Il y a un siècle, Philippe, duc d’Orléans partait explorer les régions polaires, montrant ainsi qu’un prince en exil pouvait encore planter le drapeau tricolore quelque part.

Voyage au pôle.

Le duc de Vendôme, parti sur les traces de son arrière-grand-oncle nous rappelle que l’action d’une dynastie, s’inscrit aussi dans la longue durée.

Mardi 14 novembre 2006, par Paul Vaurs // L’Histoire

Sur de nombreux points, le voyage dans l’océan glacial Arctique effectué par le duc d’Orléans en 1905 et celui accompli à l’automne de l’année dernière par le duc de Vendôme sont très comparables. Ils consistent tout d’abord en la découverte d’un milieu bien différent du nôtre, le monde polaire. Le prétendant au trône exilé depuis 1886, après une courte expédition en Norvège et au Spitzberg l’année précédente, explore en 1905 l’Arctique et ses côtes à bord d’un fameux trois-mâts, le Belgica. Le navire avait été précédemment utilisé en 1896 par l’expédition polaire dirigée par le commandant de Gerlache et à laquelle participaient Roald Amundsen et Frederick Cook qui devaient devenir célèbres les années suivantes pour leurs explorations du Grand Nord. Le duc d’Orléans fera encore deux expéditions polaires en 1907 et en 1909.

C’est à bord d’un navire russe, le Grigoriy Mikheev, qu’un siècle plus tard le prince Jean de France a pris place pour un voyage plus court, mais pas mois aventureux, en suivant presque le même itinéraire, entre Spitzberg et Grœnland. Hier comme aujourd’hui, également, le danger et l’esprit de solidarité peuvent être éprouvés. Les rencontres imprévues avec les animaux sauvages sont toujours possibles, et l’on ne s’en sort qu’avec un bon fusil toujours à portée de main. L’expédition du duc d’Orléans vient en aide à l’équipage d’un navire fracassé, tandis que celle du duc de Vendôme secourt un trappeur immobilisé sur la banquise parce que ses chiens sont tombés malades. Le passage du quatre-vingtième parallèle nord donne, lui aussi, toujours lieu à quelques libations sortant de l’ordinaire, tant le nombre des heureux élus ayant franchi le cercle polaire est encore restreint.

Mais aussi enrichissant qu’il soit, l’esprit d’aventure ne peut seul nourrir l’exploration. Les trois expéditions que le duc d’Orléans a faites en Arctique ont incontestablement favorisé la science. Le prince, chasseur, explorateur et naturaliste, laisse une œuvre importante. Il est l’auteur de trois ouvrages sur l’Arctique, dont l’un sur les fonds marins, qui obtient le grand prix de l’océanographie française en 1908. Certains des animaux naturalisés exposés dans la Grande Galerie de l’Évolution, au Jardin des Plantes à Paris, sont des trophées de chasse. Durant le grand voyage de 1905, une île et des terres sont découvertes, où les Danois conservent encore aujourd’hui un cap Philippe.

Parcourir des yeux une carte de l’océan glacial Arctique revient curieusement, presque, à feuilleter le Bottin mondain. Cap Bismarck, glacier Monaco, fjord du roi Oscar et autres terres des rois Frédéric et Christian nous rappellent la passion de nombreux souverains pour l’exploration. Et l’intérêt pour les pôles ne semble pas retomber. Jean de France était précédé de deux semaines par l’expédition du prince souverain Albert II de Monaco, parti lui sur les traces de son aïeul, Albert I er, l’un des fondateurs de l’océanographie. À plusieurs reprises, Frédéric de Danemark s’est déplacé au Groenland, terre de son royaume, où il ne manque jamais d’apporter un appui discret mais ferme aux défenseurs de l’environnement. Très récemment, il l’a fait contre l’installation d’une nouvelle base états-unienne à Thulé.

Les enjeux environnementaux et géopolitiques mis en valeur par tous ces déplacements sont considérables. La glace est un témoin. Elle s’étend lorsque le climat se refroidit et régresse quand il fait plus chaud. Le prélèvement d’une carotte de quinze centimètres d’épaisseur nous renseigne sur 800 000 ans d’histoire du climat. Les scientifiques distinguent ainsi une succession de périodes glaciaires et interglaciaires et a montré, pour s’en inquiéter, que l’on s’éloigne des variations naturelles depuis quelques décennies. Ils prévoient une augmentation de cinq à six degrés de la température moyenne à la surface du globe, d’ici la fin du siècle, cela devant se traduire par une hausse de 120 mètres du niveau des mers, moins due d’ailleurs à la fonte des glaces qu’à la dilatation des océans. D’ores et déjà, 90 % des glaciers terrestres reculent. D’aucuns craignent que ce n’est que lorsque les premières catastrophes humaines auront eu lieu, dans les régions peuplées, que la prise de conscience des gouvernements et les mesures adaptées viendra. Il est vrai que les scientifiques eux-mêmes restent divisés pour trouver les causes du phénomène. Leur débat, en particulier, sur le rôle des gaz à effet de serre reste très âpre.

Quel changement géopolitique majeur constituerait cependant l’ouverture d’un passage permanent entre les océans Atlantique et Pacifique le long des côtes de Russie ! De même, l’un des plus vastes et des plus riches États bordant l’Arctique, le Canada, n’a que très récemment pris conscience des efforts qu’il lui reste à faire pour sauvegarder ses arpents de neige, longtemps déconsidérés parce que pauvres en électeurs et en ressources. La réaction n’a vraiment eu lieu qu’à partir des années 1970, et le pays n’a que donné un statut politique aux populations inuites du Grand Nord que plus tard. Il est tout à l’honneur de nos jeunes princes d’attirer notre attention vers des régions si longtemps négligées.

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