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Hommes de cœur au cœur des empires…

Lundi 12 octobre 2009 // Le Monde

 

 

Ils sont deux, apportant talents, connaissances et expérience.

Alexandre Orloff a guidé l’objectif. René Cagnat a tenu la plume sans fermer l’œil.

Et toujours raison garder… « Voyage au cœur des empires : Crimée, Caucase, Asie centrale » Un livre « passion » qui nous livre bien des clefs…

 

 

 

 

L’immense espace qui s’étend de la Crimée et du Caucase jusqu’aux cimes des monts Célestes, ultime obstacle sur les chemins de la soie, aux confins de la Chine, est le coeur du continent eurasiatique.

Terres de démesure, entre trois mers intérieures, l’océan des steppes et les plus hauts sommets du Caucase, du Pamir, de l’Hindou Kouch, traversant les déserts de rocs et de sables du pays Turc, Touran, Karakoum, Kyzylkoum. Terres de passages et de conquêtes, de convoitises et de violences, qui ont subi l’éternel affrontement de l’empire sédentaire et de l’envahisseur nomade, incessamment renouvelé au rythme des acculturations : tous les peuples, les langues et les religions s’y croisent et s’y mêlent au long d’une histoire millénaire qui reste d’une brûlante actualité ,énergétique et géopolitique.

Indo-iraniens, Grecs, juifs, Arabes, Turks. Mongols, Chinois, Britanniques, Russes, Américains s’y sont succédé et affrontés... Les traces du chamanisme, de l’antique culte du feu, du zoroastrisme, du christianisme nestorien, du bouddhisme y affleurent parmi les diverses formes de l’islam, sunnite ou chiite ismaélien. Paysages et visages s’imposent d’abord à nous au fil des vues exceptionnelles, prises par Alexandre Orloff pour l’Unesco, au début des années 1990.

Visions vertigineuses de cols, de gorges, de vallées, de lacs de montagne, tel celui « d’Alexandre », l’Iskander Koul, à l’ouest des Tian Chan.

« Iskander Kul »

De fantastiques forteresses aux noms poétiques, « Château de la jeune fille » à Merv, « Château des sectateurs du feu » qui verrouille l’entrée du Wakhan, entre pays tadjik, afghan, Chine et Pakistan, jalonnent ces noeuds stratégiques, poussières de l’orgueil humain.

Corridor du Wakhan…

Mais la pérennité appartient aux figures hiératiques d’aksakal, patriarches turkmènes ; aux fiers regards des Circassiens ; aux doux visages, figés ou mélancoliques, des fenêtres du Daghestan ; à ceux, immémoriaux, des mères, filles et aïeules des vallées tadjikes du Yazgouliem et de Bardara.

Couple kirghize… « Je l’ai enlevée à cheval »


Belle tcherkesse…

Cette mosaïque de peuples est pourtant menacée : que sont devenus, après la guerre, les Khavsurs chrétiens de Tchétchénie, réfugiés dans un village perdu à la frontière de la Géorgie ? Et les derniers « Sogdiens », à peine deux mille, retrouvés au début du XXe siècle par des linguistes russes dans la vallée du Yagnob, puis déportés et kolkhozisés en 1970 par les Soviétiques ? Le patriarche de Petip, figure et hospitalité antiques, était l’un des derniers survivants retournés au pays...

Si l’inventaire ethnographique constitue un témoignage unique, l’illustration offre un somptueux déploiement de merveilles artistiques de toutes époques et de tous styles. Les plus spectaculaires restent les splendeurs de l’art timouride, à Samarcande, à Boukhara, à Khiva, ou en des lieux moins visités : Chakhrisabz, ville natale de Tamerlan, ou Konya-Ourguentch, qu’il détruisit. Bijoux des Alains et des Scythes, trouvés dans les kourganes, carquois grec en or, casque perse, monnaies de Byzance, statue en marbre de Rodogune au musée d’Achakabad, orfèvrerie turque : la profusion d’oeuvres antiques et médiévales montre l’intensité des échanges artistiques et commerciaux.

Femmes ouzbèkes

Mais la part belle est faite aux chefs-d’oeuvre des artisanats locaux, au premier rang desquels la fabrication et le tissage de la soie, au Ferghana, dont sont issues les multicolores robes khan allas. Autres joyaux de l’art d’Asie centrale, les bijoux ouzbeks, turkmènes et kazakhs, ou l’étonnant tchyï kirghize à motifs géométriques, assemblage de roseaux très fins et de laines colorées, destiné à l’isolation de la yourte.
Une vue de Turkestan montre une yourte, merveille de l’art nomade, jouxtant le fameux mausolée de Hodja Ahmad Yasawi, resté inachevé après la mort de Tamerlan. Elle symbolise le destin de l’Asie centrale : le durable y est périssable et l’éphémère, éternel.

Il dépasse les frontières du pays selon son cœur qu’est la Kirghizie… René Cagnat embrasse l’Asie centrale. Crimée et Caucase sont à la fenêtre pour qui sait voir loin. Alexander Orloff sait lire les « pierres » et les regards comme personnes. Tous deux font mieux que nous guider : ils nous ouvrent des portes que nous pensions fermées à jamais…

Un livre de « poids », enchanteur… Tendre l’oreille et se laisser porter par le chant kirghize, un peuple au « savoir-aimer, savoir-souffrir, savoir-compatir uniques au monde »… D’autres chants leurs répondent…

Un livre rare et précieux dont les pages se tournent au rythme du cœur des femmes et des hommes libres – pour combien de temps encore ?- des anciens empires du pivot du monde…

Carte

René Cagnat, dans la steppe kirghize.

Bibliographie :

Djanibek, écrivain et poète kirghize, se voit confier par son père mourant la mission d’apporter sa tête dans un coffret auprès de ses parents enterrés de l’autre côté de la frontière, dans le Xinjiang chinois.

Avec sa compagne Djildiz, une belle musicienne, Djanibek monte une petite caravane et se prépare à traverser clandestinement la montagne en suivant une piste secrète. Le couple, un temps protégé par l’Esprit du père dont ils accompagnent les dernières volontés, chemine d’abord sans encombre, jusqu’à ce qu’ils croisent une bande de Tadjiks mal intentionnés... Le récit, enveloppé du mystère des Monts Célestes, mêle à une aventure ancrée dans la tradition kirghize une émouvant histoire d’amour.

Au coeur des monts Célestes, le pays kirghize est un miracle de la nature. Ce bout du monde voit, du corridor afghan du Wakhan à l’Issyk-Koul, de l’oasis du Ferghana au Xinjiang chinois, la rencontre d’immenses montagnes aux lignes pures, de lacs tièdes et limpides et de steppes grandioses dont la clarté nimbe toute chose d’une transparence ineffable. Les populations qui habitent ces hautes terres ont gardé sous la yourte l’authenticité des coutumes ancestrales et la générosité de l’accueil nomade. Par les chemins de la soie ou les sentiers de la transhumance se découvrent, au fil des paysages comme au fond des âmes, une lumière et un naturel que l’adversité ne parvient pas à ternir.

Profondément attaché à cette région du monde, il raconte ici les grands bouleversements du passé, les figures de Gengis Khan et Tamerlan, le clivage entre nomades et sédentaires, le désastre écologique de la mer d’Aral, la dégradation des conditions de vie après les espoirs des indépendances, la montée de l’islamisme dans des pays où le développement majeur est aujourd’hui celui de la drogue et de l’instabilité, avec pour source l’Afghanistan. Son témoignage, sensible aux paysages et aux hommes, donne à voir aussi des réalités sociales et écologiques dont les conséquences sont loin d’être épuisées.



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