ISLAM - OCCIDENT- Dialogues de sourds.

Lundi 19 février 2007, par Paul Vaurs // Le Monde

Une polémique véhémente agite les milieux médiatiques américains depuis qu’à
l’aéroport de Minneapolis des chauffeurs de taxi se sont mis à refuser les
passagers en possession de boissons alcoolisées ou accompagnés de chiens, y
compris de chiens guides d’aveugle. Ils se réfèrent à l’avis de certains
imams selon lesquels ils se souilleraient en acceptant de tels clients. Ces
dysfonctionnements s’expliquent par le fait que les trois quarts des
chauffeurs de taxi stationnant à cet aéroport sont des musulmans d’origine
somalienne qui se conforment à des avis religieux au point de vouloir les
imposer à leurs compatriotes américains, sans se soucier de leurs
spécificités culturelles.

Le problème remonte à il y a plus d’un an, quand le président de l’Association
islamique américaine dans l’Etat du Minnesota a déclaré qu’il était illicite
de la part des chauffeurs musulmans de transporter des personnes en
possession de boissons alcoolisées, parce qu’ils se rendraient ainsi
coupables de « complicité avec le péché ». Certains intégristes ont alors
proposé d’inventer des signes distinctifs pour les taxis « musulmans »
permettant aux passagers de ne pas enfreindre par inadvertance les interdits
décrétés par les intégristes ou d’attendre vainement leur tour pour un taxi
supposé servir tous les citoyens sans discrimination.

Tout cela ne doit pas seulement provoquer un sentiment de colère contre les
groupes intégristes qui sont à l’origine de cette polémique, mais doit aussi
inciter à méditer les tenants et aboutissants de l’affaire pour le devenir
des musulmans en Amérique. Car le sujet est grave, dans le contexte actuel
de tensions entre l’Occident et l’ensemble des musulmans, où qu’ils vivent.
Il ne sert à rien de vouloir minimiser le problème. Nous devons nous
demander ce qui se passera si ce groupe persiste dans ses étranges
agissements, contraires aux règles de la vie et, société et de l’acceptation
des différences. Faut-il s’attendre à ce que, demain, des fondamentalistes
conducteurs de train ou employés dans les gares et des aéroports refusent
de transporter des femmes non voilées ou interdisent aux hôtesses dc l’air
de servir des boissons alcoolisées à leurs passagers ? Faut-il s’attendre à
ce que, dans certains quartiers de Brooklyn ou dans certains coins du
Michigan où ils forment la majorité de la population, les musulmans exigent
de pouvoir diffuser l’appel à la prière par haut-parleurs ? Cela ne semble
pas exclu. Il suffit de se rappeler les déclarations d’un imam en Australie,
qui avait déclenché une vive polémique dans les médias il y a quelques mois
pour avoir comparé les Australiennes non voilées à de la viande offerte à
vue de tous pour allécher les prédateurs.

Ce que les extrémistes musulmans font semblant d’oublier, ce sont les
sacrifices consentis au cours des siècles par les Occidentaux dans leur
lutte pour la liberté et la laïcité. Il est impossible qu’ils renoncent à
ces acquis du jour au lendemain. Citons à ce propos le Premier ministre
australien, qui a dit, à l’occasion du dixième anniversaire de son élection
« Tous les immigrés doivent s’intégrer dans la société, c’est-à-dire
comprendre, que, quelle que soit leur culture d’origine, l’Australie exige
le respect des femmes et l’égalité des sexes. Certains immigrés ont des
idées différentes, ils feraient mieux d’y renoncer ».

La critique de l’islam verse souvent dans l’islamophobie, exactement comme
la critique d’Israël n’est jamais loin de l’antisémitisme, constate le
quotidien de la droite israélienne.

Tel-Aviv.

Le « problème musulman » est-il en train de provoquer un rapprochement entre
Européens et Israéliens ? L’antisémitisme est-il réellement en, baisse ? Il
semblerait en tout cas que le pic de l’antisémitisme soit derrière nous. Si,
jadis, Israël était considéré comme la cause de tout le malaise musulman, il
s’avère que l’Etat juif entre tout simplement plus en ligne de compte.

En fait, l’Europe est entrée en 2005 dans l’ère de l’islamophobie, une
islamophobie alimentée par la litanie de complots attribués, par exemple, à
des institutions musulmanes néerlandaises (assassinat de Theo Van Gogh),
par les attentats de Londres et ceux de Madrid.

Les discours du président iranien Mahmoud Ahimadinejad, entretiennent
également un climat délétère. Ses diatribes enflammées font que tout
journal qui se respecte se fend désormais d’un éditorial dénonçant l’Iran et
rappelant le droit à l’existence de l’Etat d’Israël. Plus remarquable
encore, les intellectuels et les militants antisionistes sont désormais
rangés dans le même camp que les négationnistes et les fana tiques de l’islam
extrémiste.

Alors, oui, l’antisionisme est en perte dc vitesse, mais l’islamophobie est
désormais en hausse. Et il n’y a pas de quoi pavoiser. Car il ne s’agit que
d’une nouvelle incarnation de l’antisémitisme. Exactement comme la critique
d’Israël a jadis souvent versé dans l’antisémitisme, la critique de l’islam
verse souvent dans l’islamophobie. Ceux-là mêmes qui étaient férocement
antisémites sont aujourd’hui les plus virulents des islamophobes. Je parle
ici de l’extrême droite et des bandes de skinheads et des néonazis. Chez
ces gens, la haine du juif va de pair avec celle du musulman.

Il y a seulement dix ans, faut-il le rappeler, des musulmans
manifestaient encore à Paris aux côtés de juifs pour dénoncer le racisme et
l’antisémitisme. Aujourd’hui, les Israéliens et les juifs devraient se
dresser aux côtés des musulmans et livrer avec eux un combat commun contre
l’antisémitisme à la Ahmadinejad et contre l’islamophobie qui se développe
en Occident. Il ne s’agit pas ici seulement d’une question de tactique, mais
aussi de principe.

Rentre chez toi, Oum Hamza !

Le célèbre défenseur des droits de l’homme égyptien Saad Eddine lbrahim s’en
prend aux islamistes qui veulent imposer leur loi dans les pays d’Occident
qui les accueillent.

Doha.

Ils sont au coeur de l’actualité. Souvent à cause des problèmes qu’ils
posent et quelquefois pour les exploits qu’ils réalisent. Les musulmans
font toujours parler d’eux. Pour commencer par le volet positif, plutôt
rare, citons le cas des deux musulmans récents lauréats du prix Nobel. Le
premier, Mohammad Yunus, professeur d’agroéconomie à l’université de Dacca,
a reçu ce prix pour son rôle pionnier dans la lutte contre la misère. Il est
le fondateur d’une banque destinée aux pauvres, mondialement connue sous le
nom de Grameen Bank.

Le second, Orhan Pamuk, écrivain turc, prix Nobel de littérature. Dans ses
romans, il cerne les ambiguïtés de l’identité turque et rappelle les
tentatives enfiévrées en vue dc la réalisation de la société et de l’Etat
modernes en Turquie, au lendemain du déclin de l’Empire ottoman. Ce projet
de modernisation s’est fait aux dépens des minorités ethniques non turques
que le caprice dc la géographie avait placées en Anatolie. Parmi ces
minorités, Les Arméniens, chrétiens, et les Kurdes, musulmans mais non
turcophones. Sur le plan officiel, aucune allusion aux massacres commis
envers eux. Mais Orhan Pamuk a brisé la loi du silence, comme je l’ai fait
moi-même, il y a deux ans au sujet du problème Copte en Egypte. Ses propos
ont reçu le même accueil que les miens. Tout comme j’ai à l’époque (en 2000)
été attaqué et poursuivi en justice, il a à son tout été victime d’une
puissante cabale et a dû comparaître devant un tribunal.

Voilà donc l’exemple de deux musulmans qui font honneur à leur communauté,
par opposition à d’autres qui attirent la honte sur leur religion, leur pays
et leur culture. Je pense notamment à ceux qui ont fui des conditions de
vie difficiles dans leur pays, à moins que ce ne fût la persécution, pour
trouver asile dans des pays européens. A peine installés dans ces pays qui
les accueillirent à bras ouverts, ils se mettent à mordre la main qui les a
secourus.

J’ai déjà évoqué l’histoire d’Abou Hamza, l’Egyptien, condamné dans son pays
pour des actes terroristes et qui a réussi à le fuir et à venir vivre en
Angleterre. Sitôt en sécurité, il se mit à prêcher dans les mosquées de
Londres, proférant les imprécations les plus terribles à l’encontre des
infidèles Anglais. Tous les vendredis, il leur annonçait leur fin prochaine
par l’épée on agitant le spectre d’une invasion islamique imminente ! (
Abou Hamza purge actuellement une peine de prison de sept ans pour
incitation à la haine raciale.) L’une des conséquences indirectes de ce
discours de la haine s’est fait sentir auprès de jeunes musulmans de la
deuxième génération qui se sont retournés contre le pays qui les a vus
naître jusqu’à commettre des attentats terroristes comme celui du métro de
Londres, en 2005.

Une histoire similaire vient de défrayer la chronique une institutrice
musulmane de Blackburn, en Grande-Bretagne, a tenu à porter le niqab, le
voile islamique complet qui recouvre d’un épais tissu noir le corps ainsi
que l’intégralité du visage, ne laissant qu’une fente devant les yeux. Les
élèves qui se trouvaient dans sa classe se sont plaints de ne pas pouvoir
bien suivre son enseignement. Il est connu, en pédagogie, que les enfants
ont besoin de voir le visage, ses expressions, les articulations des mots
pour mieux comprendre. L’enseignante a refusé d’ôter son voile en classe
arguant de son droit de choisir l’habit qui lui convenait et de la présence
de collègues masculins dans l’école, devant lesquels elle ne peut se
dévoiler sans trahir les enseignements de l’islam. L’école dc Blackburn se
trouva alors dans l’obligation de la suspendre de ses fonctions.

L’enseignante prit à témoin la communauté musulmane de Grande-Bretagne,
poursuivit l’établissement scolaire en justice et tenta de mobiliser l’opinion
publique en Angleterre, se présentant comme victime d’une discrimination
religieuse. Le débat agita le pays, les musulmans ont affirmé, après
consultation de religieux dans les pays islamiques, que le niqab, voile
intégral, n’est pas le hidjab, qui recouvre seulement les cheveux et qu’aucun
des deux n’était une obligation de l’islam, le port de l’un ou de l’autre
relevant d’un choix personnel. A la personne qui opte pour cet habit d’assumer
les conséquences de son acte.

L’institutrice voilée - appelons-la Oum Hamza, à l’instar d’Abou Hamza - a
comme lui donné une interprétation abusive de l’islam. Notre religion nous
incite à faciliter la vie, non à la compliquer inutilement. Mais si Oum
Hamza n’est pas contente, pourquoi ne retourne-t-elle pas en terre d’islam,
là où elle pourra pratiquer sa religion comme elle l’entend et porter son
niqab à sa guise ? Qu’elle abandonne donc les infidèles à leur sort
misérable en terre mécréante.

Saad Eddine lbrahim.

Michael Nazir-Ali, l’évêque de Rochester, fils d’un Pakistanais converti au
christianisme, a dénoncé ces musulmans véhéments qui se posent en victimes
pour étendre leur emprise sur la vie publique au Royaume-Uni. Abdul Ban,
secrétaire général du Conseil musulman de Grande-Bretagne (Muslim Council
of Britain, MCB ), assure que l’évêque n’aurait pas dû parier comme il l’a
fait, que ses paroles sèment la discorde et nuisent aux « relations
intercommunautaire ». Derrière ces propos délicats, on décèle une mise et,
garde, à moins que nous ne convenions tous d’une conspiration du silence sur
tout ce qui touche à l’islam. Ces censeurs vivent dans une démocratie
avancée, mais ils veulent en désactiver le moteur, qui fonctionne grâce aux
débats civilisés.

Je viens dc lire une déclaration commune publiée sur le site lnternet du MCB
signée par un groupe hétéroclite, exclusivement masculin (je crois), qui
prétend être la voix de l’islam authentique. C’est l’un des documents les
plus troublants que j’aie jamais vus. Les signataires nous ordonnent, à nous
les musulmans, de rester toujours « unis » quelles que soient nos
différences, et ils condamnent ceux qui « créent la division au seins de
la communauté musulmane ». Ils expliquent gentiment cette condamnation,
revenant sur le récent débat autour du niqab. « le voile, indépendamment des
décisions juridiques traditionnelle comme en sont convenus les érudit dans
un large consensus. » Il n’est pas sujet à débat (c’est moi qui souligne ce
point). Nous recommandons à tous les musulmans une extrême prudence sur
cette question, car nier une partie de l’islam peut conduire à l’ncroyance. »

La déclaration cite le Coran de manière sélective et brandit ses paroles
saintes telle une menace. « Nous reconnaissons le fait que les musulmans ont
des opinions différentes sur le voile, mais nous exhortons tous les membres
de la communauté musulmane à maintenir le débat dans les domaines de l’érudition,
entre gens de savoir et autorités de la communauté musulmane... Dans un
verset coranique, nous lisons ceci : « Aussi, demande à ceux qui savent si
tu ne sais pas »... De plus, nous demandons instamment aux musulmans,
particuliers ou organisations, d’éviter d’utiliser ce débat pour défendre
leurs intérêts politiques ou personnels. Des tactiques aussi méprisables
sont considérées par l’islam comme allant à l’encontre des intérêts de notre
foi et de notre communauté et sont donc condamnées en les termes les plus
vigoureux. ».

Nous sommes en présence des flics, version douce, de la tendance talibans,
et, jusqu’à une date très récente, beaucoup d’entre eux prenaient le thé
avec le Premier ministre et ses ministres et obtenaient d’énormes sommes d’argent
de la part de l’Etat. Ils souhaitent nous lier la langue et prendre le
contrôle de nos pensées, nous soumettre, nous les musulmans, à leur pouvoir
par l’intimidation, faire de nous leur troupeau moutonnier.

Ici, au Royaume-Uni, ce ne sont pas les musulmans européens défavorisés qui
se taisent, mais les plus éclairés et les plus réformistes. Ils sont plus
que jamais réduits au silence et à l’invisibilité par des chefs de
communauté, odieux des imams arriérés et des serfs fidèles qui font
allégrement ce qu’on leur dit de faire et appellent cela « choisir ».

Yasmin Alibhai-Brown.

Un universitaire pakistanais vilipende l’utilisation faite par Occident de
pseudo-intellectuels musulmans.

En pleine guerre contre le terrorisme mondial menée par l’Amérique, le fait d’être
musulman fait courir de nouveaux dangers. Mais, à vrai dire, le contexte
actuel a également créé des occasions. Les principaux bénéficiaires de la
nouvelle position américaine sont les dirigeants musulmans qui souhaitent un
soutien plus ferme de Washington dans la répression qu’ils mènent contre
leurs propres peuples. Ils sont heureux de torturer leurs coreligionnaires
que leur « rend » la CIA et, de temps à autre, ils capturent leurs propres
terroristes et les mettent dans l’avion pour Guantanamo.

La « guerre contre le terrorisme mondial » est également une guerre d’idées.
Pour la remporter, les Américain ont besoin de quelques « bons » musulmans
pour persuader les « mauvais » de réformer leur religion, d’apprendre à
apprécier les avantages inestimables de la Pax américana et de la Pax
israélica. Aux beaux jours du colonialisme, l’homme blanc n’avait pas besoin
de faire appel à des autochtones pour attaquer leur foi et leur culture il
préférait s’en charger lui-même. Mais, depuis les années 1970, l’Occident
parraine les autochtones qui savent critiquer leurs semblables. De plus, la
guerre contre le terrorisme mondial donne lieu à une explosion du marché des
orientalistes de confession islamique.

L’Occident réclame maintenant des musulmans qui diagnostiquent leurs
propres problèmes et qui dénoncent les justes combats de leurs peuples en
les qualifiant d’aberrations morales, de symptômes d’une société malade.
Pour l’heure, ces conditions n’ont pas encore fait apparaître beaucoup d’orientalistes
autochtones. lrshad Manji l’activiste Canadienne et auteur de Musulmane
mais libre ! est celle qui a fait le plus parler d’elle en se pliant
lâchement aux exigences des Occidentaux et des sionistes pour diaboliser
musulmans et palestiniens. Le 11 mars dernier, The New York Times a publié
en une, un article sur le Docteur Wafa Sultan, une psychiatre américaine d’origine
Syrienne largement méconnue qui éprouve une grande colére et un profond
désespoir à l’encontre de ses coreligionnaires. Grande colère et profond
désespoir ? C’est avec ce genre de sentiments que des musulmans essaient de
se faire connaître en apparaissant dans le plus prestigieux journal des
Etats-Unis ?

Si les seuls musulmans que les Américains peuvent enrôler dans leur bataille
des idées sont au mieux des individus médiocres ou ont-ils de s’attirer la
sympathie du monde islamique ? Très peu. Cela peut marcher pendant un temps,
mais pas éternellement. Ils forment une masse trop importante et trop
compacte pour se laisser bousculer par la guerre. La puissance militaire ne
peut pas briser les Etat-Unis n’ont aucune chance de changer l’état d’esprit
des musulmans s’ils ne pensent pas sérieusement d’abord à changer leur
politique vis-à-vis de ces peuples. Nous ne haïssons pas la liberté nous
voulons seulement cette liberté pour nous-mêmes. Les Etats-Unis et Israël
cherchent à étendre leur pouvoir sur une masse de musulmans prostrés. Qu’ils
cessent de le faire, et ils auront une chance de gagner leurs coeurs et
leurs âmes.

M. Shahid Alam

Qu’elle émane du pape ou d’un simple dessinateur de presse, la moindre
critique de l’islam déchaîne de virulentes réactions. Les musulmans doivent
mesurer leur réplique, estime un intellectuel libanais.

Au fin fond des Etats-Unis, loin de la politique et des combats, le
propriétaire d’un salon de vente d’autos entreprit de lancer la guerre
sainte contre les grands producteurs de l’industrie automobile afin de les
inciter à baisser leurs prix, invitant â l’occasion ses clients à bénéficier
de réductions qu’il avait baptisées « les fatwas du vendredi ». L’information
était à peine diffusée par les médias qu’une association islamiste
américaine, spécialisée dans les droits civiques, se hâta de marquer sa
réprobation, exigeant des excuses et le retrait immédiat de ces annonces
publicitaires. Elle obtint gain de cause. Cette affaire, anodine en elle
même, témoigne toutefois de la rage musulmane de faire face à cette
arrogance hostile à l’islam et aux Arabes, religion, politique et culture
confondues.

Pour légitime qu’il soit, le besoin de se défendre doit cependant ne pas se
tromper de cible et de méthode, sous peine de produire des résultats
contraires à ceux escomptés. Le « djihad automobile » en question
méritait-il la mobilisation des militants des droits civiques ? Nul doute que
la propension des Américains à tourner en ridicule les symboles de la
religion musulmane ainsi que son contenu connaît une forte recrudescence ces
dernières années, mais il n’empêche que cette campagne publicitaire relève
plutôt de la farce, dont le but reste avant tout le racolage du client et l’appât
du gain, objectif qui, tout le monde le sait, fait feu de tout bois.

Dans ces conditions, la riposte risque de prendre les allures d’une censure
abusive et d’être perçue comme un affront à la liberté d’expression. Pis
encore, elle conforte dans leur position des contradicteurs sérieux de l’islam,
qui y voient une religion farouchement réfractaire â toute remise en
question. Serait-ce que le mal-être dans la culture arabe et islamique ait
atteint un degré tel qu’il faille monter au front pour la moindre peccadille
ou abonder dans une surenchère enflammée dont le seul effet est d’accentuer
le hiatus entre les différentes positions ? Cela semble malheureusement être
le cas, d’où l’urgence de poser la question de la responsabilité morale des
producteurs de la culture dans le monde arabe et musulman.

L’exemple le plus éloquent à ce sujet reste la conférence du pape Benoît XVI
à l’université de Ratisbonne [en septembre 2006] et les critiques qu’elle
déchaîna. Si la conférence, fondée sur des impressions et le rapport d’une
discussion, est loin d’être un modèle de rigueur scientifique, le thème qu’elle
aborde, l’interaction entre la foi et la raison dans la pensée religieuse,
est, intéressant.

Sans vouloir entrer dans les arcanes de cette problématique, rappelons qu’elle
fut au coeur des querelles scolastiques islamiques depuis les premiers
siècles de l’islam et qu’elle présida à la création des écoles juridiques
musulmanes et, plus tard, des écoles juives et chrétiennes en Europe. Dans
ces milieux ont fleuri les thèses les plus diverses sur la nature du divin
et de l’humain, les rapports entre les deux, la relation entre la foi (le
texte) et la raison (l’opinion).

« Nicolas Sarkozy », Ministre de l’intérieur, abrogeait, un accord signé
avec le Maroc qui était contraire aux valeurs républicain françaises et à
laïcité. Cet accord reconnaissait aux Marocains vivant en France le droit à
la polygamie et à la répudiation de leur épouse, souligné dans Elaph l’intellectuel
tunisien Afif Lakhdar, rappelant que ce texte « médiéval « avait été signé
en 1981, au moment où au Maroc des femmes rassemblaient un million de
signatures pour changer le Code de statut personnel.

Si le débat dans le monde musulman s’est apaisé, il n’a pas pour autant
abouti à un consensus et les écoles juridiques qui ont survécu en kalan,
(scolastique musulmane) ne s’accordent pas, loin s’en faut, sur ces mêmes
questions. Pour nous résumer, disons que partout se sont affrontés deux
courants théologiques. Celui qui, arguant des limites de l’entendement
humain, privilégie le texte religieux et la foi, et un antre qui, au
contraire, pose la raison comme cadre indispensable à la compréhension du
texte et à la consolidation de la foi.

Vus sous cet éclairage, les propos de Benoît XVI peuvent tromper et sont
erronés. Présenter la question de la relation entre foi et raison comme le
point d’achoppement entre le christianisme et l’islam est une aberration, la
polémique étant intrinsèque à la religion chrétienne elle-même. Mettre à
contribution la doctrine musulmane pour illustrer cette théorie ne s’imposait
pas, les exemples d’absence de rationalité à l’intérieur de l’Eglise
catholique, comme ailleurs, ne manquant pas. Sans compter que la conférence
du pape dénote une vision courte de l’unicité divine (tawhîd) en islam,
inspirée du philosophe andalou Ibn Hazm, puisqu’il semble réduire le kalam à
la seule école zâhirite, tombée dans l’oubli. Alors que de nombreuses
écoles, dont-le mutazilisme, pour ne citer que lui, offrent une preuve
incontestable du rationalisme dans l’islam, faisant pièce à l’argument qui
prétend que le recours à la raison est l’apanage de la pensée chrétienne.

Des jugements infondés dans une conférence qui manque de sérieux ne
surprennent pas, mais peuvent choquer dans la bouche d’une personnalité
jouissant d’un statut moral aussi élevé. La primauté de la rationalité
hellénistique (grecque) dans la pensée religieuse chrétienne n’est pas une
idée nouvelle. En l’affirmant en Allemagne, le pape ne fait que reprendre
les éléments d’une rhétorique courante dans ce pays au XIX° siècle. Celle
qui oppose, dans la culture européenne, deux inspirations, l’une
authentique, le rationalisme grec, et l’autre contingente, l’irrationalisme
sémitique. C’est à cette théorie que s’abreuve l’antisémitisme, qui va
dégénérer en fascisme nazi pour aboutir au génocide des Juifs. Cependant,
ce que fustige à nouveau Benoît XVI aujourd’hui, c’est l’irrationalité
islamique. Et, bien qu’il ait exprimé des regrets devant ce qu’il a appelé
la « mauvaise interprétation » de ses propos, et réaffirmé son respect des
musulmans, il ne revient pas sur ses déclarations.

Ce n’est certes pas la première fois que l’islam, à l’instar de toute autre
doctrine, se trouve être la cible de diatribes. Ce qui est frappant, en
revanche, c’est que dans ce conflit de cultures, les réactions musulmanes se
font d’une virulence trahissant une hyperémotivité de nature à justifier l’accusation
d’ « irrationalité ». L’usage trivial de termes comme « singes » ou « 
porcs », l’insolence des agressions contre les églises ou la publication de
dessins ineptes en guise de caricatures sont autant de signes qui montrent
que la rue musulmane et arabe va vers l’escalade. Dès lors, une question s’impose
qui exploite ce capital passionnel dans les milieux arabes et islamiques,
et au profit de qui ? La réponse doit être fournie par les milieux
intellectuels arabes, à qui incombe la responsabilité de définir l’attitude
à adopter face à la calomnie. Sans l’ignorer ni tomber dans son piège il
faut trouver la réplique juste, capable de libérer la surcharge
émotionnelle d’une façon rationnelle et constructive.

Hassan Mneimneh

Pas moins de 4000 Allemands ont adopté l’islam en un an. Pas seulement les
fiancées de musulmans, mais aussi des hommes de tous les milieux.

Hambourg - Le journal Der Spiegel.

On le voit à certains détails, Kai Lùhr, 43 ans, a l’air déplacé là où il
est. Agenouillé entre des hommes barbus, tourné vers La Mecque, en jeans et
veste grise, rasé de frais, il maîtrise parfaitement la prière musulmane, s’incline
comme il convient et prie en arabe. Ce médecin s’est converti à l’islam,
ainsi que sa femme, il y a deux ans et demi. Les Lùhr s’appellent désormais
Kai Ali Rashid et Katrin Aisha. Kai assiste régulièrement à la prière du
vendredi à la mosquée de Frechen, près de Cologne. Il y retrouve des
Marocains, des Palestiniens et deux autres convertis un ancien boxeur et un
ingénieur. « Depuis quelque temps, on trouve quelques musulmans d’origine
allemande dans chaque mosquée », confié Lùhr.

Une récente étude sur la vie musulmane en Allemagne confirme cette
impression et met au jour un phénomène qui peut surprendre, à l’heure de la
peur du terrorisme, des débats sur le mariage forcé et des crimes d’honneur
entre juillet 2004 et juin 2005, 4 000 personnes se sont converties à l’islam
en République fédérale. L’étude, qui a été financée par le ministère de l’intérieur,
et réalisée par l’institut Islam Archiv, une organisation basée à Soest
surprend d’autant plus que le nombre des convertis est quatre fois supérieur
à celui de l’année précédente.

Quatre mille conversions, cela oblige à reconsidérer les schémas de pensée
traditionnels. Il y a trois ans, le nombre de conversions tournait autour de
300 par an. Et il s’agissait essentiellement de femmes « qui épousaient un
musulman », explique Salim Abdullah, d’islan,-Archiv. Aujourd’hui, les gens
viennent à l’islam, plus « spontanément. » Il y a toujours beaucoup de
femmes, mais aussi beaucoup de diplômés - des citoyens comme Kai Lûhr.

Nombre des convertis sont d’anciens chrétiens pratiquants qui ont, à un
moment, eu des doutes à propos de leur religion, affirme Mohammed Herzog.
Ancien pasteur, il s’est lui-même converti à l’islam en 1979 et il est
aujourd’hui imam à Berlin.

Selon Monika Wohlrab-Sahr, une sociologue qui a étudié le phénomène, la
conversion permet souvent de « surmonter une crise personnelle » et s’inscrit
parfois dans une recherche de la différence. « On veut se distinguer. » Le
christianisme strict, offre, lui aussi ces possibilités, mais l’islam permet
de se détacher davantage. D’autant que les débats actuels sur les
musulmans - qu’il s’agisse de valises piégées ou de l’annulation d’un
opéra - en font un sujet présent et, permanence dans les médias. « L’islam
apparaît davantage comme une alternative véritable. »

Où réside la séduction de l’islam, pour d’anciens chrétiens ? Les facteurs
sont multiples. Salim Abdullah évoque « l’esprit de contradiction, face aux
attaques permanentes que subit cette religion » mais il connaît aussi des
convertis qui apprécient « les normes de comportement claires » que donne le
Coran, Le Dr Lühr, qui a toujours un tapis de prière dans le coffre de son
Alfa Romeo GT, accuse la « dégénérescences des valeurs » dans la société
occidentale. Dans l’islam, les valeurs ont encore du poids ».

Les « convertis ont tendance à être puriste dans la pratique de leur
religion constate Monika Wohlrab-Sahr. Les personnes nées dans l’islam sont
souvent plus libérales.Nils von Bergner, 36 ans, prie Allah cinq fois par
jour. Cet avocat, converti, partage son cabinet avec un ami turc, Ah Özkan,
qui est musulman. Les deux confrères, vont certes ensemble à la mosquée,
mais c’est dans le bureau de l’Allemand que le tapis est déroulé
régulièrement pour la prière. « Je n’y arrive tout simplement pas, confie
Ôzkan. La première prière est à 6 heures - beaucoup trop tôt. »

Lutz Ackermann

En Russie

Ces dernières années, on compte de plus en plus de jeunes gens en quête de
valeurs morales qui se convertissent à l’Islam, note le quotidien moscovite
Novyé, Izvestia. Le phénomène est tel qu’il a fait l’objet d’une mise en
garde brutale de la Direction des affaires intérieures de la région de la
Volga, le qualifiant de source de déstabilisation pour le pays. Monsieur
Poutine a rappelé en 2006 que les musulmans de Russie (estimés à 20
millions), sur 140 millions d’habitants) ne sont pas des immigrés mais des
citoyens russes à part entière.

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