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Hôpital - C’est pour mieux te privatiser, mon enfant !

Mercredi 26 janvier 2011, par Benoît DOLLE // La France

La boulimie prétendument réformatrice de nos gouvernants peut bien poursuivre une fin unique et viser à imposer à un pays qui le rejette par tous ses pores le traitement de cheval de l’idéologie ultra-libérale, elle n’en a pas moins recours pour y parvenir à des méthodes qui peuvent différer ainsi du contraste frappant entre la violence délibérée et la volonté d’affrontement dans le dossier des retraites et le silence dans lequel s’opère la tranquille privatisation du service public hospitalier, qui prouve au moins qu’on aurait tort de sous-estimer l’habileté tactique de ces hardis réformateurs, ni négliger les complicités dont ils bénéficient.

Des débats trompeurs

Les débats qui occupent le devant de la scène du secteur hospitalier portent tantôt sur les mérites respectifs du nouveau système de financement des hôpitaux par une tarification à l’activité par rapport à l’ancien système de dotation globale, tantôt sur l’organisation interne des hôpitaux (leur gouvernance) et les subtils équilibres internes que la loi Bachelot de 2009 a eu pour ambition d’établir. Ces débats peuvent éventuellement servir à la délectation des technocrates ou donner matière à se déployer aux diverses formes de corporatismes qui peuplent l’institution : ils oblitèrent très sûrement l’essentiel, qui réside d’abord dans la vigoureuse reprise en mains du secteur hospitalier public, dans un contexte de disparition-dilution du service public hospitalier propre à en assurer plus facilement, à moyen terme, la privatisation.

La reprise en mains est en marche. Elle consiste d’abord dans la suspicion généralisée, proche de l’humiliation, témoignée pour le corps des directeurs d’hôpital public, sans doute jugés coupables d’être, par formation, par choix et par conviction, consubstantiellement incapables de sacrifier à l’autel de la réforme voulue par le prétendu président pour l’hôpital plus de concurrence, plus de méthodes du privé, plus de productivité, plus de performance...

Ils ont déjà dû à cette indignité indélébile de perdre l’École nationale de la santé publique, qui a formé les générations d’administrateurs des hôpitaux qui ont contribué à la construction et au développement du système hospitalier qui est un des fleurons de notre pays. École qui a été remplacée par une anonyme École des hautes études en santé publique. On y rajoute dès aujourd’hui leur mise à l’écart des postes les plus prestigieux, au bénéfice de managers issus du privé qui sauront, eux, enfin, gérer ces institutions comme de véritables entreprises.

Une conversion inutile

On notera au passage que la conversion pourtant ancienne de certains directeurs d’hôpital à la doxa de l’hôpital entreprise, aux temps déjà lointains de la fin des années quatre-vingt où Claude Évin, aujourd’hui directeur général de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France, était ministre de la Santé, ne leur aura pas épargné cette déconvenue, tant il est vrai que l’original est toujours plus recherché que la copie.

Le patron unique

Ce Sarkozy au petit pied voulu pour l’hôpital par le prétendu président, est donc une catégorie bien distincte de l’administrateur de santé publique : c’est un manager rompu au cost-killing qui saura réduire le champ de l’activité de son établissement au strict coeur de métier, après l’avoir libéré de sa mauvaise graisse. Désormais bien cornaqué par le directeur de l’agence régionale de santé qui est son seul patron, destinataire directement des orientations données par lui, nommé par lui et évalué par lui, il devrait s’acquitter correctement de sa mission et répondre aux attentes placées en lui.

Disparition-dilution

La disparition-dilution du service public hospitalier, construction préfigurée dans les ordonnances Debré de 1958 et concrétisée par la grande loi hospitalière de 1970, est un autre aspect marquant de la loi Bachelot : en redéfinissant les missions du service public d’une façon large, en donnant aux cliniques privées la faculté de les exercer (et par là même en assurant directement le financement public d’activités commerciales), elle a fait de la notion même de service public une notion si peu discriminante qu’elle ne constitue plus désormais la frontière jusque-là clairement établie suivant laquelle pouvaient se mettre en oeuvre les politiques publiques volontaristes.

Une victoire des cliniques privées

Plus qu’il n’y paraît, il s’agit là d’une nouvelle victoire significative et peut-être décisive, dans la bataille que mènent les cliniques privées depuis des décennies contre le principe même de la légitimité d’un service public hospitalier. Victoire qui les conduit désormais à revendiquer, en toute bonne foi apparente, les mêmes financements que le secteur public. Déjà le principe d’une convergence tarifaire entre les deux secteurs leur a été accordé, premier pas dans une assimilation qui appellera bientôt d’autres remises en cause, sur la nature desquelles il ne faut pas s’étonner.

Voici par exemple ce que donne à lire le rapport de l’Institut Montaigne, l’officine patronale créée par AXA, dans une note de mai 2010 intitulée « sauver l’assurance maladie universelle » : « un approfondissement de la réflexion sur la gouvernante des hôpitaux doit être conduit, afin d’ouvrir la voie à un assouplissement des modes de gestion, en simplifiant notamment les modalités de changement de statut (...), ce qui leur conférerait notamment davantage de souplesse en matière de gestion des ressources humaines. Elle permettrait également de lancer un appel d’offres auprès d’acteurs privés pour la gestion de l’ensemble des établissements de santé d’un territoire donné ».

Suivez mon regard.

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