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Il n’entend pas ainsi « jouer à l’innocent bénisseur »...

Lundi 6 décembre 2010, par Gérard Leclerc // La Religion

Ni ignorer les parties les plus âpres du dossier.

Notre ami Gérard Leclerc suit avec une grande attention l’interpellation de l’islam à la France. Toujours dans le souci de comprendre...

Sensible au message du Père de Chergé, Soit. Mais si grand soit un souffle « souffie », il ne saurait occulter les « âpres » réalités, ni les pires désordres engendrés dans la Cité ! Face à un gouvernement qui ment, et à nombre de politiciens déjà en transe électorale, si dialogue il doit y avoir, il importe prioritairement de dire ce que sont les fils de France.

Des ouvertures possibles ? Gardons-nous des chevaux de Troie.

Il y a loin entre quelques érudits de l’islam, musulmans ou pas et les réalités que vivent et subissent nombre de Français, Espagnols, Allemands, Britanniques et autres...

Sans parler de nos frères d’Orient...

Deux très grands articles de Gérard Leclerc, à hauteur des exigences que nous lui connaissons...

« La nature Notre civilisation est incapable de construire un temple ou un tombeau. Elle sera contrainte de trouver sa valeur fondamentale, ou elle se décomposera. C’est le grand phénomène de notre époque que la violence de la poussée islamique.

Sous-estimée par la plupart de nos contemporains, cette montée de l’islam est analogiquement comparable aux débuts du communisme du temps de Lénine. Les conséquences de ce phénomène sont encore imprévisibles. A l’origine de la révolution marxiste, on croyait pouvoir endiguer le courant par des solutions partielles. Ni le christianisme, ni les organisations patronales ou ouvrières n’ont trouvé la réponse. De même aujourd’hui, le monde occidental ne semble guère préparé à affronter le problème de l’islam. En théorie, la solution paraît d’ailleurs extrêmement difficile.. Peut-être serait-elle possible en pratique si, pour nous borner à l’aspect français de la question, celle-ci était pensée et appliquée par un véritable homme d’Etat...

Quelques rues du centre de Paris sont égayées par les très belles robes de nos visiteurs marocains. Il y en a de vertes, il y en a de toutes les nuances. Certains de ces majestueux enfants du désert apparaîtraient "vêtus de probité candide et de lin blanc" si leur visage basané et presque noir ne faisait songer au barbouillage infernal. Que leurs consciences soient couleur de robe ou couleur de peau, leurs costumes restent enviables ; le plus négligent des hommes serait capable des frais de toilette qui aboutiraient à ces magnifiques « cappa magna », à ces manteaux brodés de lune et de soleil.

Notre Garde républicaine elle-même, si bien casquée, guêtrée et culottée soit-elle, cède, il me semble, à la splendeur diaprée de nos hôtes orientaux. Toute cette couleur dûment reconnue, il n’est pas moins vrai que nous sommes probablement en train de faire une grosse sottise. Cette mosquée en plein Paris ne me dit rien de bon. II n’y a peut-être pas de réveil de l’Islam, auquel cas tout ce que je dis ne tient pas et tout ce que l’on fait se trouve être aussi la plus vaine des choses. Mais, s’il y a un réveil de l’Islam, et je ne crois pas que l’on en puisse douter, un trophée de la foi coranique sur cette colline Sainte-Geneviève où tous les plus grands docteurs de la chrétienté enseignèrent contre l’Islam représente plus qu’une offense à notre passé : une menace pour notre avenir...

La suite...

De la nature d’une civilisation...

Lettre du père Charles de Foucauld à René Bazin de l’Académie Française, le 29 juillet 1916.

"Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l’Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie : une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l’esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l’étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d’autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu’elle a avec les Français (représentants de l’autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d’elle. Le sentiment national ou barbaresque s’exaltera dans l’élite instruite : quand elle en trouvera l’occasion, par exemple lors de difficultés de la France au dedans ou au dehors, elle se servira de l’islam comme d’un levier pour soulever la masse ignorante, et cherchera à créer un empire africain musulman indépendant...

de Lévi-Strauss : Dans son dictionnaire intime, au mot islam, il écrit : "Une religion que je connais mal. J’ajouterai pourtant que nous sommes aujourd’hui les protagonistes d’un phénomène assez paradoxal de l’histoire auquel l’islam me semble mêlé... J’ai commencé à réfléchir à un moment où notre culture agressait d’autres cultures dont je me suis fait le défenseur et le témoin.
Maintenant, j’ai l’impression que le mouvement s’est inversé et que notre culture est sur la défensive vis-à-vis de menaces extérieures, parmi lesquelles figure probablement l’explosion islamique. Du coup, je me sens fermement et ethnologiquement défenseur de ma culture". http://www.lesmanantsduroi.com/articles2/article35726.php

Il y a toujours un temps pour la méditation… Mais l’ordre nécessaire à la Cité ne saurait s’en contenter… Et le quotidien d’un nombre grandissant de Français n’est pas tiré d’un « film extraordinaire »…

Portemont, le 24 novembre 2010

Une actualité permanente, des défis pressants, des polémiques incessantes m’imposent, comme à tout observateur, voire à tout citoyen res­ponsable, de revenir au destin de nos sociétés européennes, confrontées à l’immigration et à la culture islamique. Mais s’engager sur ce terrain, c’est prendre tous les risques, s’exposer à tous les reproches et se trouver sommé de prendre parti de la façon la plus nette, sous peine d’être stigmatisé à l’enseigne des expressions qui tuent. Pourtant, si j’observe l’évolution du débat public, je constate que nombre d’hommes (et de femmes) des plus raisonnables s’interrogent désormais sur ces sujets, avec plus de liberté d’esprit qu’autrefois. J’écoutais il y a quelque temps Esprit public, l’excellente émission de Philippe Meyer sur France Culture, frappé de l’accord substantiel de l’animateur, de Max Gallo et de Jean-Louis Bourlanges avec l’invitée du jour, Michèle Tribalat. On sait que cette démographe de l’INED, dans son dernier ouvrage (Les yeux grands fermés, Denoël) s’interroge sur l’étrange cécité d’un pays qui n’a pas accès à des données statistiques élémentaires sur les flux migratoires et les populations d’origines étrangères installées sur son sol.

Bien sûr, le souci légitime de se prémunir de catégorisations ethniques et de réflexes xénophobes explique cet interdit qui nous est spécifique. Mais en même temps, il y a quelque inconscience à ne pas vouloir s’informer exactement des choses telles qu’elles sont.

S’informer de façon exacte, ce n’est pas forcément stigmatiser les réalités humaines qui se révèlent dans tout leur relief. Ce peut être un moyen de leur rendre hommage, ne serait-ce qu’en mettant en lumière, le refus de savoir et l’ignorance n’étant pas des signes particuliers de reconnaissance ou de bienveillance. Il est vrai que l’éclairage mieux ciblé ne met pas seulement en évidence les qualités, il peut révéler les défauts, les aspects les plus pénibles. Mais se boucher les yeux n’a jamais permis d’améliorer les choses, de corriger les tendances dangereuses, les déséquilibres, et de ramener les zones dites de non-droit à la légalité.

Parmi les remarques de Michèle Tribalat, je retiens l’incertitude statistique dans le domaine de l’immigration, qui s’explique par la crainte d’affoler l’opinion. L’antiracisme joue à plein, il s’agit donc de présenter le phénomène sur le jour le plus favorable et comme une donnée irréversible de notre temps. L’économie exigerait l’apport d’une main-d’œuvre dont ne disposeraient plus les nations européennes. C’est là une idée mal étayée par des études appropriées. Selon Michèle Tribalat, rien ne démontrerait la nécessité économique des flux migratoires. Il est vrai que l’effet sur les emplois conduit à une baisse des coûts salariaux, les immigrés étant faiblement rémunérés. Autre remarque de notre démographe : l’idée selon laquelle l’émigration vient compenser le déficit démographique des pays d’accueil doit être sérieusement discutée. Le raisonnement purement quantitatif qui justifierait une telle affirmation « poussé à l’extrême nécessiterait des flux insoutenables ».

Troisième remarque à propos des difficultés d’assimilation. La concentration des populations d’origines étrangères sur certains quartiers pose forcément des difficultés majeures notamment pour la scolarité des enfants qui ne rencontrent que très peu de camarades d’origine française sur leur banc de classe. C’est donc le déclin de la « mixité ». Mais il est périlleux de travailler les yeux ouverts pour Michèle Tribalat qui se trouve bannie par son milieu professionnel et a même été l’objet de la part de son confrère Hervé Le Bras d’incrimination xénophobe. Car vouloir faire preuve de sérieux dans ce domaine si sensible c’est affronter une idéologie qui, prônant la bienveillance universelle, a d’ores et déjà fixé un certain nombre de certitudes canoniques et de représentations à prétentions universalisantes : « Puisque le migrant est le prototype du monde qui vient, il faut une instance supranationale, qui s’ajuste à l’univers mondialisé du migrant. »

Une longue ascèse professionnelle permet quelques pointes polémiques, qui ne sont pas associées à des passions basses, notamment à propos d’une « nouvelle utopie post-démocratique » qui fait chanter les lendemains. « Cette utopie n’engage à rien quand on a les moyens de vivre dans les beaux quartiers, préservés des joies de la mixité sociale et ethnique. » Une classe sociale favorisée se voit ainsi en position de défendre des opprimés hors de nos frontières et demandent aux Français moins dotés de faire preuve d’ouverture d’esprit et de se priver d’une population dont elle est elle-même épargnée (Michèle Tribalat au Spectacle du Monde, avril 2010). Une des difficultés de discernement d’une question aussi délicate concerne sa relation avec la compassion humanitaire, et plus encore avec la charité. Pour dire les choses en bref : un chrétien ne doit-il pas s’ouvrir aux soucis de tous les hommes, notamment les plus démunis ? L’immigration dans le monde où nous sommes n’est-elle pas le seul moyen pour des masses de pauvres d’accéder à l’espoir de meilleures conditions d’existence ? Instaurer une sévère régulation aux frontières de nos pays, n’est-ce pas priver les déshérités de toute chance de s’en sortir ? En des termes aussi assurés, nous sommes face à une sorte d’impératif catégorique qui ne souffre pas les objections. D’où la rigueur des affrontements qui n’opposeraient que des humanistes et des xénophobes. D’un côté l’ouverture d’esprit, la magnanimité, qui coïncideraient d’ailleurs avec le mouvement même du monde ; de l’autre l’étroitesse, le renfermement identitaire toujours proche de remugles nauséabonds. Apporter un peu de complexité dans cet affrontement binaire n’est pas aisé.

Je ne méconnais pas les mérites d’une sorte de radicalisme évangélique, qui conduit certains à des engagements exclusifs ne prenant en compte que le dénuement du prochain et l’injonction absolue de le secourir. Oui, il y a des situations où on ne discute pas, on agit, on se met en quatre pour sauver celui qui vous tend la main, mais l’abus qui peut être un abus de confiance consiste à tout réduire au seul impératif catégorique, excluant toute diversité, toute contradiction et tout conflit de devoirs. S’il est bien qu’une nation plus favorisée soit accueillante à une certaine détresse, il est irresponsable pour elle de ne pas tenir compte de ses capacités d’accueil et d’intégration. S’il n’est pas souhaitable qu’une telle nation se fige autour d’une identité agressive, il n’est pas responsable qu’elle considère sa langue, sa culture, et son histoire, comme des données révocables. Il y a aussi des devoirs de la part de ceux qui bénéficient de l’hospitalité d’un peuple constitué, dont le premier consiste à respecter son « identité », même si celle-ci est toujours en devenir et si les influences « extérieures » doivent être considérées comme facteurs d’enrichissement.

Qu’on le veuille ou pas, nous ne sommes pas parvenus à un équilibre satisfaisant, et le débat, qui est en train de traverser tout le continent européen, se pose en termes radicaux, qui rappellent typiquement les thèses alarmistes de Samuel Huntington dans « Le choc des civilisations ». Étant entendu que les principales sources de division seraient désormais culturelles, l’islam est considéré comme une menace directe pour l’Europe et les États-Unis. C’est comme si une sourde angoisse s’emparait des peuples et se traduisait, sur le terrain démocratique, par des mouvements caractérisés de refus : votation suisse contre la construction des minarets, apparition de mouvements populistes dressés contre l’immigration dans presque tous les pays européens.
En Allemagne, l’affaire est en train de monter en puissance, avec l’intervention d’un ancien membre du directoire de la Bundesbank, Thilo Sarrazin, auteur d’un brûlot dont le titre en soi est une provocation : « L’Allemagne se détruit » (Deutschland schafft sich ab). Sarrazin n’appartient nullement à la droite allemande et moins encore à on ne sait quelle extrême droite.

Un bien étrange mal...

Le 5 septembre 2010

Le nombre de ceux qui en ont conscience croît chaque jour.

Mais chaque fois qu’une voix s’élève le concert des cris d’orfraies entend la couvrir...

L’ Allemagne n’est pas épargnée...

Haro au Sarrazin !

Mais ne croyez pas qu’il s’agisse là d’un appel à une nouvelle croisade...

Le Sarrazin en question n’est autre que Thilo Sarrazin, membre éminent de la Bundesbank qui a déclaré « Je ne souhaite pas que le pays de mes petits-enfants et de mes arrière-petits-enfants soit en grande partie (un pays) musulman où le turc et l’arabe soient largement parlés, où les femmes portent le voile et où la journée est rythmée par les appels à la prière »...

Il est issu de la pure tradition sociale-démocrate, ce qui ajoute encore à l’impression de trouble qui prévaut au pays d’Angela Merkel. En affirmant que « les musulmans minent la société allemande, qu’ils lui refusent de s’intégrer et vivent aux crochets de l’État », il va au-devant d’une opinion publique qui l’approuve largement.

Au grand dam de la « bienpensance », Angela Merkel a réglé son sort, le 16 octobre 2010, au « Multikulti ». Il est vrai que nous sommes en Teutonie et que l’effet Sarrazin – Théo – se fait sentir… « Le multiculturel a échoué, totalement échoué. » a-t-elle martelé…

« Nous nous sentons liés aux valeurs chrétiennes. Celui qui n’accepte pas cela n’a pas sa place ici… Subventionner les immigrants ne suffit pas, l’Allemagne est en droit d’avoir des exigences envers eux... »

Certes, il y a des résistances et des protestations contre un courant dépeint par ses adversaires comme raciste. Mais c’est bien le signe que le débat est désormais au centre des préoccupations allemandes et que tous les politiques, depuis le Président de la République et la Chancelière jusqu’à tous les dirigeants institutionnels, en sont partie prenante au fil des déclarations que ne cessent de répercuter les médias. Ce qui accroît la tension, c’est que l’Allemagne sort d’un long silence sur une question qui aurait dû la préoccuper depuis longtemps. Les immigrés ne représentent-ils pas un cinquième de sa population ? http://www.france-catholique.fr/L-immigration.html

La France n’est pas dans la même situation, parce qu’elle a déjà une longue pratique du sujet et qu’elle s’est même prévalue sous la troisième République d’être une puissance musulmane. Il m’est arrivé d’évoquer cela, à partir d’une expérience familiale, puisque j’ai épousé l’héritière d’une famille pionnière dans les recherches universitaires sur l’islam. Mais les temps ont changé, et même s’il subsiste une tradition tout à fait intéressante, à la suite de William et Georges Marçais, notamment dans le Maghreb, le climat est plutôt à la défiance, et le débat est aussi conflictuel qu’en Allemagne. Certes, Nicolas Sarkozy s’est donné beaucoup de mal pour créer un organisme représentatif des musulmans français, mais les lois imaginées pour interdire le voile dans certains lieux et plus récemment pour proscrire le port de la burqa, ont donné le sentiment d’un danger contre lequel il fallait se protéger.

La République laïque s’est même cabrée, avec des excès, lorsque certains ont voulu proscrire tout insigne religieux à l’école. Et l’insistance sur le concept de laïcité a fait rejaillir bien des ambiguïtés. Il y a toujours danger chez nous de passer de « notre laïcité publique » (Émile Poulat), qui est la mise en pratique d’une attitude prudentielle pour assurer autant l’autonomie de l’État que la liberté religieuse, à une culture laïque qui est bien autre chose. Si celle-ci tend à être une « Weltanschauung ». Elle risque de s’ériger en idéologie officielle, opposant sa propre intolérance à celle qu’elle entend combattre. Et nous nous retrouvons dans une cohérence qui est celle de la philosophie politique moderne, sans doute depuis Machiavel. Le facteur religieux a été considéré depuis tous ses fondateurs comme dangereux dans sa vocation à tout dominer et comme facteur de violence. C’est pourquoi il convenait de le brider soigneusement sous la contrainte étatique et même de lui substituer une sorte de « religion civile » (Rousseau).

J’observe en ce moment avec intérêt, mais aussi avec quelque inquiétude les prises de position et les activités d’un organisme qui s’intitule Riposte laïque. Ses dirigeants se sont fait connaître par les médias au moment de leurs opérations dites « Apéros saucisson », destinées à provoquer les musulmans dans un quartier où ils sont nombreux et se regroupent régulièrement (la rue Myrha dans le 18e arrondissement).

De quoi s’agit-il ? Des militants de gauche, très attachés à une certaine conception de la République, un peu selon le modèle de Jean-Pierre Chevènement, s’aperçoivent que la présence massive d’un islam perçu comme conquérant constitue une menace telle qu’elle requiert leur vigilance sur un front qui est devenu obsessionnel. Ils ont décrété la mobilisation générale et argumentent sans cesse sur leur site Internet bien fourni à propos d’une entreprise hégémonique qui ne cesse de s’étendre, dans l’inconscience de la plupart et notamment d’une gauche conventionnelle qui se boucherait les yeux.

La lecture de tous ces textes n’est sûrement pas à dédaigner : on y perçoit comme une angoisse qui n’est pas seulement propre à une société de pensée mais qui rejoint la sourde appréhension de beaucoup de gens dans ce pays et la plupart des pays d’Europe. Il n’est pas possible d’ignorer une telle réalité ou de la rejeter en agitant le spectre de l’islamophobie. Ces gens sont d’évidence courageux. Leur porte-parole, Christine Tasin, est tout de même l’objet d’une fatwa ! Je suis partagé entre deux sentiments. D’un côté, il est impossible d’ignorer les faits réels assénés par Riposte laïque. De l’autre, il est périlleux d’entretenir l’opinion dans une hantise qui peut déboucher sur des réflexes d’hostilité. Mais comment trouver la bonne mesure entre un angélisme irresponsable et une hostilité dangereuse à force de systématisme ?

La laïcité peut-elle être la réponse adéquate à une telle interrogation ? Oui et non. Oui, si elle assume clairement et sereinement un cadre propice à la liberté de conscience et à la liberté de s’exprimer religieusement, sans oublier de sanctionner toute tentative de débordement qui vise la conquête de l’autorité et de l’espace publics par une entreprise d’hégémonie, dérapant vers un totalitarisme politico-religieux. Non, si la laïcité a la prétention d’opposer sa propre « Weltanschauung » à une autre qui lui serait contraire. C’est un risque évident, la laïcité institutionnelle ne peut parer à elle seule à une offensive civilisationnelle, qui remet en cause les données essentielles d’une société dont elle veut changer les principes et les valeurs. La laïcité devient alors du laïcisme, c’est-à-dire une idéologie qui prétend donner le sens et conquérir jusqu’à l’espace des consciences. Il est intéressant d’observer comment Riposte laïque oscille sans cesse entre une conception prudentielle et une conception idéologique de la laïcité, cette dernière s’affirmant par exemple, sous le mode de la dérision à l’égard du religieux. Il n’est pas tout à fait innocent de représenter sur la page d’accueil du site internet de l’association Benoît XVI célébrant l’eucharistie, en substituant au calice un énorme bock de bière. Certes, on peut concéder que cela fait partie de l’appareil satirique de l’anticléricalisme de papa, mais on ne peut non plus s’empêcher de discerner une hostilité de fond, qui donne à la laïcité toutes les couleurs de l’agressivité. Mais cela s’inscrit dans une logique impérieuse. Face à une offensive globale, totalisante, qui prend en compte l’ensemble d’une société et se veut vecteur d’une civilisation radicalement autre, les armes purement juridiques et institutionnelles ressemblent à des sabres de bois et la laïcité elle-même peut être qualifiée de nouvelle ligne Maginot. Elle est donc appelée à se déborder elle-même pour s’inventer des armes plus adaptées, mieux proportionnées à l’adversaire.Aux États-Unis, on a pu observer, après le 11-septembre, comment toute la nation américaine pouvait se rassembler au nom des valeurs traditionnelles, qui lui sont fondatrices et comportent une large part de religiosité : « Dieu protège l’Amérique ! » La France républicaine n’a pas ce genre de ressources, sauf à déroger exceptionnellement à sa neutralité, tel le gouvernement de Paul Reynaud se rendant à Notre-Dame de Paris le 19 mai 1940 pour invoquer la protection divine et entendre le cardinal Suhard relire l’acte de consécration de la France au Sacré-Cœur ! Mais c’est un cas d’espèce ! L’hypothèse plus vraisemblable consiste à barder de fer notre laïcité principielle pour qu’elle fasse barrage, au risque de dérives, devant lesquelles hésitent d’ailleurs nos militants laïcs. Il est patent que Riposte laïque vient au secours des chrétiens lorsqu’ils sont agressés directement et qu’un sentiment de solidarité se substitue alors aux préjugés anticléricaux.

Mais, in fine, cet ensemble de considérations nous ramène à une énigme troublante qui est celle posée par l’islam. Comment aborder un tel océan, sans avoir à sa disposition l’érudition requise ? Des gens ont passé leur vie entière à l’étudier et ils ne sont pas d’accord entre eux. Si je consulte les livres autour de moi et je suis très loin de posséder la bibliothèque exhaustive qui conviendrait je suis décontenancé par la virulence des oppositions. Est-on contraint de choisir entre une vision à la Massignon qui privilégie les meilleurs côtés d’une religion, fascinée par l’absolu de Dieu et suscitant d’authentiques mystiques comme El Allaj, et une vision terrifiante qui promet l’ensemble de la planète à la dhimmitude, c’est-à-dire à l’asservissement à un califat dont la puissance s’étendrait d’ores et déjà sur nos pays, ne serait-ce que par le biais des communautés musulmanes implantées chez nous et qui seraient empêchées de s’intégrer à notre culture ?

Rappelons que Mansour Al Allaj – El Allaj- fut supplicié et mis à mort. Ses écrits restent toujours condamnés tant par les sunnites que les chiites… Si beaux soient ses poèmes mystiques…

Comment être insensible à une telle conception, même si l’on se garde de tout esprit de système ? Il y a trop d’arguments historiques, exégétiques, politiques, à faire valoir, qui illustrent la théorie d’une continuité hégémonique des origines à nos jours.
J’écoute et je lis les uns et les autres, et je me demande quand même s’il n’y a pas lieu, par priorité, de distinguer la réalité plurielle d’une religion et d’une civilisation qu’il est plus utile de problématiser, au risque de la complexifier, que de durcir, au risque d’empêcher tout dialogue commun ? Je n’entends pas ainsi jouer à l’innocent bénisseur, en ignorant les parties les plus âpres du dossier. Je tente de me saisir de l’ensemble pour mettre en perspective à la fois les périls et les ouvertures possibles, avec la conscience d’être tout à fait inférieur à la tâche. Mais il faut bien que chacun s’y emploie avec ses faibles forces.

C’est depuis l’enfance que la présence de l’islam s’est imposée, ne serait-ce qu’avec l’image de Charles de Foucauld, si impressionné au Maroc par la prière des musulmans. Mais il y avait en plus, parallèlement aux événements meurtriers d’Afrique du Nord, l’exemple encore discret de ces hommes qui se distinguaient par leur allure et leur activité. Je n’ai jamais supporté la moindre moquerie et surtout la moindre remarque injurieuse à leur égard, m’interrogeant sur leurs différences et sur la possible composition de nos personnalités. En milieu ecclésial, il me semble que c’est toujours une certaine bienveillance qui prévalait, encore que le statut du troisième monothéisme soit objet de controverses. Autant que je me souvienne, je n’ai pas mémoire d’une âpreté semblable à celle qui caractérise les discussions d’aujourd’hui sur l’islam. Lorsque je consulte Mauriac, qui est toujours à portée de main, en ce qui concerne les affaires marocaines et algériennes, je constate l’absence de préoccupation soutenue à l’égard du phénomène religieux, même s’il côtoie Massignon, et salue son rapprochement avec l’islam à propos duquel il ne dit qu’admirativement des choses assez convenues.

C’est bien la preuve que nous avons changé d’époque ! Il est inconcevable aujourd’hui de ne pas entrer dans une tension intellectuelle extrême dès lors qu’il s’agit de la situation de l’islam dans le monde, de l’existence d’une population musulmane en Europe et de la nature d’une religion dans ses rapports avec la politique et dans le cadre des relations interreligieuses. La bienveillance n’a pas forcément disparu, mais elle est infiniment plus grave, plus difficile, plus critiquée aussi. J’en veux pour exemple le témoignage poignant d’un Christian de Chergé qui nous introduit dans une dimension très particulière, sur fond de guerre civile et de certitude intime que sa vie est menacée par une partie de ceux-là même avec qui il a voulu créer des liens d’amitié profonds. Le prieur du monastère de l’Atlas dépasse sans les nier les difficultés exégétiques, les contradictions entre violences djihadistes et mystique souffie. Sa relation avec l’islam passe par son amitié avec des croyants musulmans qui ont fait mûrir sa foi. L’origine de tout, c’est sa rencontre avec un garde champêtre alors qu’il était sous-lieutenant de l’armée française en Algérie. C’est « cet homme mûr, profondément religieux, qui a libéré ma foi au fil d’un quotidien difficile, comme une réponse de simplicité, d’ouverture et d’abandon à Dieu. Notre dialogue était celui d’une amitié paisible et confiante qui avait la volonté de Dieu pour horizon, par-dessus la mêlée. Cet homme illettré ne se payait pas de mots ». Mieux encore, c’est ce Mohammed qui, pour protéger Christian, a donné sa vie : « Dans le sang de cet ami, j’ai su que mon appel à suivre le Christ devrait trouver à se vivre tôt ou tard dans le pays même où m’avait été donné ce gage de l’amour le plus grand. J’ai su du même coup que cette consécration de ma vie devrait passer par une prière en commun pour être vraiment un témoignage d’Église. »

Le cas est-il exceptionnel ? Oui, mais c’est cette exception qui nous est donnée à méditer avec insistance, alors que le sacrifice des moines de l’Atlas est rappelé dans un film extraordinaire qui aura sur une vaste opinion un pouvoir de suggestion exceptionnel. C’est une chance à saisir dans le climat de tension actuel pour échapper à de mauvaises tentation

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