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Hommage à Pierre PUJO à la Madeleine le 16 novembre.

En présence de Mgr le comte de Paris duc de France.

Dimanche 13 janvier 2008 // Homme d’honneur

Les obsèques de Pierre Pujo ont été célébrées le vendredi 16 novembre 2007 à 9 heures, à Paris, en l’église de la Madeleine où les fidèles se sont rassemblés en nombre malgré l’heure matinale et les difficultés causées par les grèves des transports. Des amis sont venus de toute la France, même d’Outre-mer, ne craignant pas de voyager de nuit durant pour assister à la cérémonie qui s’est tenue en présence, notamment, de Mgr le comte de Paris, duc de France, SAR le prince Sixte-Henri de Bourbon Parme, SAI la princesse Vinh Thuy. Derrière eux, à gauche de la nef centrale, se trouvaient les responsables du Comité directeur de l’Action française et les rédacteurs de L’AF 2000 ; à droite s’était réunie la famille de Pierre : sa sœur Marielle Pujo, ses cousins, neveux et filleuls.

La messe fut dite par le père François de Charnacé, qui rappela que Pierre Pujo avait été membre du service d’ordre de la Madeleine. L’homélie fut prononcée par l’abbé Guillaume de Tanoüarn, qui dépeint le portrait fidèle d’un « moine soldat » dont l’abnégation force l’admiration. L’absoute, célébrée selon le rite traditionnel, fut suivie d’une longue procession. A l’issue de la cérémonie, un éloge rédigé par Paul-Marie Coûteaux salua la mémoire d’un homme ayant consacré sa vie à la plus noble des causes, « celle de la France, de son unité, de sa souveraineté et finalement de sa grandeur ». Un dernier hommage fut rendu à Pierre lors de l’inhumation, en fin de matinée, dans le cimetière de Ferrières-en-Gâtinais (Loiret), en présence du maire de la ville, Marius Charnay.

De cette journée, en dépit du chagrin, nous nous efforcerons de retenir le soutien manifesté par les collaborateurs du journal, les sympathisants et les militants d’AF, parmi lesquels on comptait d’ailleurs de nombreux jeunes, et dont la mobilisation au service de la France et du Roi, constitue la meilleure preuve de fidélité à la mémoire de Pierre Pujo.

« Un moine soldat »

Homélie prononcée en l’église de la Madeleine le 16 novembre 2007

Nous pleurons aujourd’hui Pierre Pujo. Il n’était pas seulement directeur d e l’Action Française. Il a souhaité consciemment, personnellement, intimement vouer sa vie à la transmission de cette méthode de pensée qu’est l’empirisme organisateur de Charles Maurras.

Nous sommes ici dans une église ; Dieu sait si Pierre était sensible à la différence entre le spirituel et le temporel. Il ne s’agit pas pour moi d’exalter cette politique, mais de montrer la beauté de ce service qui suppose, avant tout, la foi en un ordre qui dépasse les volontés humaines et qui se laisse observer par la raison politique.

Pierre a été ce soldat debout dans sa guérite disant et redisant inlassablement quelles sont, ici et maintenant, les conditions concrètes de l’identité nationale, sans jamais rien chercher pour lui-même, même pas les honneurs, même pas une mise en avant ; je ne parle pas d’argent.

Avec un désintéressement qui pourrait devenir proverbial parmi nous, il n’a songé toute sa vie, et semble-t-il depuis une prise de conscience en son adolescence, à l’âge de quinze ans, qu’à donner ce qu’il savait bien qu’il ne possédait pas lui-même. La beauté de l’idée maurrassienne comme seuls ceux qui l’ont vraiment étudiée au rebours de tous les préjugés, en s’éloignant comme de la peste de toute facilité idéologique, ont pu la comprendre.

Oh ! Pierre n’était pas un orateur, il le savait, mais il était devenu un excellent débatteur, toujours modéré, et précis. Oui, encore, à travers cette précision, on découvre ce goût pour la vérité. Quelle était cette vérité ?

Dans un texte de conférence qu’il avait intitulé « Etre d’Action française », Pierre cite dès la première ligne une formule de Charles Maurras, donnée sans référence, et à laquelle, manifestement, il identifie sa démarche d’héritier. « Je me vois accusé de mettre en avant la politique », disait Maurras, repris par « son cher Petros » comme le vieux Charles l’appelait. « Mais dans cette passion de la politique, il y a, tout en haut, la passion de la vérité. La vérité ! Quelque chose de sacré dont ma vie a été fascinée, tout entière. »

Et Pierre commentait, je cite : « il ne s’agit pas de la vérité personnelle, subjective, mais de la vérité objective, celle qui se dégage des faits. » Je dirais : celle à laquelle on adhère que cela nous plaise ou non, que cela manifeste ou non notre personnalité, notre désir d’épanouissement. Dans la continuité de son histoire familiale, Pierre gardait une conscience aiguë de ce qu’avait pu âtre … oui j’emploie le terme, la conversion de son père Maurice au nationalisme et à Maurras. Il s’est souvenu toute sa vie de la manière dont Maurice Pujo avait rejeté le libéralisme qu’il avait fait sien pourtant au cours de sa propre jeunesse. « Le libéral, écrit Pierre Pujo, capitule sur toutes les valeurs tout en se présentant comme partisan de la famille, de la patrie, et de la religion. » La grandeur, je crois, de Pierre Pujo, ne l’oublions pas aujourd’hui, c’est qu’il n’a jamais voulu être, en ce sens, en libéral. Et que libéral, il l’a été en un autre sens, dans sa générosité, dans ce son de chaque jour qu’il avait fait de lui-même.

Lorsqu’on ambitionne d’observer chaque jour la vérité qui se dégage des faits pour dire les conditions du bien public, on n’est pas partisan aveugle d’une vérité fossilisée, on est le héraut, et, à bien des titres, le héros sans peur, d’une vérité ancienne et toujours nouvelle, vérité qui ne se rétracte pas sur elle-même, vérité qui n’est pas de celles auxquelles il conviendrait de faire allégeance. Qui dira les drames, le sang répandu par cette religion séculière qu’est l’idéologie !

Rien d’idéologique dans cette vérité, qui ne se rétracte pas dans des idées ou des formules toutes faites, mais qui se diffuse comme une méthode. Utiliser cette méthode aujourd’hui, cela suppose l’humilité et la charité. L’humilité pour recommencer sans cesse l’analyse, sans se gargariser de mots mille fois entendus, et la charité pour transmettre cette analyse. C’est dans cette perspective que même lorsqu’il s’agit d’un combat intrinsèquement politique, comme celui de Pierre, on peut comprendre l’étrange résonance da la formule évangélique  : « Celui qui fait la vérité vient à la Lumière. » Si cette formule de Notre-Seigneur est vraie, elle l’est, je dirais, à un titre particulier de celui pour lequel nous prions ce matin.

Alors on a accusé Pierre de toutes sortes de défauts. On l’a accusé en particulier d’intransigeance. Pierre était intransigeant sur cet esprit d’Action française, sur ce qui signifiait être d’Action française, mais cette intransigeance. Il ne l’a jamais pratiquée par intérêt personnel, uniquement par souci de transmettre, comme un moine soldat, sans compromis, cet esprit d’Action française dans toute sa souplesse d’observation et dans toute sa rigueur de prescription, et aussi dans sa prodigieuse ouverture à l’événement et aux personnes, dans l’extraordinaire liberté d’esprit que confère la méditation de l’œuvre de Maurras, en dehors des caricatures.

Il ne m’appartient pas de sonder cette liberté intérieure que, chez Pierre, je devine très grande, mais, c’est à l’extérieur qu’elle jaillit dans une ouverture continuelle aux personnes. Pierre était aussi sur la fin de sa vie une sorte de symbole vivant, il aurait pu se draper dans sa toge et mettre entre lui et le monde extérieur trois portes de bureau bien fermées. Comme une sorte de gourou ! Mais, pour tous ceux qui l’on connu, il était absolument le contraire, infiniment accessible, toujours prêt à répondre, perdant deux heures avec un jeune de rencontre et de frottant les mains en disant : « Je crois qu’on a fait du bon travail. »

Son patriotisme n’était pas étroit. Vous savez, la rhétorique actuelle nous amène fréquemment à associer ce substantif et cet adjectif. Non, son nationalisme était ouvert sur tous, sur le monde, sur tous ceux dans lesquels il devinait la passion pour la France ou la fidélité à une monarchie. On connaît la passion que Pierre a eue pour Mayotte, cette petite île des Comores qui z voulu rester française. Mais à l’Action française, il n’y avait pas que des Mahorais. Il y avait, sous sa férule, tous ceux que la France intéressait, à aussi la France importait. Je pense, par exemple, à cette amitié de trente ans pour Houchang Nahavandi, venu d’Iran, qui doit être ici ce matin, et pour combien d’autres connus et inconnus.

Sous son autorité, l’Action française na jamais été un repaire de vieux Français déphasés, ou de douairières emperlousées. Elle a toujours été jeune ! Les locaux, encore aujourd’hui, sont remplis de jeunes, qui, si j’ose dire, sont les rois à l’Action française. Et je crois que la présence de très nombreux jeunes ce matin rend hommage à ce zèle pour transmettre, à cette charité qui s’animait au plus secret du cœur de Pierre Pujo.

Que ceux qui l’ont critiqué en fassent donc autant.

Pierre avait du mal à se défendre lui-même et cette étonnante discrétion était en contraste avec le caractère tranché de son engagement. Discrétion, en particulier également dans sa foi chrétienne, ici à la Madeleine comme l’a rappelé le père de Charnacé tout à l’heure, très régulière. Je pense aussi à ce pèlerinage de Chartres qu’il a fait à pied aussi longtemps qu’il l’a pu. Pierre était un moine soldat, un laïc, pas un curé raté mais un laïc profondément chrétien. Et c’est pourquoi nous prions à son intention avec confiance.

Pour lui le voile s’est déchiré. Il rencontre aujourd’hui son Seigneur, le Roi du Ciel, et je pense que nous pouvons redire à son sujet avec confiance la parole de Jésus : « Celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors. » Nous prions donc en sachant que la communion des saints n’est pas un vrai mot dans la récitation de notre Credo. Nous prions parce que nous savons que c’est le dernier moyen qui nous reste de manifester à Pierre notre gratitude pour sa fidélité à transmettre. Nous prions parce que nous savons que la prière des uns pour les autres a une grande efficacité, et cette messe qui se célèbre aujourd’hui, c’est la plus belle des prières ! Ce n’est pas une prière humaine, c’est la prière même de Jésus-Christ. Tout à l’heure, à la consécration, c’est Jésus lui-même qui dira : « Ceci est mon corps livré, pour lui. Ceci est mon sang versé jusqu’à la dernière goutte. »

Alors si nous ne savons pas prier, ou bien si nous ne sommes pas chrétiens – car l’Action française étant laïque et non chrétienne, il doit y avoir ce matin un certain nombre d’entre vous que ne sont pas chrétiens, laissons-nous porter par cette offrande, par ce sacrifice de Jésus-Christ. Nous ne trouvons pas les mots, nous ne savons pas comment prier. Je dirai : au moins, nous savons que nous ne savons pas prier ! Laissons-nous porter par le Christ qui prie son Père, pour chacun d’entre nous : « ceci est mon corps livré, mon sang versé » pour vous, et particulièrement aujourd’hui, pour celui qui, un jour, lorsqu’il avait quinze ans, a décidé de donner sa vie à quelque chose de plus grand que lui.

La relève.

Oui, Pierre, comme Jeanne, vous avez assuré le lien entre un âge d’or que vous n’avez pas connu et un autre âge d’or que vous ne connaîtrez pas. Mais cet âge d’or de la France recouvrant sa pleine souveraineté et rétablissant la légitimité incontestable de son chef, nous le connaîtrons un jour. Car elle est dans la nature des choses. A la fin de votre vie, vous avez assuré l’essentiel ; Vous avez su assurer votre succession en désignant un homme jeune encore, mais déjà remarquable, et, par-dessus tout, vous avez veillé à la relève, à cette magnifique jeunesse d’Action française qui est l’une des plus belles promesses de la France au XXIe siècle. Et vous avez aussi, quelques jours avant de mourir, résumé l’essentiel en donnant pour titre à votre dernier éditorial de l’Action Française cette exclamation magnifique : « Non, c’est toujours non ! » Cette phrase raisonne en nous avec toute la puissance de l’émotion qui nous étreint en ce jour de deuil, tandis que nous pensons à vous et que nous vous pleurons. Soyez assuré que ce non magnifique vibre en nos cœurs et que rien ne nous fera dévier de cet impérissable combat.

Oui, Pierre, vous fûtes comme Jeanne ; et vous voici à présent près d’elle, votre Jeanne, notre reine de France !

JEAN DUTOURD De l’ACADEMIE FRANCAISE
Député français au Parlement Européen

Lettre à Michel Fromentoux.

Cher monsieur, J’ai été profondément affecté par la mort de votre directeur et ami Pierre Pujo. Je le connaissais depuis longtemps et nous avions une grande conformité d’esprit.
Ma santé malheureusement ne me permet pas de prendre part à votre banquet du 2 décembre et j’en suis désolé. Néanmoins, je serai près de vous par la pensée. À vous, cher Monsieur, avec toute mon amitié.

PROBITE ET FIDELITE. 

Pierre Pujo nous a quittés, je tiens à vous dire la peine et le regret que j’éprouve à cette disparition, quelles que soient par ailleurs ce qu’il est convenu d’appeler nos « divergences d’opinion » sur bien des sujets, mais certes pas sur notre attachement indéfectible à la souveraineté de la France, sous quelque régime qu’elle soit. J’ai entendu Pierre Pujo pour la première fois, lorsque j’étais étudiant, à l’occasion d’un « meeting » contre la Communauté européenne de défense (CED), que nos efforts conjoints permirent alors de rejeter. Ce sont ces souvenirs qui comptent. Ce genre de rendez-vous, nous ne les avons jamais manqués.

Lorsque je pense à Pierre Pujo, je n’ai que deux mots pour exprimez ma sympathie et mon admiration, probité et fidélité, au prix d’une vie qui apparaîtra à beaucoup comme effacée, mais qui demeurera exemplaire.

Philippe de SAINT ROBERT
Membre du Haut Conseil de la Francophonie

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