Il se dit que l’eau sera source de guerres...

Mardi 15 juin 2010, par Pierre-Marie Gallois // Le Monde

Elle l’est déjà en maints endroits de notre planète.

A l’aube du troisième millénaire, notre « Maître d’Ecole » était sollicité pour « penser » l’eau en Palestine...

A cette occasion un grand cours d’histoire et le rappel de deux « fondamentaux » : la géographie et la démographie.

Par le général Pierre Marie Gallois.

« Au Proche-Orient- La puissance de l’eau-Deux terres pour la paix »

Première partie...

AU PROCHE-ORIENT

La puissance de l’eau : Deux terres pour la paix

Cinq guerres entre États, des années de -guérilla urbaine entre peuples, ou plutôt, entre le peuple arabe et l’armée de l’Etat d’Israël. Et un demi siècle de vaines interventions internationales.
Lorsqu’ils en discutent, les Politiques n’inscrivent pas ces hostilités dans le temps. S’ils le faisaient, il leur faudrait reconnaître qu’ils ne peuvent imaginer d’issue pacifique à cet antagonisme dont leurs prédécesseurs ont réuni les tragiques conditions.

Cela en croyant bien faire, mais aussi en servant des intérêts moins charitables. Ils devraient également reconnaître qu’il ne s’agit pas seulement d’une irrémédiable opposition politique, sociale, confessionnelle, mais d’un insoluble problème biologique et physique. Biologique parce que, dans vingt ans,compte tenu des taux de natalité - très différents d’ailleurs - constatés et prévisibles pour les démographes - Israéliens et Palestiniens seront près de 18 millions. Mais, au cours de ces 20 ans, le territoire disputé s’étendra toujours sur quelque 26 000 kilomètres carrés.

Comment faire vivre, côte à côte, ou « a fortiori », imbriquée, une population aussi hétérogène sur une surface aussi exiguë, ou entre autres obstacles, l’eau fait déjà défaut ? Par quelle série d’aberrations les Puissances qui sont intervenues au Proche-Orient ont-elles créé cette désastreuse impasse ? L’Histoire répond à la question :
La première allusion à la création d’un Etat juif est de 1838, un an après l’avènement de la Reine Victoria et, en France, le premier chemin de fer entrant en service.

Benjamin Disraeli, fils d’Isaac d’Israéli, Premier ministre en 1868, avait proposé que, sous protectorat britannique, un Etat juif fût crée en Palestine. A la fin du XIXe siècle, Théodore Herzl, journaliste viennois, réunit un premier Congrès sioniste à Bâle (sionisme, du mont Sion, à Jérusalem).

Il y fut proposé au gouvernement turc de lui acheter une terre où fonder un Etat. La somme demandée excédait les ressources disponibles, mais le Fonds national juif permettra,ultérieurement, des acquisitions quasi individuelles, si bien qu’au début du XX siècle, plusieurs dizaines de milliers de Juifs s’installeront en Palestine. A l’époque tenue pour « une terre sans peuple pour un peuple sans terre. » Une petite force d’auto défense fut organisée par les nouveaux arrivants pour repousser les incursions arabes.

Peu à peu ont été, ainsi, réunifies les conditions d’un irrémédiables affrontement. La Grande-Bretagne en porte la responsabilité initiale, ou plutôt l’exploitation par Londres de l’effondrement de l’empire ottoman. Dès la fin du XIXe siècle étaient décelables les premières manifestations de sa désagrégation. Les conceptions occidentales de l’organisation de la société, les communications plus faciles et plus fréquentes, les échanges intellectuels et aussi financiers et commerciaux contribuaient à l’émancipation des peuples que les Turcs avaient conquis,qu’ils administraient, alternant l’arbitraire et le libéralisme social et confessionnel.

En août 1860, Napoléon III envoie un corps expéditionnaire au Levant, dans le but de secourir les chrétiens d’Orient éprouvés par de terribles massacres dans le Mont-Liban en mai et à Damas du 9 au 11 juillet (12 000 morts pour le moins), mais aussi pour leur permettre d’obtenir un statut politique privilégié qui reconnaîtrait leur autonomie dans l’Empire ottoman.

En 1860, la Porte se révélera incapable de protéger les minorités chrétiennes de Syrie, amenant la France à intervenir à leur côté. Mais surtout, auparavant, la guerre de Crimée et le traité de Paris de 1856 avaient, en quelque sorte, placé la Turquie sous tutelle, le statut des chrétiens vivant dans l’empire turc bénéficieraient de la garantie des puissances occidentales et la Serbie deviendrait indépendante tout en relevant du Sultan à qui elle devrait allégeance. La victoire franco-britannique de Crimée avait déclenché un fort mouvement de libéralisme, le gouvernement turc décrétant l’égalité des musulmans et des chrétiens devant la loi et instaurant la liberté des cultes. Au Caire, mêmes réformes, inspirées par Paris et Londres. La compagnie du canal de Suez et le creusement du canal allaient bénéficier de cette occidentalisation de l’Égypte, la France plus particulièrement, qui fut même chargée de réorganiser l’armée de Téhéran.

Mais les « Occidentaux », la France, la Grande-Bretagne, 1’Allemagne... et la Russie allaient afficher leurs divergences, leurs intérêts respectifs étant inconciliables et, ainsi favoriser le renouveau des nationalistes turcs, les « Jeunes Turcs », par exemple, se réclamant des conceptions des Occidentaux pour mieux se libérer de leur emprise. Londres se souciait de protéger la route des Indes, la France et la Russie de veiller à la sécurité de leurs ressortissants chrétiens et l’Allemagne cherchait à étendre son influence au-delà de la « Mitteleuropa » vers la Turquie et l’Irak. Prenant le parti de Guillaume II en 1914, le Sultan précipita le démantèlement de l’empire ottoman qui fut consacré par le traité de Sèvres, en août 1920.


L’Empire Ottoman en 1925

Le contrôle de la route des Indes avait incité les Britanniques à s’emparer de Bassorah, et cela dès le début des hostilités (novembre 1914) et à concevoir, au Proche-Orient, une grande politique anti allemande. Les Arabes s’étaient soulevés contre les Turcs alliés de Berlin.

Le chérif de la Mecque, Hussein, jouant le rôle d’un fédérateur des entités arabes opposés à Constantinople.

Paris et Londres aideraient la formation des nouveaux États arabes dans leur zone d’influence respective : l’une britannique, comportant la Palestine et le sud de l’Irak, l’autre, française, englobant la Syrie et le nord de l’Irak.
Tel avait été l’objet des accords Picot-Sykes, conclus en 1916. Lorsque la Société des Nations se substitua à ces dispositions intergouvernementales, sans doute à la requête de Londres, Mossoul ayant révélé les richesses pétrolières du nord de l’Irak, Paris reçut un mandat sur la Syrie et le Liban, tandis que Londres placerait sous sa tutelle la Palestine, la Transjordanie et l’Irak, y compris, bien sûr la région de Mossoul.

Entre-temps, tandis qu’en Europe la guerre faisait rage,les formations armées juives avaient lutté aux côtés des contingents britanniques. Une Légion juive, composée de volontaires alliés envahit la Palestine et entra à Jérusalem. Son combat ainsi que ses démarches outre-Atlantique ont incité Washington à s’attaquer à l’ennemi commun, l’Allemand.

Ainsi Londres soutint le principe des implantations juives en Palestine et ce fut, en 1917,1a fameuse déclaration de lord Balfour.

En fait, la Grande-Bretagne avait pris en main l’ensemble des affaires du Proche-Orient, la France n’y jouant plus qu’un rôle modeste, si bien que sa part dans la future impasse israélo-palestinienne n’a pas été aussi déterminante que celle de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne nazie et des Etats-Unis. Mise à part l’assistance militaire - et nucléaire - fournie à la fin des années 50 à l’État d’Israël, et qui sera évoquée dans les pages suivantes. Lors de la Conférence de la paix, à Paris, en 1919, un accord fut conclu entre l’émir Fayçal et Chaïm Weizmann, délégué israélien selon lequel la Palestine serait détachée du Royaume de Hussein, que Londres avait envisagé de créer, pour passer sous la juridiction juive.


1918. L’émir Fayçal I et Chaim Weizmann (à gauche, portant aussi une tenue arabe en signe d’amitié)

La Conférence de San Remo confirmera cet accord et, simultanément, entérinera la déclaration Balfour.
Bien qu’il n’ait pas su évoluer au rythme que la science et la technique ont imprimé aux pays dits « occidentaux », détruit par la défaite de l’Allemagne, l’empire ottoman avait réussi à fédérer des peuples très différents, à maintenir entre eux une certaine cohésion, arabes-juifs-chrétiens vivant relativement en paix.

L’autorité de Constantinople évanouie, les puissances victorieuses, la France et le Royaume-Uni eurent à faire face à de nombreux mouvements nationalistes ou religieux. Les intérêts divergents de Paris et de Londres exacerbèrent les divisions de ces particularismes politiques et confessionnels : en Égypte,les frères musulmans, puis le nasserisme, en Irak et en Syrie, le baathisme et le nationalisme syrien, Kemal Ataturc et le nationalisme laïque. Les deux puissances victorieuses impliquées dans les affaires du Proche-Orient ayant pris parti pour le retour des Juifs en « terre promise », ceux-ci ont souffert d’un tel parrainage « occidental et colonisateur », mal accepté par les populations qui relevaient de Constantinople.

Dans le cadre de son mandat la Grande-Bretagne avait défini les frontières de l’Irak et fait proclamer roi le fils de Hussein Fayçal (1921). Multi-ethnique et multi-confessionnel, le pays ne sera pas aisé à gouverner, sunnites, shiites, kurdes et assyriens chrétiens s’y affrontant. I1 y faudra la poigne de Saddam Hussein.


Abd-al-Aziz Ibn Séoud

Dans la péninsule d’Arabie, les wahhabites d’Ibn Séoud mirent un terme au régime créé par Constantinople, s’emparèrent des villes saintes et érigèrent Riyad en capitale du nouveau royaume. D’abord soutenu par Londres, les Etats-Unis, pétrole aidant, prirent le relais et, en 1917, le royaume d’Arabie, inspiré par un Islam intransigeant fut internationalement reconnu. On connaît les lointaines répercussions mondiales de ce changement de régime. Quant à la France, ce n’est pas sans mal qu’elle exerça son mandat sur la Syrie et le Liban. Londres n’étant probablement pas étranger à l’affaire, les Druzes se révoltèrent (1925) mettant en difficultés les forces armées françaises au moment où, au Maroc, Abd el-Krim attaquait les troupes de Lyautey.


Sultan Pacha Al-Atrach, chef de la révolte Druze.

Aussi, au début du siècle, les événements d’Arabie saoudite (le wahhabisme), du Liban (la mobilisation des Druzes), du Maroc (la guerre du Riff), le difficile contrôle de la Transjordanie par les Britanniques et la mise sur pied de la Légion arabe, enfin l’antisémitisme allemand et l’immigration massive des Juifs, sont autant de signes avant-coureurs des affrontements meurtriers dont le Proche-Orient allait être le théâtre au cours des dernières décennies du millénaire.

A partir de 1934, Hitler régnant à Berlin, ce fut l’émigration massive de Juifs allemands. Attirés parla mise en valeur du territoire palestinien, les Arabes y émigrèrent également, si bien qu’en raison des troubles créés par les deux populations hostiles, lord Peel, président d’une Commission d’enquête britannique, proposa la création de deux Etats. Proposition aussitôt rejetée par les Palestiniens. I1 est vrai que les Britanniques avaient attribué aux Juifs la région palestinienne du littoral, la moins désertique ; la partie arabe comportait la Transjordanie et un couloir d’accès à Jérusalem demeurait sous le contrôle de Londres. Pour peupler le territoire attribué aux Israéliens, l’immigration ne serait pas limitée alors que les Arabes exigeaient qu’elle fut stoppée. De leur côté, en dépit des avantages qui leur avaient été octroyés, les dirigeants juifs réclamaient l’ensemble du territoire palestinien, Transjordanie comprise. Londres, qui s’était engagé dans cette aventure, ne contentait finalement aucune des parties en présence : en Palestine, ce fut la révolte, à la fois contre les Britanniques et contre les Juifs.


Attentat de l’organisation terroriste juive Irgoun contre un bus, à Jérusalem, le 29 décembre 1947

L’Irgoun se signala par les attentats à la voiture piégée, attentats dont l’Etat d’Israël allait être la victime soixante ans plus tard. Cherchant un compromis, les Britanniques ne réussiront qu’à s’attirer l’animosité des dirigeants sionistes et, accédant à leur requête, le gouvernement des Etats-Unis entra en scène alors que leurs armées triomphaient en Europe et en Extrême-Orient.


Vue de l’hôtel King David après un attentat de l’organisation terroriste juive Irgoun

Toutefois Londres allait encore obtenir un bref succès : le roi Abdallah de Jordanie se rallie à la Déclaration de Lord Balfour à condition que soit créé le royaume arabe, envisagé par les Britanniques, royaume qui engloberait la Syrie, la Transjordanie, l’Irak et la Palestine, celle-ci amputée d’un Etat juif, Abdallah régnant sur la rive droite du Jourdain en disposant du territoire qui forme aujourd’hui la Cisjordanie.

Abdullah ibn Hussein, 1882-1951, né à La Mecque, mort assasiné en 1951, fut émir de Transjordanie de 1921 à 1949, puis roi de Jordanie de 1949 jusqu'à sa mort. Fils de Hussein ibn Ali, chérif de la Mecque et roi du Hedjaz, qui fut l'un des promoteurs de la révolte arabe de 1916 contre les Turcs.

Mais c’est à New York que la décision majeure allait être prise. La Commission « ad hoc » de l’ONU avait opté pour le partage de la Palestine en deux territoires, l’un palestinien, l’autre juif Jérusalem étant placée sous le contrôle de l’ONU.


Carte de la « partition » -ONU 1947

Les 500 000 Juifs, et 325 000 Arabes, auront près de 57% de la Palestine (hors Jérusalem) et 800 000 Arabes, avec quelques 10 000 Juifs les autres 43%. - La Ligue arabe rejeta ce plan et annonça qu’elle s’y opposerait par la force. - Et ce fut la guerre de 1948-1949, perdue par les Arabes, en l’occurrence l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et l’Irak. LONU, à la demande de Londres, avait mis fin au mandat britannique, le dernier soldat anglais devait
avoir quitté la Palestine avant le 30 juin 1948.

Au conflit, Israël avait gagné 6ooo kilomètres carrés et modifié à son avantage le plan de partage de I’ONU de 1947. En effet, Israël absorbait le Neguev, seule la bande de Gaza restant à l’Égypte. La Cisjordanie arabe était réduite en surface et, au nord, la zone arabe de Nazareth et de Acre revenait à l’Etat juif.


Nasser proclamant la nationalisation du canal aux Egyptiens

En 1956,1a campagne franco-britannique de Suez fut, pour Paris et Londres, un double fiasco. Et l’échec ne fut pas sans incidences sur la poursuite des hostilités israélo-arabes. Un double fiasco parce que les deux alliés au commandement politique divisé et au commandement militaire médiocre, empêchèrent, en réalité, leur allié israélien d’atteindre le Nil tout en démontrant que si les deux superpuissances s’entendaient, ni la France, ni la Grande-Bretagne n’étaient plus en mesure de défendre, par les armes, leurs intérêts. Ce qui signifiait qu’un terme allait être mis à leur prépondérance politique au Proche-Orient,’Washington et Moscou se substituant à Paris et à Londres.


Caricature soviétique montrant le lion britannique et le coq français ridiculisés par le sphynx égyptien.

Et cela, alors que Tsahal l’avait emporté sur les forces égyptiennes. Entre-temps, Paris avait décidé de contribuer à l’invulnérabilité de l’État d’Israël en l’aidant à mettre au point un armement nucléaire limité. Aux Mirages, qui allaient s’illustrer en 1967 lors de la guerre des Six jours, Paris ajouta l’étude, la fabrication et les essais de l’engin balistique Jéricho I que les ingénieurs israéliens perfectionneront en augmentant sa portée. Ce sera Jéricho II. L’État d’Israël l’emportera dans trois guerres, offensive pour lune, à la fois offensives et défensives pour les deux autres.


Du 5 juin au 11 juin 1967... 6 jours.

1) Celle dite des 6 jours, en juin 1967 fut un modèle de guerre-éclair, la victoire totale étant obtenue en 140 heures de combats menés sur trois fronts. L’aviation israélienne détruisit l’aviation égyptienne sur 16 de ses aérodromes, l’armée de terre de l’Etat d’Israël occupant le Sinaï et la Cisjordanie, traversant le Golan, pénétrant en Syrie et en Jordanie, se saisissant de Jérusalem et bâtissant le grand Etat d’Israël.

2) La guerre suivante, celle dite du Kippour, avait été agencée par Henry Kissinger afin d’amener les Israéliens, toujours victorieux, à composition. Le 22 novembre 1967, se référant à la victoire du mois de juin précédant,le Conseil de Sécurité avait déclaré qu’il était inadmissible d’acquérir des territoires par la guerre et que les forces israéliennes devaient se retirer des territoire qu’elles venaient d’occuper. Et un terme serait mis à toute belligérance dans la région. C’était la fameuse Résolution 242, qui ne sera jamais appliquée. Après la guerre d’octobre 1973,la Résolution 338, du 22 octobre, reprenait les termes de la 242. Ces deux Résolutions du Conseil de Sécurité furent ignorées. Le triste souvenir de la Shoah était assez vivace pour que la Communauté Internationale n’ose intervenir aux dépens de l’État d’Israël. L’inadmissible comportement des Allemands à l’égard des Juifs paralysait les Nations Unies.


Le grand manipulateur...

Surpris par l’attaque égyptienne (la CIA ayant trompé le Mossad* sur les préparatifs égyptiens), les Israéliens perdirent d’abord la ligne Bar-Lev tandis que Syriens et irakiens, puis Jordaniens se joignirent aux Egyptiens. Israël fut sauvé par la contre-offensive menée par le général Sharon. Avec 300 chars d’assaut, il fonça vers la charnière de deux groupes d’armées égyptiennes, atteignant le canal de Suez. Le président Sadate accepta,le 22 octobre, le cessez-1e-feu. Décision qui contraignit la Syrie à renoncer aussi au combat. D’où un vif ressentiment de Damas à l’égard du Caire. D’autant que les accords de Camp David (1979) seront suivis du traité de paix israélo-égyptien.

3) En mars 1978, des Palestiniens infiltrèrent le nord de l’État d’Israël et menèrent même des opérations commandos jusqu’à Tel-Aviv. Tsahal envahit le sud Liban et Tel-Aviv refusa de se conformer à la Résolution 425, qui exigeait le retrait des forces israéliennes et créait des contingents d’interposition auxquels la France participa.

Quatre ans plus tard les villages de Galilée étant encore sous la menace de l’artillerie palestinienne, le général Sharon mena l’opération dite « Paix en Galilée » qui, ne visant pas seulement les batteries palestiniennes, mit le siège devant Beyrouth en vue de chasser l’OLP du Liban, où les Syriens s’étaient installés. A Beyrouth les combattants israéliens assisteront complaisamment aux massacres par les phalangistes libanais des réfugiés palestiniens des camps de Sabra et Chatila. Une force multinationale (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie) ne résistera pas longtemps au terrorisme perpétré par Palestiniens. Après les attentats dirigés contre les détachements américains et français à l’aide de véhicules piégés, ce sera la peu glorieuse retraite précipitée des « Occidentaux » (1983).

4) Juin 1982. Le monde musulman est affaibli par la guerre Irak-Iran et la politique du président Reagan, qui soutient Tel-Aviv. L’armée israélienne s’attaqua à nouveau aux formations palestiniennes installées au Liban.
L’offensive déclencha l’intervention de la Syrie. Mais son aviation ayant été détruite par celle des Israéliens, Damas capitula le 11 juin. Et, en 1983, le Liban et l’Etat d’Israël signèrent un accord de paix. Puis, l’armée israélienne évacua le Liban, n’occupant qu’une zone de sécurité au sud du pays. C’était en 1985.

Deux ans après cette apparente normalisation des rapports entre Tel-Aviv et Beyrouth, commença, en Cisjordanie, la « guerre des pierres », « l’Intifada ». Durant ces quarante années de guerre et d’hostilités ininterrompues, les Etats-Unis prirent en main la gestion des crises du Proche-Orient, surtout depuis la guerre de Suez, en 1956. Les négociations, les « rencontres au sommet », les accords et les désaccords se succédèrent à un rythme élevé : « Plan Rogers », « Camp David I », « Accords du Caire », « Oslo I », « Conférence de Madrid », « Oslo II », « Camp David II », « Stye River », « Charm el Cheikh », « Rapport Mitchel », etc. marquèrent les plus importantes étapes d’une vaine négociation.

Toutefois il y eut quelques succès : la paix conclue entre l’Egypte et Israël (1979), la reconnaissance mutuelle de l’OLP et de l’Etat d’Israël, en 1993.


Washington 1993

En revanche, la longue négociation qui aboutit à l’accord d’ « Oslo I » a conduit à un résultat opposé à celui qui avait été visé. Les Israéliens exigeaient que l’OLP annulât les 33 sections de la Charte palestinienne appelant à la destruction de l’Etat d’Israël. En outre, ils entendaient être en mesure de défendre la frontière orientale, le long du Jourdain, annexer 30% à 40% de la superficie de la Cisjordanie,les questions les plus difficiles devant être réglées au cours de cinq ans de négociations : le statut de Jérusalem, le retour des réfugiés palestiniens**, la gestion des colonies juives en Cisjordanie et à Gaza,le partage des ressources en eau’ la liaison entre Gaza et les implantations palestiniennes en Cisjordanie. Cela, en sachant que Jérusalem est, selon les Israéliens, leur capitale et qu’ils refusent « tout droit au retour » des réfugiés et que les Palestiniens entendent
à la fois faire de Jérusalem leur capitale et avoir le droit d’accueillir des réfugiés.

En attendant que l’on s’accorde sur le statut définitif de la Cisjordanie, ses 6ooo kilomètres carrés devaient être découpés en trois zones :

  • la zone A, totalement palestinienne et s’étendant sur 17,2% du territoire ;
  • la zone B, également remise aux Palestiniens, mais dont la sécurité intérieure serait assurée par l’armée israélienne (23,8%) ;
  • la zone C, soit 59%, demeurant israélienne. Il s’agissait d’un accord intérimaire donnant le temps de préparer un accord définitif.

Sur le terrain cet accord d’Oslo a crée un embryon d’Etat palestinien en « peau de léopard », les deux populations étant étroitement imbriquées. Au moment de la signature du texte, quelque 400. villages palestiniens étaient « mélangés » à deux fois plus de localités israéliennes rassemblant près de 180 000 habitants et le gouvernement de l’Etat d’Israël encouragerait- et encourage toujours - la poursuite de la « colonisation » de la Cisjordanie, comme si était visée la formation d’un chimérique Etat bi-national. C’était donc réunir les conditions d’un redoublement de « l’Intifada » c’était substituer à la guerre entre États, la guérilla entre localités voisines, la haine de village à vil1age, de maisons à maisons, de familles à familles, bref,créer l’irrémédiable.

A l’hostilité « organisée » des armées régulières allaient succéder le combat des peuples, quasi individuellement.

Mais, aussi, la position stratégique de l’État d’Israël a été profondément modifiée par la fin de la guerre froide...

Général Pierre Marie Gallois

A suivre...

*. Mme Golda Meir, à l’époque chef du gouvernement de l’Etat d’Israël reconnut, au lendemain des hostilités, que le Mossad avait été délibérément trompé par les services de renseignement américain.
Cette guerre, comme celle de Suez en 1956, fut marquée par une surprenante collusion entre Washington et Moscou, cette fois en application du traité de Washington de juin 1973.

**. En décembre 1948, l’Assemblée générale de l’ONU avait reconnu le droit au retour des réfugiés palestiniens : Résolution n° 194.

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