Il faut sauver l’euro et la démocratie.

Jeudi 10 novembre 2011 // L’Europe

Ce ne sont pas les parlements qui ont retardé le sauvetage de l’euro, mais bien les banquiers.

Ce qu’il faut, c’est réduire la dette, et non réduire la démocratie. Il faut diviser par deux ou par quatre la dette de la Grèce, mais non les processus démocratiques en vigueur en Allemagne et en Europe. L’Allemagne ne peut admettre que sa démocratie parlementaire se fasse castrer à cause de la Grèce. Que l’Union européenne reproche au Bundestag de travailler trop lentement, trop minutieusement et sans vraiment connaître la question est pour le moins déplacé. Ces critiques sont véhémentes, elles sont pour tout dire inouïes. En dernière instance, cela voudrait dire que la démocratie n’est pas capable de faire sortir l’Europe de la crise. Les Etats membres doivent-ils être contraints par décret de l’UE à s’engager sur des sommes astronomiques ? Ira-t-on jusqu’à penser que la chancelière doit disposer seule du pouvoir d’engager tout le pays ? Répondre oui à ces questions, c’est être totalement inconscient des conséquences.

La chancelière aurait sûrement de quoi en être reconnaissante. Sa position de force à Bruxelles vient, entre autres, du fait que tout le monde sait là-bas qu’il existe en Allemagne un Parlement qui. a son mot à dire dans les négociations. Cet état de choses atténue la pression qui pèse sur Angela Merkel quanta la question de savoir qui va payer. Car c’est bien cela qui est en cause dans la bataille pour sauver l’euro. Au premier plan comme à l’arrière-plan de toutes les réunions qui se tiennent actuellement, l’enjeu est de savoir qui paiera finalement le coût de l’intervention et dans quelles proportions Est-ce que ce seront les banques ? Est-ce que ce seront les Etats il faut dire ici clairement que ce ne sont pas les Parlements qui ont retardé le sauvetage de l’euro - reporter un sommet de trois jours parce que le Bundestag doit encore se prononcer ne saurait être sérieusement qualifié de désastreux. Ceux qui ont vraiment fait traîner les choses, ce ne sont pas les Parlements mais tous les Ackermann [président de la Deutsche Bank, dont le nom devient ici symbole de tous ses homologues] qui existent dans chacun des Etats européens encore solides financièrement (ils sont rares). Ce sont eux qui, en jouant les conseillers occultes des gouvernements, ont retardé la réduction partielle de la dette grecque. Leur objectif inavoué, c’est de faire payer l’Etat au maximum. Or l’Etat, c’est le citoyen, l’Etat, c’est le contribuable - et c’est le Parlement qui le représente. Il faut assurément aider les Grecs, il faut faire une croix sur une grande partie de leur dette, mais il n’y a aucune raison pour autant de faire une croix sur la démocratie. Le moteur de l’UE, ce n’est pas l’euro, c’est la démocratie.

Bien entendu, le Bundestag n’est pas encore tout à fait à l’aise dans ses nouvelles missions européennes - la commission du Budget, par exemple, compte des parlementaires à qui la chose européenne n’est pas encore familière. Mais il apprend.. il sait qu’il a une part de responsabilité dans l’organisation européenne. Dans le sauvetage de l’euro, le Bundestag tâtonne comme toutes les autres instances. Personne n’a encore trouvé l’œuf de Colomb. Et, dans cette recherche, il ne faut ni perdre la tête ni abandonner le sens de la mesure. On ne saurait sauver l’euro en laissant se dégrader la démocratie.

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