Immigration africaine.

De qui Kadhafi se moque-t-il ?

Lundi 16 avril 2007, par Paul Tedga. // L’Afrique

M u’ammar Al Kadhafi a décidé, en février 2007, de durcir la lutte contre les immigrés africains sur son sol et à traquer durement ceux qui tentent de gagner l’Europe par la mer via la Libye. Notre révolutionnaire des tropiques vient une nouvelle fois, de se plier aux injonctions des Européens qui lui demandent depuis année dernière de « surveiller sérieusement » ses côtes sinon ils vont le sanctionner durement. En réalité, le colonel libyen est un gros peureux. Depuis la chute du Mur de Berlin, il est devenu le genre qui crie fort et qui baisse vite le ton dès que le « maître se met en colère. Classé sur la liste des dirigeants de l’axe du mal par les Etats-Unis d’Amérique au même titre que feu Saddam Hussein, il a très vite obéi à tous les diktats du président américain pour être perçu comme un dirigeant arabe fréquentable. Non seulement il a démantelé son arsenal d’armes chimiques et de destruction massive, mais il a détruit les plans, pour se doter de l’arme nucléaire pour ne pas mécontenter Georges Bush. Kadhafi ? Un véritable froussard !

Je note que sur la même liste des dirigeants de l’axe du mal selon Bush, on compte toujours et encore le Nord-Coréen Kim Jong II, l’iranien Mahmoud Ahmadinejad, le Syrien Rachar AL Assad, le Cubain Fidel Castro, le Vénézuélien Hugo Chavez, et j’en passe. Malgré les jactances du locataire de la Maison Blanche, tous sont encore aux commandes de leurs Etats et mènent une politique militaire et de sécurité en fonction des seuls intérêts de leurs pays. S’il fallait écouter Bush, ils n’auraient même pas une armée moderne. Cela me pousse à dire que celui que nous prenions pour l’enfant terrible du continent africain, n’est qu’une poule mouillée.

Il y a huit ou neuf ans, notre colonel a lancé son idée « d’Union Africaine » une organisation qui devait faire des miracles que la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA), n’a jamais pu réaliser. A coups de pétro-dollars, il n’a pas eu de mal à convaincre les chefs d’Etat (parmi les plus pauvres) afin qu’ils portent, à sa place, cette idée auprès de l’opinion africaine qu’il savait naturellement acquise au panafricanisme. Spécialiste des unions mort-nées » en Afrique du Nord et dans e monde arabe, Mu’ammar, al Kadhafi n’avait aucune chance de séduire les Africains en leur présentant, lui-même, sa nouvelle « union. »

Après un forcing acharné ( Je me souviens des chaudes discussions entre le ministre libyen des Affaires africaines Triki, et la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Zuma, dans les couloirs du Palais de congrès de Lomé où se déroulaient certains huis clos), les chefs d’Etat ont pris la décision de créer l’union Africaine, à la place de l’OUA, à la grande satisfaction du colonel libyen.

Pour parvenir à celle fin, Kadhafi a eu recours à sa légendaire démagogie verbale soutenue par une diplomatie de pétro-dollars quand cela était utile. En effet, quand il affirmait vouloir mettre la richesse (pétrolière) libyenne à la disposition de ses frères africains du Sud du Sahara, et transformer la grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste en une terre d’accueil pour tous les déshérités du continent noir, il ne se comptait pas dans les doigts d’une main, des personnes censées qui avaient le courage de le contredire. Au Sommet de juillet 2000 où la mort de l’OUA fut décrétée, Kadhafi avait soulevé d’interminables applaudissements de la salle quand était arrivé son tour de parole. Tout ce qu’il disait était considéré comme parole d’évangile.

Aujourd’hui, la réalité est là il a trompé la jeunesse africaine. Après s’être présentée comme un pays phare et une terre d’asile pour les Africains, la Libye se plaint maintenant d’être devenue un pays qui attire tous les déshérités du continent. Dans les grandes villes du pays, le mot d’ordre de « Libyanisation  »qui met la lutte contre l’immigration au coeur de l’action du gouvernement, encourage un véritable chasse de l’étranger. Le Comité populaire général pour la main-d’oeuvre a lancé début février un ultimatum à des centaines de milliers de ... « clandestins « , en leur donnant jusqu’à la fin du mois pour quitter le pays.

On ne voit plus le frère Mu’ammar prendre la défense de « ces centaines de milliers de clandestins » qu’il invitait encore il y a quelque temps, quand il fallait mettre l’Union Africaine en place. On sait par ailleurs que la population active libyenne n’est pas en mesure de répondre aux objectifs économiques du régime, de plus en plus ambitieux. Elle ne veut pas, non plus, effectuer les travaux les plus durs qui sont nécessaires au développement du pays. Dans les secteurs du bâtiment ou dans l’agriculture, par exemple, ce sont les immigrés qui sont au labeur pour un salaire cinq fois moins important, que celui alloué à un Libyen (de souche).

Parfois même, un Africain peut travailler et son patron refuse de le payer. Ce sont autant de brimades que « la terre d’accueil dont le sous-peuplement est légendaire (à peine 5,5 millions d’habitants pour 1.757 million de km2) réserve aux » frères africains. »

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