INDONÉSIE : Au Pays des typhons.

Vendredi 15 janvier 2010 // Le Monde

Si l’on demande quel est le quatrième pays le plus peuplé au monde, la troisième démocratie, le troisième plus fort émetteur de CO2, et de surcroît le premier pays musulman, répondrez-vous l’Indonésie ? Sans doute le pays le plus mal connu de l’Occident, et pourtant qui, depuis le tsunami du 26 décembre 2004 (220.000 morts dont 180.000 en Indonésie), n’arrête pas de faire la une de nos journaux, par ses séismes à répétition, avec une moyenne de mille morts à chaque fois. Le cinquième en cinq ans vient de frapper une ville d’un million d’habitants, sur la côte sud de Sumatra, Padang. Or les experts nous disent aussitôt : ce séisme n’est pas celui que l’on attendait, le plus gigantesque reste à venir. Cet endroit du monde, le bout du monde pour nous, est en effet le plus instable. Les couches géologiques sont en mouvements permanents au plein milieu de l’archipel indonésien, ensemble il est déjà fractionné en dix-sept mille îles, avec pour certaines (Java) les plus fortes densités de population au monde.

Avec 250 millions d’habitants, l’Indonésie vient certes loin derrière la Chine et l’Inde, et peu après les Etats-Unis. Troisième démocratie après l’Inde et les Etats-Unis, avec trois élections libres depuis dix ans, les dernières, législatives en avril et présidentielles en juillet, sont passées inaperçues. Troisième émetteur de CO2 après les Etats-Unis et la Chine, à cause des immenses feux de forêts et de la déforestation accélérée, des dernières forêts humides à Sumatra.

Or c’est le pays qui a produit la plus forte impression sur le jeune Obama. De l’âge de sept ans à onze ans, il y a vécu avec sa mère remariée avec un Indonésien. Sa mère a poursuivi sa carrière de chercheuse, spécialiste de ce pays. Et de fait, dans le dernier livre de Barack Obama, écrit pendant la campagne électorale, l’audace d’espérer, le chapitre consacré à la politique étrangère, commence par plusieurs pages remarquables sur ses souvenirs de Djakarta. Il ne le craint pas d’ériger l’Indonésie en modèle à la fois pour sa reconversion démocratique et pour son développement économique de la dernière décennie, mais surtout comme un cas d’école pour les qualités et les défauts de la politique américaine depuis la dernière guerre mondiale. Et il n’est pas tendre.

En tirera-t-il les leçons ? Fera-t-il mieux que ses prédécesseurs ? Contrairement au Kenya (où il n’avait jamais vécu personnellement), il n’y est pas retourné en famille. Il avoue avoir un peu peur de perdre les rêves de son enfance, de découvrir un pays de parfaits étrangers. Un voyage officiel est pourtant prévu en novembre (à l’occasion du sommet Asie-Pacifique de Singapour).

Non pas que l’Indonésie soit un pays heureux parce qu’il est désormais sans histoires autres, que les désastres naturels. Une sorte de paradis caché, à l’exception de Bali qui est, contrairement à toutes les autres, une île indienne - qui vivrait à l’état de nature - en raison de la prédominance des cataclysmes de la nature — en parfaite paix civile. Séparatismes, terrorisme, islamisme y prolifèrent, mais ils sont, si l’on peut dire, sous contrôle.

Plus les éléments sont contraires, plus les dirigeants évacuent les autres problèmes. Le rôle de l’armée (au pouvoir de 1965 à 1998), la répression, la corruption sont en net recul. Plus de libertés ont été conférées aux régions qui revendiquaient leur indépendance, comme Aceh, à l’extrême pointe nord de Sumatra, ravagée par le tsunami, ou, à l’extrême Est, la Papouasie occidentale, qui demandait son rattachement avec la Papouasie-Nouvelle-Guinée, tournée vers l’Australie. Les heurts entre chrétiens et musulmans aux Célèbes ou au Kalimatan semblent moins virulents. Le mode de vie dans ce pays à 90% musulman demeure relativement tolérant. La femme du président n’est pas voilée et celle du vice-président est chrétienne.

Il serait regrettable que l’on ne regarde ce pays que sous l’angle des appels répétitifs à l’aide humanitaire d’urgence. On nous annonce le pire. La mobilisation de l’opinion occidentale ne serait-elle pas plus saine si on décrivait exactement la réalité de ce grand pays émergent, membre du G20, qu’est l’Indonésie ?

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