Information : Les deux scènes.

Jeudi 14 juillet 2011 // Divers

En France, l’information est produite sur deux scènes qui sont, sauf événement extraordinaire, de plus en plus étrangères l’une à l’autre.

Dans l’essai qu’il consacre aux séries américaines (1) le professeur François Jost montre que l’actualité n’est pas un ensemble de faits qui nous permettraient de connaître directement la réalité du moment présent. Cette réalité est établie par les journalistes qui opèrent dans les différents rouages du système de l’information. Et ce système présente l’actualité sous deux visages : la dispersion et la persistance. La dispersion, dit François Jost, « c’est J’écume des jours », les faits divers, les menus événements de la vie politique... La persistance, c’est l’information inscrite dans une durée et dont on essaie de prévoir le sens.

Dans un journal quotidien « de référence », dans un hebdomadaire généraliste, il y a un équilibre de la dispersion, brièvement traitée, et de la persistance qui fait l’objet d’explications et de commentaires nourris. Au contraire, le média télévisé (grandes chaînes et chaînes d’information en continu) privilégient la dispersion. Au journal télévisé d’une chaîne généraliste, le mercredi 22 juin, on a vu défiler les faits divers pendant une quinzaine de minutes avant que le présentateur ne consacre une minute à la Grèce en proie à la crise de la dette qui menace l’ensemble de la zone euro.

Les raisons de ce choix sont connues : il faut retenir le public en diffusant des images qui le touchent directement. Mais la représentation de la réalité est faussée : on privilégie la menace que fait peser la délinquance qu’il ne s’agit pas de nier et on néglige les événements qui sont en train de bouleverser la vie de dizaines de millions de personnes.

La scène médiatique informe peu, parce que les dirigeants des médias sont persuadés que l’actualité politique et la vie internationale n’intéressent pas « les gens » sauf déclenchement d’une guerre ou campagne électorale. Les médias se font une certaine idée de l’opinion, et renvoient à l’opinion cette idée augmentée de sondages dont les thèmes sont soigneusement choisis. On se perd facilement dans ces jeux de miroirs mais les dirigeants politiques s’y sont forgé une conviction : « les gens » ne s’intéressent que par éclipses aux affaires de la cité.

Pourtant l’autre scène de l’information celle qui se place dans la durée et s’intéresse au sens des événements est très fréquentée. Chez les marchands de journaux, on trouve plusieurs publications consacrées à la vie diplomatique, plusieurs autres à l’histoire, et un mensuel voué à la philosophie : ces publications ont trouvé leur public, plus large que celui des spécialistes. Sur Internet, des blogs sur l’économie attirent des dizaines de milliers de lecteurs soucieux de s’informer. C’est entre ces blogs et sur certains sites d’information (Marianne2, gratuit ; Mediapart et Arrêt sur images, payants) que se mènent les débats sur le protectionnisme et sur la dé-mondialisation : les économistes hétérodoxes, tels Jacques Sapir et Frédéric Lordon, y affrontent les libéraux (Alain Minc) sur leur droite et les altermondialistes d’Attac surleur gauche.

Il y a donc une information de qualité en France. Mais s’informer sur les sites et dans les magazines spécialisés demande du temps et coûte cher, ce qui crée une inégalité dans l’accès à l’information. Les dirigeants politiques estiment donc qu’ils peuvent sans dommages s’en tenir aux outils classiques de la communication.

Ils oublient le rôle de l’information parallèle dans l’échec du référendum de juin 2005 et ne, sont pas à l’abri de nouvelles surprises.

(1) F. Jost, De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme ? CNRS Editions, 2011, 62 pages, 4€.

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