Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Henri IV - Le roi contre les partis.

Lundi 6 septembre 2010 // L’Histoire

Henri IV

L’œuvre d’Henri IV est une œuvre d’art.

De la matière brute d’une histoire écrite au jour le jour, au fil des batailles et des discours, on a pu voir progressivement surgir la création d’un opus majeur : l’unité et l’indépendance d’un pays dévasté, et peu à peu restauré. Après 400 ans, nous continuons d’en être impressionnés. Au début de son aventure, Henri IV voyait-il les choses comme nous les voyons aujourd’hui ? Avait-il une vision stratégique claire qu’il aurait méthodiquement appliquée ? Certainement pas. Il y a pourtant une constante dans son action, et c’est à elle que l’on peut, sans risque de beaucoup se tromper, attribuer son succès : cette constante, c’est sa volonté délibérée d’échapper aux carcans partisans, son refus systématique de s’aligner sur aucune des factions en présence.

Dieu sait, pourtant, si la tentation était grande de « prendre parti », de céder aux pressions colossales, exercés alternativement par les extrémismes séditieux ligueur ou huguenot. Henri IV avait-il une claire conscience de la nécessité de ce que nous appelons « l’indépendance nationale » ? Une chose est sûre, et elle fut déterminante : Avant même de devenir roi à la suite de l’assassinat d’Henri III, Henri de Navarre était, en tant que successeur potentiel, habité par sa légitimité. Cette conviction, qui orientait son destin, l’a conduit à rejeter tout ce qui pouvait ou pourrait faire obstacle à la nature « capétienne » de son autorité. Devenu roi, quand il abjura le protestantisme, ce n’était pas pour se faire ligueur. La cérémonie se passait à Saint-Denis, auprès des « tombeaux de famille ». C’est toute la lignée royale qu’il prenait à témoin de son engagement proprement capétien, c’est-à-dire fondé sur le consensus général qui avait permis d’imposer aux féodalités, aux puissances d’argent et aux clans de toutes espèces de se soumettre.

LES RIVALITÉS RELIGIEUSES.

Dans le monde qui l’a vu naître, la rupture religieuse amenée par la Réforme apparaît comme dominant toutes les autres fractures partisanes. Il est clair que le parti protestant, bien que numériquement très minoritaire, fut rapidement très influent dans l’ensemble des classes supérieures, jusqu’à la Cour. S’appuyant sur des populations concentrées sur certaines régions, la situation était telle qu’on voyait la France s’orienter vers le modèle allemand, avec des communautés différentes revendiquant tout naturellement leur autonomie. L’enchaînement des circonstances a dramatiquement conduit à un climat de tension, puis à la guerre civile. C’est sur la base des différences de sensibilités religieuses et de la concurrence des cultes que le clivage partisan s’était installé. Non sans contradictions, d’ailleurs : chaque camp avait ses « faucons » et ses « colombes ». Côté colombes, on pense notamment à Érasme, ce prince néerlandais de l’humanisme, fidèle à l’Église romaine tout en refusant de se laisser embrigader. On pense aussi à ceux qu’on a appelé les « politiques », ce tiers-parti qui, rejetant les réactions passionnelles, recherchait les moyens durables de rétablir la paix civile. Les rivalités religieuses, si elles avaient été l’élément déclencheur des violences partisanes, et continuaient d’y jouer leur rôle, elles apparurent vite, comme des causes, sinon secondaires, du moins secondes. Il y avait d’abord les ambitions de tout ordre, qu’un climat malsain exacerbait. En premier lieu, les ambitions personnelles qui s’appuyaient soit sur les revendications locales à l’autonomie, soit sur le désir de capter indûment l’héritage capétien.

GUERRE CIVILE ET GUERRE ÉTRANGÈRE.

Mais les choses prirent une nouvelle dimension quand, à ces ambitions, vinrent s’en mêler d’autres, d’une tout autre nature et incomparablement plus dangereuse : les puissances montantes de l’époque, l’Espagne et l’Angleterre, virent dans la situation de la France une circonstance inespérée pour s’y approprier des parts de gâteau. En guerre entre elles, elles trouvaient là un champ de bataille prometteur et sans risque : elles avaient peu à perdre et beaucoup à gagner. Ce malheureux pays paraissait en voie d’être vendu à l’encan, par lots. Toute l’œuvre de Jeanne d’Arc, un siècle et demi plus tôt, risquait d’être mise à bas.

La guerre dite « de religion » était devenue surtout une guerre civile, entretenue par des ambitions politiques, et une guerre étrangère, essentiellement contre les Espagnols, que servaient ou utilisaient les Ligueurs. Restait, cependant, la question de la religion d’Henri de Navarre, puis du roi Henri IV. Ses six revirements successifs peuvent faire penser qu’il était soit tout à fait athée et cynique, soit, au mieux, d’un profond scepticisme. Or, on sait qu’il n’en est rien : il était, tout à fait croyant, comme cela s’est vu en de nombreuses occasions, et sans que sa vie légère contredise ce constat. Né d’un mariage mixte, confronté pendant toute sa jeunesse à la dualité des rites, il était, c’est vrai, à l’aise avec les deux, et mal à l’aise avec les querelles qui en étaient nées. Parler de « tolérance » au sens que nous donnons à ce mot est évidemment un anachronisme. De même que l’édit de Nantes qu’il fera adopter en 1598, n’était en rien, on le sait, un « édit de tolérance », mais la consécration officielle d’un accord politico-militaire. Placé face à la rupture entre catholiques et Protestants, Henri IV refuse de se laisser encombrer l’esprit par les sentiments ou les convictions des uns et des autres. Il ne veut voir qu’une chose : sa légitimité, dans sa source comme dans ses effets. Il la tient d’un droit du sang irrécusable, et elle lui impose de considérer les Français à l’aune de leur seule fidélité à la Couronne. Toute autre considération est superflue ou à rejeter. Deux ans avant de devenir roi, c’est à la France entière qu’il s’adresse pour proclamer sa volonté de restaurer l’autorité royale dans sa plénitude en détruisant les factions.

ABATTRE LES FACTIONS.

Il est essentiel de comprendre que, pour lui, détruire les factions n’implique pas nécessairement de détruire les factieux. Comme dans les batailles où il appelle à se rallier à son panache blanc, il propose à tous de se rallier à lui en tant que défenseur puis incarnation du principe dynastique. Il pleure sincèrement sur le sang français versé, même lorsque c’est de sa propre main. Après Coutras, il portera le deuil du vaincu, Anne de Joyeuse : Même, au cœur des combats les plus violents ; son objectif profond demeure la paix, la paix civile, autre nom de l’unité du pays. C’est aussi à ce titre qu’il comprit qu’un roi de France ne peut faire respecter son droit dynastique qu’en s’inscrivant lui-même dans la tradition sur laquelle a été fondée la nation : être catholique était pour lui, indépendamment de toute autre considération, une nécessité politique. La formule « Paris vaut bien une messe », qu’il n’a jamais prononcée, peut, à cet égard, être trompeuse si on n’y voit qu’une boutade cynique. L’abjuration de Saint-Denis, ne peut être valablement comprise que si on lui donne toute sa valeur nationale.

LA CONSTANCE CAPETIENNE.

Cette volonté déterminée d’abattre les factions, constante de la dynastie royale depuis Hugues Capet, et qui a trouvé avec le roi Henri son expression la plus brillante, apparaît non seulement comme le moyen de garantir la paix civile, mais en même temps d’assurer l’indépendance Nationale. On pourra objecter que le mot « nation » ne s’utilisait pas encore, mais c’est le mot que l’on utilise aujourd’hui pour désigner une réalité alors bien vivante. Toute la vie d’Henri IV, au-delà de ses inévitables vicissitudes et des défauts d’un homme que certains se complaisent aujourd’hui à décrier, témoigne que la vie de la nation passe par une lutte sans merci contre les partis qui tendent à la diviser.

Peu d’hommes, peu de rois auront aussi bien réussi à montrer à quel point une construction comme la France est fragile, et à quel point la longue volonté historique d’une dynastie, traversant les époques et les générations, s’est révélée la mieux à même de réunir les forces disparates et centrifuges à l’oeuvre dans un peuple comme le nôtre. Il n’est pas interdit de se demander quel regard le roi Henri jetterait sur nos querelles partisanes d’aujourd’hui, comment il réagirait devant les divers communautarismes qui apparaissent dans de nombreuses régions de la France. On est en droit, fidèle à l’imagerie populaire, de se le représenter montant à cheval en criant : « Ventre-saint-gris ! » Mais on peut aussi sans doute à plus juste titre le voir s’adressant aux Français comme il l’a fait tant de fois, notamment quand il s’exprimait devant les Parlements, pour les adjurer de faire taire en eux toutes les voix de division, de rejeter les querelles partisanes, et de se rassembler pour servir ensemble leur bien commun.

Répondre à cet article