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Très Cher Patriarche, c’est eux qui t’ont tué !

Dimanche 12 juillet 2009, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

Très Cher Patriarche, dans nos conversations où tu me parlais de tout, tu ne m’as jamais laissé entendre que tu étais fermement malade. D’ailleurs, ça se voyait que tu ne l’étais point même si à l’âge qui était le tien, 73 ans, le contraire eut été étonnant. Je veux dire que tu prenais très soin de toi. Tu n’étais dans aucun excès. A table, tu t’autorisais un verre de vin rouge (et pas tout le temps). Quand j’avais la chance de manger à tes côtés et que tu me voyais déborder dans du champagne très haut de gamme qu’on me servait, tu me lançais d’un coin de la bouche : « Bouuuurgeois ! »

Je peux témoigner que tu contrôlais rigoureusement ta ligne. Un jour, en 2003 tu m’as reçu dans ton vaste bureau du premier étage alors que je portais une gandourah de couleur orange. J’avais pris beaucoup de poids. Devant ton directeur-adjoint de cabinet, Germain Ngoyo Moussavou qui m’accompagnait, tu ironisé : « Maintenant ce sont carrément les gandorahs que tu portes. A cette allure-là... ». Tu n’avais pas fini ta phrase. J’ai eu honte, après avoir compris que le grand-frère que tu étais ne voulait surtout pas que son petit » (appellation contrôlée dont tu m’affublais) soit emporté avant l’heure par un infarctus.

Très Cher Patriarche, tu étais loin d’être le plus malade des chefs d’Etat. Beaucoup de tes homologues qui sont venus te dire au revoir, mardi 16 juin, à Libreville, avant qu’on te conduise à ta dernière demeure, sont parfois des croulants, des grabataires. D’autres n’ont pu faire le déplacement parce qu’ils sont tout simplement des morts-vivants, des cercueils ambulants. Pourtant, eux restent encore en vie. Toi qui n’avais presque rien, en dehors d’une oreille qui était peu performante et les yeux qui demandaient de temps en temps un passage chez l’ophtalmologue, tu es parti définitivement. Pourquoi, alors que tu étais bien conservé, y compris au village ?

D’ailleurs, en mars 2007, à trois, avec ta fille Pascaline, alors que l’avion nous ramenait de nuit à Libreville, au départ du Bourget, tu m’as regardé et dit : « Il faut que je fasse de toi un petit Batéké : ». Je jetai un regard furtif vers Pascaline. Il y eut un silence entre nous et après, c’est toi qui as pris à nouveau la parole pour ajouter : « Mais tu sais, après, il te sera interdit de regarder la femme d’autrui ! ».

Très Cher Patriarche, le décès prématuré de la première dame, Edith-Lucie, t’a énormément affecté. J’ai l’impression que le degré de ta souffrance après la perte de cette personne très chère dans ta vie, a été insuffisamment évalué. Les témoignages quotidiens me parvenant de Libreville, m’indiquaient que tu te laissais aller. Les choses se passaient comme si la vie n’avait plus aucun sens pour toi. Je ne dis pas que c’était vrai, mais d’aucuns le disaient et cela m’est parvenu jusqu’à Paris. Voilà pourquoi j’ai été très content d’apprendre que tu avais décidé de concert avec ta famille, de cesser provisoirement tes activités d’homme d’Etat pour aller te reposer et faire un bilan de santé complet. Mon éditorial du numéro 276 du 1er au 15 juin 2009 intitulé « Gabon Le patriarche est en colère », que j’avais écrit et que tu avais validé, à Barcelone, après l’avoir lu. Il mentionnait bien que tu allais (sans faute) revenir au pays en « Juillet » reprendre toutes tes activités suspendues. Tu étais d’accord que je souligne ton mécontentement à l’endroit de la classe politique gabonaise, surtout, tes amis de la majorité, de n’avoir pas vigoureusement protesté contre ceux, à Paris, et ailleurs, qui faisaient croire qu’en 41 ans de pouvoir, tu n’as rien fait pour le Gabon sinon, t’en mettre plein les poches.

Ton ami que tu aimais appeler le « Nicolas », venu à tes obsèques, a été copieusement hué à Libreville, pour avoir laissé qu’on jette toi nom en pâture, en France sans rien faire pour te pro téger. Malheureusement cette réaction (des Gabonais de la rue) était tardive, toi étant déjà dans le cercueil. Il fallait organiser la contre offensive avant même que la première dame ne sombre dans son coma profond en février. C’est mon avis !

Tu étais aussi fâché que les Gabonais n’aient pas réellement bougé pour protester après la saisie de tes comptes bancaires par la justice française. C’était une humiliation suprême pour un chef d’Etat, surtout, quand il s’appelait Omar Bongo Ondimba. Tes compatriotes ne se sont pas vraiment mobilisés pour exiger des Français et de leur presse qu’ils vous fichent la paix. J’ai dénoncé un tel mutisme dans mon éditorial que tu as entièrement validé. Je reste convaincu que le lâchage dont tu as été victime par tes amis français face à une justice et une société civile ainsi qu’une presse déchaînée, a eu raison de ta résistance qui avait déjà été largement entamée par le décès de la personne que tu aimais le plus au monde : Edith.

Si tes amis politiques ont honte de ton bilan et de ce que tu as fait pour le Gabon et l’Afrique, tel n’est pas mon cas. Je prends l’engagement de te défendre envers et contre tous devant tes détracteurs. Je suis fier de ce que tu as été et de ce que tu as fait pour ton pays et pour le continent africain. Je suis surtout fier d’avoir été un « petit » qui a beaucoup (beaucoup) appris auprès de toi. Très Cher Patriarche, tu ne peux pas savoir comment tu vas me manquer. Faute de courage, je n’ai pu venir à tes obsèques à Libreville. Tellement j’étais mal. Tellement je suis mal. En réalité, je suis venu. Mais je me suis arrêté à Douala d’où j’ai tout suivi et puis je suis retourné à Paris. Quand j’aurai plus de force (morale), j’irai m’incliner devant ton lieu de repos éternel. Je ne sais pas quand mais je le ferai. Je prie Dieu pour que tu vives en paix, à côté de la première dame, là-bas où tu as décidé de partir le 8 juin, alors que nous commencions déjà à faire le compte à rebours pour ton retour à Libreville en « juillet » comme tu l’avais toi-même indiqué.

Je te prie d’être fort. Veille sur le Gabon et ta famille qui va en avoir besoin. Protège l’Afrique centrale et transmets mes respectueuses amitiés à la première dame.

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