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Ils murmures à l’oreille de Merkozy.

Vendredi 20 janvier 2012 // L’Europe

Sans eux, le tandem franco-allemand tirerait à hue et à dia dans la crise de l’euro. Chaque jour, dans l’ombre, l’Allemand Nikolaus Meyer-Landrut et le Français Xavier Musca oeuvrent à aplanir les différends entre Berlin et Paris.

La ligne téléphonique la plus importante entre l’Allemagne et la France est celle qui relie deux hommes discrets dans deux bureaux qui ne pourraient être plus différents. L’un, situé au deuxième étage de la chancellerie fédérale, à Berlin, est petit et spartiate. Le second, immense, fait penser à un décor de film historique et se trouve au premier étage du palais de l’Elysée, à Paris. Ces derniers mois, les occupants de ces bureaux se sont téléphoné quasiment tous les jours. Avec le temps, ils ont appris à mieux se connaître. Et, surtout, ils ont appris à se faire confiance. Un rapprochement crucial pour l’Europe.

Officiellement, ce sont Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui fixent le cap pour le continent. Leurs deux noms ont été contractés en "Merkozy" pour former un curieux souverain européen. Mais tout deux ont un pays à gérer et ne peuvent s’atteler au quotidien au sauvetage de l’euro. C’est pourquoi Nikolaus Meyer-Landrut et Xavier Musca échangent à leur place. Rares sont ceux qui connaissent leur nom et, à vrai dire, l’un comme l’autre s’en accommodent fort bien. Ils ne s’expriment pas en public, préférant accomplir leur mission à l’abri des regards. Rien ne filtre jamais de leurs discussions. C’est la base de leur coopération. Nikolaus Meyer-Landrut, l’Allemand, dirige le bureau des affaires européennes de la chancellerie. C’est le premier conseiller d’Angela Merkel en matière de politique européenne. Xavier Musca, le Français, est secrétaire général de l’Elysée. C’est le chef de l’état-major du président et son conseiller le plus précieux sur les questions économiques.

Le bureau de Xavier Musca respire la tranquillité. Seul le tic-tac d’une horloge vient troubler le silence. Dehors, les marchés financiers sont en pleine tourmente, la classe politique est sur les dents. Xavier Musca, lui, est fans l’oeil du cyclone. Son bureau à l’Elysée, contigu à celui du président, est immense, avec ses cinq mètres de hauteur sous plafond. Tout ici, les meubles, les miroirs, les tableaux d’époque, parle de pouvoir et raconte l’histoire des souverains de jadis et la grandeur perdue de l’empire.

Deux hommes de l’ombre

Mais c’est précisément avec le pouvoir que la politique a aujourd’hui un problème. On ne sait pas exactement s’il lui reste du pouvoir. Xavier Musca est un expert de la finance qui comprend parfaitement le processus qui pousse un investisseur de Singapour à vendre ses obligations italiennes. Toute-fois, la mission du politique n’est pas de comprendre ce processus, mais de faire en sorte que l’investisseur en question change d’avis. Ce qui est autrement plus ardu. Et tel est le problème auquel s’attellent depuis des mois Xavier Musca et Nikolaus Meyer-Landrut.

Dans la crise, Allemands et Français ont redécouvert combien ils étaient différents et combien leurs visions du monde divergeaient. Il ne faut pas s’imaginer les discussions entre Nikolaus Meyer-Landrut et Xavier Musca comme des négociations sans fin. La plupart du temps, tous deux essaient simplement de comprendre l’autre bord, d’expliciter leurs positions respectives. Ils ont le même âge, Si ans. L’un a fait carrière dans la diplomatie allemande, l’autre est sorti des grandes écoles françaises, Sciences-Po et l’ENA. mus deux respirent la rectitude qui caractérise les bons fonctionnaires. Ce qui les rend beaucoup plus semblables que leurs patrons respectifs et leur permet de dégager plus facilement une position commune.

En cette période de crise de l’euro, les rapports franco-allemands se caractérisent par une relation de travail complexe qui ne laisse guère de place aux beaux-discours. Xavier Musca et Nikolaus Meyer-Landrut ne se parlent pas comme des diplomates, mais comme deux hommes qui travaillent à la même mission dans deux capitales différentes et tentent de comprendre ce qui se passe dans le monde et sur les marchés. Qu’est-ce qui se passe, exactement ? Comment résout-on ce problème ? Est-ce que tu as une idée ?

Entre eux, ils parlent français. Nikolaus Meyer-Landrut a une maîtrise parfaite de la langue : son épouse est française, et sa thèse de doctorat portait sur "La France et l’unité allemande". Cela l’aide à saisir des subtilités que l’anglais ne permettrait pas. D’une certaine manière, Nikolaus Meyer-Landrut est programmé pour comprendre les Français. Et, en France, Xavier Musca passe pour "le plus allemand" des collaborateurs de Nicolas Sarkozy. Tous deux servent de trait d’union entre deux cultures très différentes. Lorsque Nicolas Sarkozy a remis la Légion d’honneur à Xavier Musca, en 2009, il lui a ainsi glissé : Quand Merkel me voit, elle s’inquiète. Quand elle te voit, elle se rassure.

Rassurer la partie adverse

Installé dans l’aile nord de la chancellerie, le bureau de Nikolaus Meyer-Landrut n’a, lui, rien d’ostentatoire. On y trouve une bibliothèque murale, un bureau et une table de réunion. Il n’est pas grand non plus. C’est une pièce dédiée au travail. Cantonnés d’eux-mêmes à l’arrière-plan, les Allemands n’ont pas le verbe haut sur la scène internationale. Il en a toujours été ainsi dans la République fédérale. Par le passé, ils laissaient les rênes de l’Europe aux Français - tout au moins à l’extérieur, pour des raisons historiques. Il fut d’ailleurs un temps où Nikolaus Meyer-Landrût pensait que les Allemands devaient faire profil bas en Europe. Il a changé d’avis. Cette répartition des rôles n’est plus valable depuis que le fondement même de la prospérité allemande est en jeu. Les Allemands se sont aperçus qu’il leur fallait prendre les commandes.

Ils ont défendu leurs positions avec une fermeté croissante. Ce qui n’a pas été simple à accepter pour les Français. Mais Nicolas Sarkozy a fait le choix qui lui semblait le plus judicieux :11 a réglé son pas sur celui d’Angela Merkel, s’est battu à ses côtés en faveur de la discipline budgétaire et a érigé en exemple le "modèle allemand’ ? : Les Allemands, eux aussi, ont fait évoluer leur ligne. Ils se sont laissé convaincre du fait qu’il ne pouvait y avoir de monnaie commune aussi longtemps que les Etats ne coordonneraient pas davantage leurs politiques économiques.

Vu de l’extérieur, les deux dirigeants semblent ne pas avancer face à la crise ; vu de l’intérieur, cependant, on est à la vitesse maximale. Chaque jour, la France et l’Allemagne doivent élaborer une solution à un nouveau problème. Xavier Musca et Nikolaus Meyer-Landrut poursuivent le même objectif. Ils veulent que les investisseurs, qu’ils soient à Francfort, Paris ou Singapour, recommencent à acheter des obligations d’Etat européennes. C’est l’une des missions les plus ardues qui soient en matière de politique économique ; l’avenir de l’Europe dépend de la solution que trouveront ses gouvernements. Et, en attendant, les deux hommes, dans leurs bureaux que tout oppose, resteront en rapports très étroits. Comme l’Allemagne et la France, comme Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.

Ralf Néukirch, Mathieu von Rohr

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