Impulsion solaire.

Jeudi 12 août 2010 // Divers

« Alors que le Solar Impulse vient d’atterrir sur la piste - de l’aérodrome de Payerne après 24 heures de vol propulsé par l’énergie solaire, je tiens à féliciter très chaleureusement Bertrand Piccard à l’origine du projet, son pilote, André Borschberg, ainsi que l’ensemble des membres de leur équipe ». C’est en ces termes très enthousiastes que s’est exprimé Jean-Louis Borloo, ministre en charge de l’Ecologie et du Développement durable, à l’issue du premier vol ininterrompu de 26 heures et 9 minutes du 7 au 8 juillet derniers, incluant une nuit entière, d’un avion mû exclusivement par l’énergie solaire. Poursuivant dans la gamme des superlatifs, le communiqué de presse du ministère ajoute : « Ce vol historique, qui semblait à l’origine un pari complètement fou, est aujourd’hui un pari réussi : une prouesse technique, technologique et humaine qui s’inscrit dans le droit-fil des exploits réalisés, au siècle dernier, par Jean Mermoz et Charles Lindbergh ».

De fait, le Solar Impulse repousse, en une seule fois, les limites du possible, en ouvrant une nouvelle page de l’histoire de l’aéronautique mondiale, dans laquelle le soleil et le vent succèdent au kérosène, c’est-à-dire là ou des énergies renouvelables se substituent à des énergies fossiles. Car telle est bien la nouveauté du concept qui associe démarche scientifique, avec toutes les recherches qu’elle implique et en poussant les technologies actuelles dans leurs extrêmes absolus, et démarche écologique, par la volonté de parvenir à une réduction maximale de la consommation d’énergie.

Il aura fallu dix ans pour mettre au point le prototype immatriculé HB-S1A dont le premier vol a eu lieu, au même endroit, en juin 2009. S’il n’est pas le premier avion solaire, il est en revanche le premier de ce type à avoir volé le jour et la nuit. Pour parvenir à ce résultat, le HB-SIA associe une forme aérodynamique et un poids minimal (1.600 kg), obtenu grâce à un squelette en matériau composite et des ailes revêtues d’un film souple dont la surface supérieure est recouverte de cellules solaires encapsulées, et. l’installation de quatre moteurs électriques de 10 CV chacun, capables de résister à une température de - 40° C, telle que rencontrée à 8.500 mètres d’altitude, et dont les batteries sont aptes à emmagasiner l’énergie nécessaire pour tenir jusqu’au lever du soleil.

Indépendamment de cet exploit technique, il ne faut pas occulter la dimension humaine et aventureuse du projet qui ajoute encore au caractère exceptionnel de l’événement. Le Suisse Bertrand Piccard n’en est pas à son coup d’essai. C’est lui qui avait déjà réalisé en 1999 le premier tour du monde en ballon sans escale, se mettant en cela dans les pas de son grand-père, Jacques Piccard qui, en 1960, avait déjà battu le record de plongée en bathyscaphe et de son arrière-grand-oncle Auguste Piccard, auteur de la première ascension stratosphérique en ballon en 1931. Bien connu en Belgique où il enseignait à l’Université catholique de Louvain, on dit que c’est lui qui a inspiré à Hergé le personnage du professeur Tournesol.

Mais le descendant de l’illustre dynastie n’entend pas en rester là. Dès l’an prochain, devrait sortir le HB-SIB qui, doté d’une cabine pressurisée (dont, soit dit en passant, l’invention est également due à Auguste Piccard), devrait pouvoir effectuer des missions de longue durée et des traversées sans escale d’un continent à l’autre. Un tour du monde est même annoncé pour 2013, avec cinq escales pour changer de pilote et présenter l’aventure au public ainsi qu’aux autorités politiques et scientifiques, et des tronçons de vol de trois à quatre jours, temps jugé comme un maximum supportable pour un pilote seul.

Face à ce nouveau défi, le communiqué du ministère aurait pu aussi mentionner Pierre Latécoère, le fondateur de l’Aéropostale qui, constatant l’improbabilité de son projet, disait en substance à ses collaborateurs  : « Ce que nous projetons est impossible, donc nous le ferons ! ».

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