Il a bon dos, l’euro !
Vendredi 2 février 2007, par // L’Europe
Le 1er Janvier, avec l’adoption de l’euro par la Slovénie, le nombril officiel de Europe monétaire s’est déplacé d’une dizaine de kilomètres vers le sud-est, à Mhère, au coeur du Morvan. Le maire de Mhère se réjouit. Les cars de touristes qui faisaient un détour par l’ancien « centre » théorique de la zone euro, le village voisin, Montreuillon, vont désormais converger vers Mhère (290 habitants). Il n’y a plus de commerces, mais Henri Taché espère que cette renommée internationale va permettre à sa commune d’ouvrir une boutique « multiservices. »
Mhère est donc pris d’un accès d’europhilie. C’est l’exception. En France, le soutien à l’euro n’a jamais été aussi faible. 52 % des Français, estiment que la disparition du franc a été « une mauvaise chose » pour leur pays. Les euroseptiques se frottent les mains. Il y a cependant quelque chose d’étrange dans ce désamour. Car les chiffres ne collent pas. Officiellement, l’inflation en France est quasi imperceptible. Mais chacun se méfie de ces statistiques. Le coût de la vie, si l’on s’en tient aux produits du quotidien, augmente bien plus vite que l’étrange panier de biens et services qu’utilise l’INSEE (où le logement, par exemple, pèse 6 % du total !.)
Mais faut-il blâmer l’euro ? Certainement pas. La monnaie européenne n’a eu que des effets limités sur les loyers ( +30% on cinq ans) ou l’immobilier (+ 90 %) Les hausses les moins bien vécues (+ 46 % pour le tabac, + 19% pour électricité) sont imputables à des augmentations de taxes, à la météo ou encore aux lois du marché ( + 130% pour les pommes de terre). Dans le cas du pétrole, la fermeté de l’euro face au dollar a même atténué pour la zone euro la flambée mondiale des prix.
Par ailleurs, depuis cinq ans, certains commerces (cafés et boulangeries, notamment) ont eu la main lourde. Il y a cinq ans, les Français auraient sans doute refusé les excès et comparé les prix ; aujourd’hui, ils haussent les épaules et accusent l’euro. Même les deux principaux candidats l’élection présidentielle versent dans la diatribe antieuro (et anti-Europe). En fait, l’euro paie aujourd’hui le prix des vertus exagérées qu’on lui a attribuées lors de son lancement, en 2002. Les Français, comme le maire de Mhère, sont manifestement de plus en plus nombreux, à préférer se regardait le nombril.