Il y a eu un temps « mort »...

Dimanche 1er novembre 2009, par Dominique Daguet // La France

Les services de Monsieur Nicolas Princen (cellule internet de l’Elysée) ont-ils été surpris de la réaction des français ?

Il lui a fallu organiser sa « contre-attaque ». Non, les pages d’ « Une mauvaise vie » ne sont pas tournées...

Plus que jamais il importe de poser les questions au « fond ».

Notre ami Dominique Daguet n’en omet aucune !

De Monsieur Frédéric Mitterrand, de l’humiliation de la France. Avec le consentement de l’Elysée et de Matignon...

Nos temps sont difficiles. Ce sont nos temps. De l’urgence de retrouver la « noblesse du politique » !

Monsieur notre Ministre de la Culture, faudra-t-il mettre un trait d’union entre les deux premières syllabes du nom de votre ministère ? J’éprouve une honte d’un rouge foncé d’avoir eu à lire ce que vous avez écrit dans votre mauvais livre sur Une mauvaise vie. Une indignation proche de la douleur d’avoir entendu ce que vous avez dit pour soutenir Roman Polanski, grand cinéaste, c’est entendu, mais le talent, ou le génie puisque vous préférez ce mot, n’efface pas le crime commis, certes il y a trente ans, mais il ne vous revient pas de chercher à faire modifier la législation d’un pays étranger, en l’occurrence les Etats-Unis : laissez ce soin au peuple de ce pays.

Je n’ai pas à juger, ni en bien ni en mal, celui pour lequel vous avez engagé l’autorité du gouvernement de la France : vous n’aviez pas à revêtir l’habit du ministre pour exprimer votre opinion personnelle. Vous auriez voulu prouver qu’il n’y a plus de gouvernement à la tête de notre pays que vous n’auriez pas agit autrement. S’il y avait à Paris un gouvernement digne de ce nom, le premier ministre aurait demandé immédiatement votre démission.

Il ne l’a pas fait, il est donc votre complice, lui qui n’a pas saisi qu’un Ministre français n’a pas à intervenir pour demander le retrait d’une demande de la Justice d’un pays étranger auprès d’un gouvernement d’un autre pays étranger. Vous êtes peut-être partisan du « devoir d’ingérence », mais la Suisse n’est pas la Somalie. Vous avez exposé gravement la réputation de la France en ce pays qui nous est si proche. Rien que pour ce fait, vous devriez avoir décidé de vous-même de démissionner. Vous avez pris le chemin inverse, qui n’est pas celui de l’honneur. Et puisque vous n’avez pas présenté cette démission – au contraire vous avez annoncé que vous ne feriez pas ce que le peuple vous demande avec insistance sur les ondes comme dans les rubriques d’internautes –, il revenait au Président de la République de l’exiger de vous afin que vous vous livriez à cet exercice de salubrité politique.

Mais il y a les mots et les maux de votre livre : on ne peut imaginer qu’ils aient été inconnus de l’Élysée comme de Matignon. On ne peut donc que s’étonner de voir que ces faits de votre vie privée si redoutablement livrés en pâture aux lecteurs de toute la francophonie n’aient pas fait victorieusement hésiter les deux têtes de notre exécutif avant de vous "engager". Ce point, personne ne l’a exprimé, permet de comprendre qu’il ne s’agit pas de mettre en péril votre vie privée puisque cette vie privée est devenue de facto vie publique. Il révèle en outre que nos dirigeants, qui ont passé outre à des propos qui expriment fort clairement vos pensées sur ce dramatique sujet, prennent l’ensemble des Français pour des dépravés susceptibles d’accepter de leur part n’importe quelle humiliation.

Car votre maintien, après cette révélation, représente en premier lieu une humiliation infligée au corps même de notre peuple, qui s’est senti au plus profond de lui-même avili par elles comme si elles lui étaient indirectement imputées puisque l’auteur de ces « mauvaisetés », vous en l’occurrence, était comme "couronné" devant lui, "honoré" même, puis choisi pour diriger l’action gouvernementale en matière de culture : or la culture est à ce corps comme son visage. La mission de ce ministère est de promouvoir le meilleur de cette culture, non la boue. Et qui n’osera dire que vous n’avez pas enduit de boue certaines pages de votre livre ?

Je ne sais si vous dépasserez l’absurde propos que vous avez lancé pour votre défense, qu’il était glorieux d’être insulté par les gens du Front national. Je n’aime pas les injures adressées à l’homme, mais je crois qu’il est parfaitement admissible de jeter l’opprobre sur les mots qui furent les vôtres. On peut donc et on doit les distinguer de votre personne privée, on peut et on doit en tenir compte pour l’homme public que vous êtes aussi. J’ajoute qu’il est lamentable de croire que les membres de ce Front – dont je ne fus, ne suis pas et ne serai jamais – ne peuvent que toujours se tromper, ce qui signifierait que vous pensez avoir toujours raison, mais ce point n’est pas ce qui m’intéresse : en vérité, ce qui me trouble au plus haut point c’est la confusion que vous faites régner au plus haut niveau de l’État, c’est le trouble que vous jetez dans l’esprit de millions de gens, c’est la consternation dans laquelle vous précipitez le corps électoral qui devra dans les années qui viennent se trouver des représentants plus conscients de leur devoir à ces points de vue.

Un peuple ne se nourrit pas que de promesses, de plans contre la grippe, de mesures économiques ou de taxes écologiques : il a besoin de dignité, particulièrement en ces temps où leur pays disparaît dans le maelström qu’est devenue l’Europe, en ces temps où même le vote des peuples est remis en question quand il ne va pas dans le sens de l’histoire tel que défini par des démocrates démangés par le démon de l’autoritarisme.

Vous êtes devenu malgré vous – mais quelle idée aussi d’aller faire l’apologie des tripatouillages sexuels ! – une sorte de symbole : l’homme par qui le scandale arrive. « Mieux vaudrait, dit un texte que vous avez peut-être lu, qu’il soit jeté à la mer, une meule de pierre attachée au cou. » Scandale ? Songez que tous les adolescents de France connaissent aujourd’hui cette fragilité qui vous est personnelle, devenue publique et que l’on sait liée à une faiblesse que nul au monde ne pourrait qualifier de glorieuse. Ne vous étonnez pas que dans leur grande majorité ils en soient révoltés – je le suis moi-même malgré mon appartenance au club des septantenaires -, et qu’ils en viennent à mépriser l’ensemble des hommes de la politique.

Ce qui visiblement vous manque comme d’ailleurs cela manque à un très grand nombre de nos dirigeants, c’est une conception claire de ce que j’appellerai la noblesse du politique. Une conception sans compromis avec ce qui est louche, abject, « mauvais » pour reprendre le mot de votre titre.

Je ne développerai pas ce point, je l‘ai déjà fait dans un des numéros de mon ancienne Chronique (in)actuelle, sauf à dire qu’un homme politique ne peut pas se permettre ou s’autoriser à traîner de telles casseroles attachées à ses basques.

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