côtés du Christ pendant la vie terrestre de celui-ci, toujours est-il que les deux saints n’ont pas quitté le calendrier grégorien.

Pourtant, le phénomène météorologique auquel ils sont associés est beaucoup moins évident. D’abord, tout le monde ne donne pas le même sens à la formule « quarante jours plus tard » qui, selon les cas, peut signifier pendant quarante jours ou bien quarante jours après soit le 18 juillet. Ensuite parce qu’un relevé des observations faites depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale montre, par exemple, qu’un jour de pluie à la Saint-médard non barré par un jour de soleil à la Saint-barnabé n’a entraîné un temps maussade le 18 juillet que trois fois en soixante-trois ans. Pour les découragés comme pour les incrédules, ceux-ci pourront toujours méditer ce dicton prêté aux Suisses : « Gel en novembre, Noël en décembre ».

Apéros géants : La fin du spontané

Un mort à Nantes à la suite d’un rassemblement de jeunes gens qui se sont retrouvés grâce au réseau « Facebook » : le drame a pris très vite une dimension politique. Dans la matinée du 13 mai, l’affaire des « Apéros géants » occupait la première place dans les médias, avant la crise de l’euro qui affecte des peuples entiers. Cela signifie qu’il n’y a plus de hiérarchie de l’information et qu’une fois de plus les médias ont donné la priorité à l’événement spectaculaire. Bien entendu, la mort du jeune Nantais n’est pas insignifiante : elle illustre les conséquences funestes de la consommation excessive d’alcool - contre laquelle sont régulièrement menées des campagnes de prévention. Trop de jeunes meurent tous les samedis soir pour avoir conduit en état d’ébriété sans que la presse nationale s’en émeuve.

On ne saurait pas non plus nier que les « Apéros géants » constituent un problème sérieux, sous prétexte que les rassemblements festifs ont toujours existé. Cinq mille jeunes à Rennes voici quelques semaines, neuf mille à Nantes dans la nuit du 12 au 13 mai : les invitations ont été lancées par des inconnus sur le réseau « Facebook » ce qui inquiète les autorités, habituées à préparer les manifestations et rassemblements avec des organisateurs patentés. Certains sociologues se sont empressés d’y voir le signe d’une évolution de la société et les adversaires d’Internet et des réseaux sociaux (tel « Facebook ») en ont profité pour relancer leur campagne.

Sans doute, est-il pertinent de relever que la société moderne détruit de nombreux liens et conduit de très nombreuses personnes à vivre dans la solitude dans la foule des grandes citées. Ces individus recréent du lien social avec les instruments dont ils disposent : le téléphone mobile, qui permet également des mobilisations rapides voire de diffuser des rumeurs, les réseaux sociaux et plus généralement Internet. Le médiateur matériel est neutre, aussi neutre que le papier qui souffre tout. La diabolisation des systèmes de médiation n’a pas lieu d’être. Mais que l’alcool et la drogue soient utilisés pour « faire du lien », ce n’est certainement pas le propre de la société moderne et nulle n’ignore qu’il n’y a jamais loin de la fête à la violence car la violence peut être un mode de constitution des groupes, comme on le voit depuis des décennies aux abords des stades.

La seule nouveauté de ces rassemblements apéritifs, c’est leur spontanéité. Mais cette belle idée de la rencontre entre des inconnus qui viennent pour bavarder et s’amuser (tous ne boivent pas de l’alcool) n’a été qu’une illusion vite passée. Il n’y a pas d’ordre spontané. Il n’y a pas de rassemblement sans organisation : le réflexe des autorités directement concernées (le préfet, le maire) a été de demander à rencontrer un organisateur, afin de le mettre devant ses responsabilités. C’est parce qu’ils savent que toute fête peut dégénérer. Dans les « apéros géants » comme dans les grandes promenades des adeptes du roller (des milliers de personnes à Paris certains soirs d’été), il faut un point de départ et un point d’arrivée, un début et une fin, des policiers et des infirmiers.

Ces considérations banales conduisent à une conclusion classique qui permet de résoudre le débat entre l’autorisation et l’interdiction générales : Ces rassemblements doivent être soumis, cas par cas, au critère de l’ordre public et à l’intervention des autorités municipales et départementales s’il y a la menace de trouble. Ainsi chacun prend ses responsabilités, dans le respect des libertés publiques, sans que le gouvernement n’ait à s’en mêler.

Réforme des retraites : Ne pas en rester aux symboles

Avec la diffusion de son « Document d’orientation sur la réforme des retraites », le gouvernement vient de franchir une nouvelle étape, du moins, c’est l’impression qu’il veut donner. Pour l’instant, il s’agit visiblement de communication. On ne donne pas d’objectifs chiffrés, seulement des échéances. De plus, la formulation des quatorze orientations se veut essentiellement rassurante : on ne touchera pas au principe de la retraite par répartition, on ne diminuera pas les pensions et les changements seront progressifs.

Ce souci de communication n’est pas condamnable en soi. L’inévitable réforme des retraites porte en elle suffisamment d’inquiétudes et même de peur. Les Français savent ce qu’ils perdent ; Un système qui fonctionne bon an mal an et assure à la grande majorité de ne pas mourir dans la misère. lis ignorent et redoutent ce qui les attend : un système qui les obligera à travailler plus ou plus longtemps dans un avenir incertain.

Et puis il y a chez les fonctionnaires et les agents du secteur public, la hantise de voir remis en cause des régimes particuliers, jugés privilégiés à tort ou à raison, sans parler du vague sentiment d’injustice devant des inégalités sociales jugées excessives.

Le document gouvernemental veut donc d’abord rassurer, mais aussi calmer les esprits. L’une des mesures annoncées concerne un prélèvement sur les hauts revenus et les revenus du capital. Détail significatif : ces contributions supplémentaires ne seront pas incluses dans le bouclier fiscal ce qui semble constituer un premier accroc à la philosophie fiscale de Nicolas Sarkozy. On peut cependant noter que, là encore, on ne donne aucun chiffre et même aucun ordre de grandeur. Nous restons dans le domaine du symbolique et de l’effet d’annonce.

Reste que ce « Document d’orientation » laisse un fort sentiment d’insatisfaction. On aurait aimé des propositions plus précises, des ordres de grandeur. De plus, parmi les 14 propositions, certaines ne font que reprendre des thèmes déjà rebattus (métiers pénibles, carrières commencées tôt ou emploi des seniors). Ce « Document d’orientation sur la réforme des retraites » était sans doute nécessaire, ne serait-ce que pour calmer les esprits et rappeler quelques principes. On peut s’empêcher cependant de penser qu’il demeure bien insuffisant.

Votre facture d’électricité ou le service public des...taxes.

Il y a tellement d’impôts et de taxes dans ce - pays de France qu’on en paye sans se rendre compte. La facture d’électricité est un bon exemple d’empilement de taxes au nom du... service public : taxes locales, TVA, contribution d’acheminement, contribution au service public, etc.

Qui connaît la taxe locale sur l’électricité (TLE), qui figure pourtant (en haut à droite) sur la facture Edf sous le terme « taxes locales » ? Prélevée par les départements et les communes, elle est aujourd’hui facultative. Mais la plupart des élus locaux ne se privent pas de l’appliquer, et très souvent au taux maximum autorisé, soit 8% pour les communes et 4% pour les départements. Cette taxe s’applique sur 80% du montant hors taxe de la facture d’électricité. En clair, si vous ne payez par an 150 euros, hors taxe, d’abonnement et de consommation d’électricité, la TLE peut grimper jusqu’à 14,40 euros. Au total, la TLE coûte tout de même un milliard par an aux ménages et 500 millions aux entreprises. D’après Bruxelles, depuis le 1er janvier 2009, la TLE aurait dû devenir obligatoire. La directive de 2003 sur la taxation des produits énergétiques et de l’électricité stipulait que chaque État devait, à cette échéance, avoir une taxe faible (les minima sont inférieurs aux taux français actuels) mais payés par tous, et assis sur les volumes consommés, et non sur le montant de la facture. À la fin mars la Commission européenne a rappelé Paris à l’ordre, menaçant de porter l’affaire devant la Cour de justice si la réforme n’était pas mise en œuvre d’ici à deux mois. Pour l’instant, le gouvernement n’a pas pris de décision.

Une taxe pour payer les retraites privilégiées des agents EDF

À côté des taxes locales, votre facture en cache d’autres. La Contribution Tarifaire d’Acheminement (CTA). Elle a été instaurée par la CNIEG (Caisse Nationale des Industries Électriques et Gazières). Cette contribution est intégralement reversée par tous les fournisseurs et distributeurs d’énergie à la CNIEG (y compris celle collectée via les factures des offres de marché et des fournisseurs alternatifs). Le montant de la CTA est égal à 21% d’une « assiette » correspondant aux parties fixes du tarif d’acheminement également appelé Turpe 3. Le Turpe 3 est le tarif qu’appliquent les Gestionnaires des Réseaux de Distribution aux fournisseurs pour leur facturer l’acheminement de l’électricité.

La CTA est assujettie à la TVA au taux de 5,5%% pour le tarif « Bleu, » et de 19,6%% pour le tarif « Jaune » (Bleu et Jaune correspondent aux puissances des consommations). La CTA est intégrée dans les factures d’énergie des professionnels comme des particuliers depuis le 1er janvier 2005. Jusqu’à présent la CTA n’était pas « visible » pour les clients aux tarifs réglementés, dans la mesure où cette taxe était intégrée aux tarifs de vente. Depuis le 15 août 2009, la CTA est sortie des tarifs réglementés des ventes d’électricité ; elle a été extraite des tarifs réglementés de vente de gaz naturel au 1 e, janvier 2010. La CTA apparaît désormais dans le pavé « Taxes et contributions » des contrats Electricité et Gaz naturel au verso des factures. Mais ce que ne disent pas les textes officiels c’est que cette taxe qui représente environ 1 milliard d’euros par an est entièrement reversée à la caisse des retraites + des agents EDF.

Pour avoir du courant, il faut aussi une taxe

Et ce n’est pas fini ! Sur votre facture, vous pourriez trouver aussi la Contribution au service public d’électricité. Créé en 2000, le Fonds du service public de la production d’électricité est géré par la Caisse des dépôts et il est censé « assurer la mission du service public d’électricité ». Donc, pour avoir de l’électricité, il faut payer une taxe ! Son montant s’élève aujourd’hui (il augmente depuis 2000) à 4,5 euros/MWh. L’argent récolté (environ 2,Mds d’euros) est en réalité utilisée pour payer (une partie) de la dette d’EDF dont le montant est gardé secret (on l’estime à environ 30 Mds d’euros sans tenir compte des retraites non provisionnées qui s’élèvent à... 90 Mds d’euros). Enfin, il reste la TVA. Payée sur les débits, elle s’applique à l’abonnement et la CTA (5,5%), la consommation, les prestations (19,6%) et les taxes locales électricité (19,6%). Une taxe sur les taxes en quelque sorte. Le pourcentage varie donc en fonction de critères abscons. Mais c’est sûrement dans l’intérêt du client : le service public français est fait pour le protéger.

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