Gloire au tour de France cycliste

Le tour, a, une histoire Mythique, voici un raccourci de sa fabuleuse chronologie.

Vendredi 8 juillet 2005, par Paul Vaurs // Divers

1er-19 juillet 1903 Premier Tour de France ; victoire du Français Maurice Garin.

25 juillet 1920 Le Belge Philippe Thys remporte le Tour de France pour la troisième fois.

24 juin 1924 Abandon des frères Pélissier (France). Albert Londres rédige pour Le Petit Parisien un article qui fera date : « Les Forçats de la route ».

1930 Création des équipes nationales sur le Tour de France ; victoire du Français André Leducq.

1949 Alfredo Binda fait signer une « paix armée » aux deux campionissimi, Fausto Coppi et Gino Bartali, pour le Tour de France ; Coppi s’impose devant Bartali et réalise le premier doublé Giro-Tour de France.

1950 La publicité extra-sportive fait son apparition sur le Tour de France.

1er août 1955 Le Français Louison Bobet remporte le Tour de France pour la troisième fois consécutivement.

12 juillet 1964 Le duel entre les Français Jacques Anquetil et Raymond Poulidor atteint son paroxysme dans la montée du Puy de Dôme ; Poulidor distance Anquetil, mais Anquetil remporte, le 14 juillet, son cinquième Tour de France.

13 juillet 1967 Le Britannique Tom Simpson décède lors de l’ascension du mont Ventoux, victime du dopage.

1969 Abandon définitif des équipes nationales sur le Tour de France.

21 juillet 1974 Le Belge Eddy Merckx remporte son cinquième Tour de France.

21 juillet 1985 Le Français Bernard Hinault remporte son cinquième Tour de France.

23 juillet 1989 L’Américain Greg LeMond remporte le Tour de France devant le Français Laurent Fignon avec seulement 8 secondes d’avance.

23 juillet 1995 L’Espagnol Miguel Indurain remporte son cinquième Tour de France consécutif.

8 juillet 1998 Début de l’affaire Festina , qui va révéler l’ampleur du dopage institutionnalisé dans le peloton.

25 juillet 1999 L’Américain Lance Armstrong remporte le Tour de France ; la victoire de ce coureur victime d’un cancer en 1996 suscite la polémique. Lance Armstrong remporte le tour en 2 000, 2 001, 2002, 2003, 2004 et il est au départ du tour de France 2005.

24 octobre 2000 Dans le cadre du procès de l’affaire Festina, le Français Richard Virenque avoue s’être dopé.


Honneur à une Grande Dame du Sport Cycliste. Jeannie Longo.

Troisième et dernière fille d’un directeur d’entreprise de travaux publics et d’une institutrice et professeur de gymnastique à Saint-Gervais (Haute-Savoie), Jeannie Longo monta sur un vélo à l’âge de trois ans et demi et participa à sa première épreuve cyclosportive à dix ans. Mais c’est vers le ski, géographie oblige, qu’elle s’orienta naturellement. Membre de l’équipe de France universitaire, la jeune Longo obtint la cinquième place au Championnat de France de slalom de 1982. À partir du moment où elle opta définitivement pour la compétition cycliste, son tempérament individualiste la confina souvent dans l’isolement, sa logique de championne se heurtant à l’incompréhension collective, sa hargne de femme percutante rejoignant parfois son double d’athlète persécutée. Son palmarès est pourtant très étoffé, et peut-être fallait-il aussi qu’il soit contesté pour être pleinement reconnu. Jeannie Longo a remporté, notamment, douze titres mondiaux : sur route (en 1985, 1986, 1987, 1989 et 1995), de poursuite (en 1986, 1988 et 1989), de course aux points (1989) et contre la montre (1995, 1996, 1997) et trois Tours de France féminins d’affilée (1987, 1988 et 1989). Enfin, sacre suprême, vient le temps de l’or olympique aux Jeux d’Atlanta, en 1996.

De démêlés orageux en maillots arc-en-ciel, Jeannie Longo a toujours montré le même caractère entier. Aussi, ses premiers pas de championne coïncidèrent-ils avec ses premières infortunes. En 1980 à Sallanches, tout près de chez elle, le Championnat du monde sur route s’avère une cruelle désillusion : victime d’une chute, elle termine dixième, en pleurs. Le lendemain, Bernard Hinault est consacré alors qu’elle parle, déjà et encore, de retraite...Pionnière, Jeannie Longo fut la première femme autorisée à courir dans les courses seniors amateurs (1980). La première aussi à utiliser un cadre plongeant (1986) et à titiller les professionnels en réalisant un « chrono » flatteur lors du prologue du Critérium du Dauphiné libéré (1987). Longo entame alors une insatiable quête de reconnaissance, accumulant les titres mondiaux sur piste comme sur route, mais butant chaque fois sur la consécration suprême dans les rendez-vous internationaux. Ainsi aux Championnats du monde : à Prague en 1981, sur route, elle est battue au sprint et n’obtient que la médaille d’argent ; l’année suivante, à Goodwood (Grande-Bretagne), elle se classe troisième dans l’épreuve de poursuite et cinquième sur route. En 1984, elle participe aux jeux Olympiques de Los Angeles : à 2 kilomètres de l’arrivée, Jeannie Longo se voit championne olympique quand elle est percutée par l’Italienne Maria Canins - qui va devenir sa grande rivale ; le choc la laisse avec un dérailleur hors d’usage... et des sanglots plein les yeux. Sixième après avoir rallié à pied l’arrivée, Jeannie est désemparée, déprimée.

C’est finalement en 1985 que tous ses tourments s’apaisent. Deuxième du Tour de France féminin (derrière Canins), deuxième encore au Championnat du monde de poursuite, elle ravit le titre mondial sur route à Maria Canins, dans le pays de celle-ci. À vingt-sept ans, sa carrière tutoie enfin les sommets, et s’accélère tous azimuts. Affectivement d’abord : le 24 décembre 1985, elle prend pour époux Patrice Ciprelli. Professionnellement ensuite : après des études à la faculté de gestion de Grenoble, après un D.E.U.G. d’informatique et de mathématiques et une maîtrise de gestion, elle réussit en 1986 ses examens de droit et économie du sport à Limoges. Sportivement enfin : sa notoriété comme sa popularité s’envolent au gré de compétitions menées comme autant de combats.

Une respectabilité qui va prendre une nouvelle envergure en 1986. Deuxième du Tour de France féminin, derrière Canins en raison des prouesses de l’Italienne dans les étapes de haute montagne, « la Longo », comme on l’appelle désormais, sonnera une charge cinglante en fin de saison. À Colorado Springs, elle devient championne du monde de poursuite ; après six tentatives infructueuses, elle a donc enfin battu sa bête noire, l’Américaine Rebecca Twigg. La Savoyarde devient ainsi la première femme à réaliser un tel doublé. Dans la foulée, elle décide de s’attaquer au vieux record de l’heure féminin (43,082 km, établi en 1978). Sa tentative bolivienne à La Paz (3 658 m d’altitude) avortée après bien des péripéties, Longo se rabat sur Colorado Springs, où elle réussit à couvrir 44,770 km, nouveau record du monde en altitude.

Sur la piste Vigorelli de Milan, elle établit ensuite un nouveau record de l’heure, celui-ci répertorié au niveau de la mer (43,587 km), avant de s’approprier le record de l’heure sur piste couverte (44,718 km) à Grenoble puis de pulvériser le record du monde des 3 kilomètres à Bercy (3 min 49 s).

1987 est une nouvelle année royale . Tout d’abord, Jeannie Longo remporte enfin le Tour de France féminin, devant Maria Canins, battant l’Italienne sur son terrain de prédilection, la haute montagne, avec des victoires décisives à Luz-Ardiden et à Morzine. Puis, après avoir obtenu une médaille d’argent au Championnat du monde de poursuite disputé en Autriche, elle s’adjuge pour la troisième année consécutive le titre mondial sur route, à Villach (Autriche), avant de s’attaquer en septembre à son propre record du monde de l’heure sur l’anneau de Colorado Springs : 44,933 km, soit 163 mètres de mieux qu’en 1986. Jeannie Longo est sacrée « champion des champions » de l’année par le journal L’Équipe et par Antenne 2.

À l’occasion des Jeux de Séoul, en 1988, la consécration recherchée se transforme en drame : un mois plus tôt, elle se brise un fémur lors d’une chute. À force de courage, elle remontera sur un vélo, pour finir tête basse dans le peloton. Retour de flamme en 1989 : Jeannie Longo remporte son onzième titre national consécutif sur route, un troisième Tour de France féminin, et surtout cet époustouflant triplé route-poursuite-course aux points lors du Championnat du monde de Chambéry et Lyon. Ce triomphe est agrémenté d’un nouveau record du monde de l’heure : le 1er octobre, à Mexico, elle couvre 46,352 km, dépassant les records de Coppi et d’Anquetil. Jeannie Longo décide pourtant de mettre un terme à sa carrière. Définitif, pense-t-elle. Pendant deux ans, elle est adjointe aux Sports à la mairie de Grenoble, conseillère technique régionale du Dauphiné-Savoie, avant de reprendre du service dans la perspective des Jeux de Barcelone en 1992, « car la poursuite féminine était inscrite au programme olympique ».

Les tracas, eux aussi, recommencent. Autant ses problèmes de roues durant le Tour de France 1985 furent péniblement résolus, elle utilisait la marque Wolber alors que l’équipement fédéral était fourni par la société Mavic -, autant le différend qui l’oppose à nouveau à la Fédération pour une affaire semblable - ses pédales Time contre la firme « fédérale » Look - la vide de son influx, si bien qu’elle échoue en quart de finale de la poursuite, avant de finir deuxième de l’épreuve sur route. L’amertume est telle qu’elle envisage une nouvelle fois de tout abandonner, de changer de nationalité, de ne disputer que des compétitions de vélo tout terrain (elle est d’ailleurs vice-championne du monde de V.T.T. en 1993). Et sa mise à l’écart ne fait qu’empirer lorsqu’en 1994, le jour du Championnat du monde sur route, disputé en Sicile, elle roule derrière deux de ses coéquipières tentant une échappée, Cécile Odin et Catherine Marsal, condamnant ainsi leurs chances de victoire. Évincée du groupe, montrée du doigt, Jeannie Longo retrouve pourtant le goût de la revanche un an plus tard ; à Duitama, en Colombie, elle s’adjuge le titre mondial de la première édition du contre la montre et, quatre jours plus tard, celui de l’épreuve sur route, et cela en dépit d’une grave chute : sa jambe droite est ouverte jusqu’à l’os. À près de trente-sept ans, celle qui n’avait plus remporté de titre mondial depuis 1989 ouvrait une énième brèche, trouvait une nouvelle réplique, même si le record du monde de l’heure (battu par Catherine Marsal puis par l’Anglaise Yvonne McGregor en cours de saison) ne lui appartient plus.

À Atlanta, en 1996, Jeannie Longo tente une ultime fois de remporter un titre olympique. Sur un parcours truffé de faux-plats montants, elle décroche enfin en solitaire cet or qui comble non seulement sa quête perpétuelle, mais aussi son prodigieux palmarès. Elle aurait pu en rester là. Mais Jeannie Longo dépasse une nouvelle fois les bornes en reprenant « son » record de l’heure (48,159 km) sur la piste de Mexico, à la fin du mois d’octobre, à trente-huit ans. Mieux, en 2000, elle est encore présente à Sydney et remporte la médaille de bronze de l’épreuve contre la montre des jeux Olympiques.


Le Tour de France est chaque été l’occasion d’admirer le peloton aux couleurs bigarrées dans la campagne chatoyante
.

Il fut mon idole , j’avais à peine 7 ans. Né à Saint-Méen-le-Grand (Ille-et-Vilaine), fier et susceptible à la fois, le jeune Louison Bobet avait choisi très tôt de devenir un homme public. Sa victoire au Championnat de France sur route des amateurs, en 1946, causa une certaine surprise. L’année suivante, il marqua de sa présence le Circuit des six provinces. Quelques semaines plus tard, au Circuit des boucles de la Seine, il sema les uns après les autres tous ses compagnons et rallia le vélodrome Buffalo, à Montrouge, six minutes avant Lucien Teisseire, classé second !

Louison Bobet fut enrôlé aussitôt dans l’équipe de France du Tour, aux côtés de l’illustre René Vietto. Il lui fallut pourtant attendre 1953 avant de remporter son premier Tour de France. Il récidiva l’année suivante, et en 1955, réalisa le premier triplé consécutif de l’histoire du Tour. Entre-temps, il avait considérablement meublé son palmarès, triomphant dans Milan-San Remo, au Tour de Lombardie, au Tour des Flandres, dans Paris-Roubaix (1956), sans compter ses victoires au Championnat de France, au Championnat du monde en 1954, au Grand Prix des nations et enfin dans Bordeaux-Paris, auxquelles s’ajoutent les prouesses qu’il accomplissait sur les pistes.

Il était devenu l’archétype du coureur complet et parvint à s’imposer aux champions de cette haute époque du cyclisme, après avoir subi durant plusieurs années, sans aucun découragement, la férule des Coppi, Bartali, Kubler, Koblet, Van Steenbergen, autant de « monstres sacrés » auxquels il s’identifia et finit par imposer sa loi, s’assurant leur estime. De ce coureur à panache, de ce champion devenu homme d’affaires, l’histoire retiendra en priorité quelques exploits somptueux : un Milan-San Remo et un Tour de Lombardie gagnés à quelques mois d’intervalle, en 1951 ; le titre mondial conquis à Solingen, en Allemagne en 1954 ; le Tour des Flandres gagné en 1955 devant Koblet et Van Steenbergen ; la victoire dans Paris-Roubaix, l’année suivante, alors qu’il relevait d’une délicate intervention chirurgicale ; le tardif point d’orgue d’un Bordeaux-Paris, en 1959, alors que sa carrière approchait de son terme ; et surtout ses trois victoires dans le Tour de France.

Le Français Louison Bobet (1925-1983), lors du Tour de France 1955. Il fut le premier coureur cycliste à gagner trois Tours de France consécutivement, en 1953, 1954 et 1955 . Bobet a tout gagné, sauf le Tour d’Italie qui, en 1957, lui échappa au profit de Gaston Nencini, pour dix-sept secondes. Sa fin de carrière fut précipitée par un accident d’automobile. Sa reconversion dans la thalassothérapie fut aussi éclatante : le champion exemplaire devint un homme d’affaires considéré.

Jacques Anquetil compte parmi ceux dont les exploits répétés ont donné au cyclisme ses lettres de noblesse, et les spécialistes unanimes le considèrent, avec Alfredo Binda, Fausto Coppi, Eddy Merckx, Bernard Hinault ou Miguel Indurain, comme l’un des très grands champions de l’histoire de ce sport.

Le cycliste français Jacques Anquetil (1934-1987) lors du Tour de France, en 1962. Il remporte la troisième de ses cinq victoires dans la Grande Boucle.

Le coureur cycliste belge Eddy Merckx pendant le Tour de France 1972, qu’il remporte pour la quatrième fois consécutivement. En 1974, il s’imposera une cinquième fois dans la Grande Boucle. Il est tenu pour le plus grand champion de l’histoire du cyclisme.

En 1986, le coureur cycliste français Bernard Hinault, cinq fois vainqueur du Tour de France, tire sa révérence. Alliant une forte personnalité à un indiscutable talent, il fut le patron du peloton durant près de dix ans.

En 1994, le coureur cycliste espagnol Miguel Indurain remporte le Tour de France pour la quatrième fois. En 1995, il deviendra membre du club très fermé des quintuples vainqueurs de la Grande Boucle.

Né le 8 janvier 1934 à Mont-Saint Aignan, le Normand Jacques Anquetil s’était révélé d’une manière fulgurante en 1953, à l’âge de dix-neuf ans, en améliorant d’entrée de jeu le record du Grand Prix des Nations contre la montre, détenu jusqu’alors par l’illustre Hugo Koblet. Il allait se produire sur les routes et les pistes jusqu’en 1969. Entre-temps, il s’était constitué un palmarès considérable où figurent, entre autres, le Grand Prix des Nations à neuf reprises (1953, 1954, 1955, 1956, 1957, 1958, 1961, 1965, 1966), le record du monde de l’heure (1956), le Tour de France (1957, 1961, 1962, 1963, 1964), le Tour d’Italie (1960, 1964), le Tour d’Espagne (1963), Gand-Wevelgem (1964), Liège-Bastogne-Liège (1966), Paris-Nice (1957, 1961, 1963, 1966), et la totalité des épreuves contre la montre de caractère international. Sa longue et brillante carrière fut longtemps marquée par la rivalité aiguë qui l’opposa à Raymond Poulidor dans les années 1960, et qui partagea la France en deux clans d’irréductibles : les « anquetiliens », d’une part, et les « poulidoristes », de l’autre. Coureur célèbre, mais très réservé dans ses élans envers le public, Anquetil ne devint très populaire qu’en 1965, après avoir gagné Bordeaux-Paris au lendemain de sa victoire dans un Critérium du Dauphiné libéré rendu extrêmement difficile par la conjonction du parcours très montagneux et des intempéries quotidiennes.

Raymond Poulidor et Jacques Anquetil

Le 15 juillet 1964, à l’arrivée du Tour de France, au vélodrome du Parc des Princes, Jacques Anquetil (à droite) et Raymond Poulidor (à gauche) ont chacun reçu un bouquet, et le public, par ses acclamations, unit les deux champions. Cette édition de la Grande Boucle fut pourtant celle où la rivalité entre les deux hommes a atteint son paroxysme. Anquetil aurait dû perdre le Tour dans la montée du Puy de Dôme, mais Poulidor n’a pas su le gagner. Le Normand remporte l’épreuve pour la cinquième... De ce jour, « Maître Jacques » devint le champion bien-aimé des foules, qui lui étaient reconnaissantes d’avoir renoué avec l’épopée des temps héroïques du cyclisme. Le jour de la retraite venu, les médias lui offrirent la possibilité de nombreuses collaborations (L’Équipe, Europe 1, Antenne 2). De son côté, la Fédération française de cyclisme le désigna pour occuper le poste de directeur technique à la tête de l’équipe nationale pour les championnats du monde.

L’histoire retiendra que le chemin parcouru par ce Normand issu de la terre a été jalonné d’exploits. Sa forte personnalité débordait du cadre des chroniques habituelles. Chez les gens de sport, il apparaissait comme une sorte de phénomène, car il parvenait à obtenir des résultats fantastiques, en défendant son indépendance, et sans jamais céder d’un pouce quant à ses habitudes. Le contraste que l’on relevait entre son apparente fragilité physique et sa résistance dans la compétition accréditait encore davantage cette idée de phénomène. Avec son cœur énorme, sa capacité pulmonaire hors du commun et l’extraordinaire souplesse de sa musculature, Jacques Anquetil, était fait pour atteindre aux plus hauts rendements athlétiques. Sur le plan mental, il était l’adversaire des opérations hasardeuses, mais son orgueil l’amena parfois à relever des défis insensés, à vélo et dans sa vie privée. Sa nature le conduisait à sacrifier la « glorieuse incertitude du sport » aux impératifs d’un plan rigoureux établi en fonction de ses besoins matériels. À cet égard, on notera qu’il a souvent réalisé ses grandes performances au lendemain d’un revers.

Parce qu’il tendait à vivre le plus possible, et le plus souvent possible, comme « monsieur tout-le-monde », allait naître la légende d’un Anquetil désinvolte, un peu trop porté sur la fête. En fait, peu de coureurs auront coulé des jours aussi « bourgeois », et rares sont ceux qui auront bénéficié d’une vie aussi bien ordonnée. La différence avec les autres coureurs venait seulement de ce qu’il ne vivait pas tout à fait aux mêmes heures : « Si j’avais dû vivre comme dans un monastère, me surveillant sans cesse et me privant de la plupart des plaisirs proposés par la vie, ma carrière s’en serait ressentie, disait-il. Je l’aurais volontairement écourtée tant m’auraient pesé ses contraintes. » Et Jean Bobet ajoutait : « Avec lui c’est très simple. Vous faites le portrait du coureur cycliste tel qu’il devrait être, soigneux, méticuleux, sérieux, vous effacez tout et vous dites : Jacques Anquetil, c’est tout le contraire. « À vrai dire, il est toujours le contraire de quelqu’un ou de quelque chose. » Le portrait était on ne peut plus exact.

Coureur cycliste français né le 15 avril 1936 à Masbaraud-Mérignat (Creuse). Raymond Poulidor , fils de métayers alors installés dans la Creuse avant de gagner Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne), reçut le surnom d’« éternel second », bien qu’il comptât à son palmarès des victoires dans le Tour d’Espagne, Milan-San Remo, la Flèche wallonne ou Paris-Nice... Sa rivalité avec Jacques Anquetil divisa la France dans les années 1960, lui valant une grande popularité et l’affectueux surnom de « Poupou ». Par la suite, ses ambitions furent contrariées par Eddy Merckx et sa carrière s’acheva, en 1977, sans qu’il eut, ne serait-ce qu’une journée, porté le maillot jaune lors de la Grande Boucle.

Raymond Poulidor est engagé par Antonin Magne pour le compte des cycles Mercier en 1960. Il se fait connaître le 19 mars 1961 en enlevant Milan-San Remo. La même année, il est champion de France sur route. En 1962, Raymond Poulidor fait ses débuts sur le Tour de France... la main dans le plâtre, car il s’est fracturé l’auriculaire. Il réalise son premier exploit, en s’illustrant dans les cols de la Chartreuse et en s’imposant à Aix-les-Bains avec 3 minutes d’avance sur ses premiers poursuivants. Troisième à Paris, tous les espoirs lui semblent permis.

En 1964, Raymond Poulidor remporte le Tour d’Espagne (la Vuelta), le Critérium national, et se pose en concurrent direct de Jacques Anquetil dans le Tour de France. Lors de la quatorzième étape (Andorre-Toulouse), Raymond Poulidor est victime de la malchance : Jacques Anquetil se trouve distancé dans le col d’Envalira, qu’il franchit avec 4 minutes de retard ; le Tour semble avoir basculé. Mais « Maître Jacques », après une descente à tombeau ouvert, revient et, à 25 kilomètres de l’arrivée, Poulidor chute, concédant 2 minutes.

Le 12 juillet, le duel atteint son paroxysme. Sur les pentes du Puy de Dôme, alors que les Espagnols Julio Jimenez et Federico Bahamontes ont pris les devants, le Normand et le Limousin se trouvent côte à côte, épaule contre épaule ; Anquetil est en difficulté, mais se porte souvent à la hauteur de Poulidor pour lui cacher son désarroi ; ce n’est qu’à 1 500 mètres du sommet que Poulidor passe à l’offensive ; mètre après mètre, Jacques Anquetil cède du terrain, mais Poulidor est parti trop tard. Au sommet, le Normand conserve son maillot jaune pour 11 secondes.

Lors de l’ultime étape contre la montre, entre Versailles et Paris, Poulidor connaît une nouvelle désillusion : des suiveurs mal informés lui annoncent qu’il a gagné ; il n’en est rien. Jacques Anquetil remporte son cinquième Tour de France, Poulidor est deuxième, à 55 secondes.

En 1965, Anquetil absent, le Tour semble promis à Poulidor. Mais le Limousin se fait piéger par un nouveau venu, le jeune Italien Felice Gimondi, qui s’est glissé dans des échappées de début d’épreuve et va faire montre d’une belle autorité pour ramener le maillot jaune à Paris.

En 1966, les relations entre les deux champions qui divisent la France en « Anquetiliens » et « Poulidoristes » sont tendues à l’extrême. Dans Paris-Nice, en mars, Anquetil, devancé par Poulidor lors du contre-la-montre, renverse la situation au cours de la dernière étape. Raymond Poulidor gagne le Critérium du Dauphiné libéré. Lors du Tour de France, le duo se saborde dans les Pyrénées, en concédant plus de 7 minutes aux autres protagonistes. En fait, Anquetil n’est pas au mieux de sa forme il abandonnera à Saint-Étienne, mais il a entraîné Poulidor dans sa perte, favorisant la victoire de son équipier Lucien Aimar. Poulidor n’est que troisième.

En 1967, le Tour en revient à la formule des équipes nationales. Leader de l’équipe de France, Raymond Poulidor est distancé dans le ballon d’Alsace : 11 minutes, et des illusions perdues. Il se met dès lors au service de Roger Pingeon, qui remporte la Grande Boucle.

En 1968, la stratégie de l’équipe de France semble enfin en mesure d’offrir la victoire à Raymond Poulidor. Au sortir des Pyrénées, Poulidor se trouve en bonne place au classement. Mais les circonstances vont encore lui être contraires : le 14 juillet, il est renversé par un motard et doit abandonner deux jours plus tard. Sa dernière chance de victoire semble s’être envolée car, dès l’année suivante, Eddy Merckx sera au départ du Tour.

De fait, en 1969, Eddy Merckx participe à son premier Tour de France. Celui qui va devenir le redoutable « Cannibale » écrase ses adversaires. Si Raymond Poulidor, qui a enlevé cette année-là le Critérium du Dauphiné libéré, se montre l’un des plus valeureux, il concède plus de 22 minutes au Belge malgré sa troisième place. Raymond Poulidor semble connaître une seconde jeunesse en 1972. À la surprise générale, il domine Eddy Merckx dans Paris-Nice. Il se classe encore troisième du Tour, derrière Eddy Merckx et Felice Gimondi. En 1973, le Limousin remporte de nouveau Paris-Nice, devant Joop Zoetemelk et Eddy Merckx, le Grand Prix du Midi libre, mais se voit contraint à l’abandon dans le Tour à la suite d’une chute spectaculaire dans la descente du col de Portet-d’Aspet.

Malgré ses trente-huit ans, Raymond Poulidor est toujours présent dans le peloton en 1974. Il se classe deuxième du Tour, derrière Merckx, et deuxième du Championnat du monde sur route, où il est à nouveau battu par l’inévitable Merckx. À quarante ans, Raymond Poulidor trouve l’énergie, en 1976, de prendre la troisième place de la Grande Boucle, derrière Lucien Van Impe et Joop Zoetemelk. Le 2 octobre 1977, à l’issue du Grand Prix des nations, Raymond Poulidor met un terme à sa carrière.

Gino Bartali.

Le 22 juillet 1938, lors de la quatorzième étape du Tour de France, entre Digne et Briançon, l’Italien Gino Bartali attaque dans le col de Vars (photo). Il franchira également l’Izoard en première position et gagnera l’étape, revêtant à cette occasion le maillot jaune, qu’il conservera jusqu’à...1948.

Né le 18 juillet 1914, ancien apprenti mécanicien devenu cycliste professionnel, Gino Bartali a remporté deux Tours de France (1938, 1948), trois Tours d’Italie (1936, 1937, 1946), quatre Milan-San Remo (1939, 1940, 1947, 1950) et trois Tours de Lombardie (1936, 1939, 1940). Catholique profondément croyant, surnommé « Gino le Pieux », Bartali appartient aux temps épiques du cyclisme. Jeune prodige des années 1930 dans une Italie nationaliste et fasciste, vieux et sage champion des années d’après guerre confronté à Fausto Coppi, son génial rival, il arrêtera la compétition cycliste en 1954, à l’âge de quarante ans. Sa carrière sportive avait été interrompue par la Seconde Guerre mondiale : refusant de devenir ambassadeur du fascisme, il avait choisi de se retirer dans la cité vaticane dès 1941.

Revoyons quelques hauts faits de cette carrière, que la presse et les écrivains de l’époque transformèrent en légende dorée. Lors du Tour de France 1938, le jeune maillot jaune Gino Bartali fascine public et journalistes. « Ce qui frappe le plus en Bartali, c’est son air étrangement lointain. Tout dans ce pieux rêveur, dans son visage plein de gravité, dans son allure un peu nonchalante, dans le son de sa voix grave, indique une nature douce et mélancolique », écrit Raymond Huttier dans Le Miroir des sports. À quoi Gaston Bénac ajoute : « Devenu mystique après la mort de son jeune frère tué en course, Bartali aime l’effort répété. Il agit par démarrages successifs, puis il souffle et repart. Il bondit grâce à de formidables coups de reins. »

Vient le Tour de France 1948. Cette fois, la guerre est passée, l’âge est venu. Le grand Bartali, en maître accompli, impose sa loi et gagne sept étapes, dont les dantesques étapes alpestres : Cannes-Briançon et Briançon-Aix-les-Bains. « D’un enfer de neige, d’eau, de glace, Bartali surgit radieusement, archange encroûté de boue, portant sous sa tunique détrempée l’âme précieuse du champion d’exception », écrit Jacques Goddet dans L’Équipe.

Dans les années d’après guerre, en lutte contre Fausto Coppi, son cadet de cinq ans, Gino Bartali va se transformer en romantique héros sportif. Le duel Coppi-Bartali demeure un haut fait de la légende cycliste. Il marque aussi le conflit de deux tempéraments et de deux styles : le jeune Fausto, élégant, surdoué, face au vieux Gino, pieux et besogneux. Véritable rivalité éthique entre deux fils de paysans qui ont connu la misère. Dans Sport Digest (1953), Curzio Malaparte va donner à cet affrontement sa dimension métaphysique : « Bartali est un homme dans le sens ancien, classique, métaphysique aussi, du mot. C’est un ascète qui méprise et oublie à tout instant son corps, un mystique qui ne croit qu’à son esprit et au Saint-Esprit. Fausto Coppi, au contraire, est un mécanicien. Il ne croit qu’au moteur qu’on lui a confié, c’est-à-dire à son corps. Du départ à l’arrivée, du commencement à la fin de la course, il ne cesse un seul instant de surveiller ce moteur précis, délicat et formidable qu’est son corps à lui. »

En 1949, dans le Tour d’Italie et le Tour de France, le destin bascule. Le vieux Gino Bartali (trente-cinq ans) se défend magnifiquement, mais Fausto Coppi est le plus fort. Cette fois, c’est l’écrivain Dino Buzzati, journaliste au Corriere della sera, qui évoque le passage du destin : « Il pédalait, il pédalait comme s’il s’était senti talonné par une terrible bête, comme s’il avait su qu’en se laissant rejoindre tout espoir eût été perdu. Ce n’était que le temps, le temps irréparable, qui lui courait après. Et c’était un grand spectacle que cet homme seul, dans cette gorge sauvage, en train de lutter désespérément contre les ans. [...] C’est un vaincu, Bartali, aujourd’hui. Pour la première fois. Voilà qui nous remplit d’amertume, car cela nous rappelle intensément notre sort commun à tous. »

 Du Tour de France 1952, retenons deux ultimes photos. Sur la première, Coppi et Bartali, en plein effort, se passent un bidon lors de l’ascension de l’Izoard. Sur la seconde, Bartali, devenu vassal, donne sa roue à Coppi, maillot jaune qui vient de subir une crevaison. Le « Vieux Lion » de trente-huit ans, orgueilleux et rebelle, accepte enfin la domination de son jeune équipier et rival. La mort dans l’âme.

Fausto Coppi, le campionissimo, 1952.

Tenu par de nombreux observateurs pour le plus talentueux champion de l’histoire du cyclisme, Fausto Coppi, en raison de sa personnalité et de sa rivalité avec Gino Bartali, a divisé l’Italie. Ses supporters admiraient son panache, ses détracteurs lui reprochaient ses amours avec la mystérieuse Dame blanche, difficiles à admettre pour la pieuse Italie de l’après-guerre.

En 1940, Fausto Coppi remporte son premier Tour d’Italie. Le campionissimo s’imposera de nouveau dans le Giro en 1947, 1949, 1952 et 1953. En 1942, il bat le record de l’heure détenu par Maurice Achambaud, en couvrant 45,848 km ; cette performance ne sera améliorée qu’en 1956, par Jacques Anquetil. En 1949, Fausto Coppi remporte, devant Gino Bartali, un Tour de France au cours duquel le sélectionneur italien Alfredo Binda a réussi à imposer une « paix armée » aux deux campionissimi. Cette année-là, Coppi devient donc le premier à réaliser le doublé Giro-Tour. Il rééditera cet exploit en 1952, laissant le deuxième du Tour, Constant Ockers, à 28 min 17 s. Couronné champion du monde sur route en 1953 (devant Germain De Rijcke), Fausto Coppi compte également à son prestigieux palmarès deux titres de champion du monde de poursuite, trois victoires dans Milan-San Remo et une dans Paris-Roubaix.

Parti disputer un critérium à Ouagadougou, en compagnie de Raphaël Geminiani, Fausto Coppi contracte la malaria. Le 2 janvier 1960, il s’éteint des suites de la maladie. Le 4 janvier, une foule immense accompagne le cercueil. La Dame blanche se trouvait-elle parmi ces anonymes ?

Bernard Hinault. « Le Blaireau »

En 1986, le coureur cycliste français Bernard Hinault, cinq fois vainqueur du Tour de France, tire sa révérence. Alliant une forte personnalité à un indiscutable talent, il fut le patron du peloton durant près de dix ans.

Originaire d’Yffiniac (Côtes-d’Armor), Bernard Hinault impose, durant dix ans, sa farouche volonté et sa forte personnalité au peloton cycliste. Dès 1978, pour sa première participation, il remporte le Tour de France. Il renouvelle son succès en 1979 mais, blessé, doit abandonner et laisser la victoire à Joop Zoetemelk en 1980. Cette année-là, il devient, comme il l’avait annoncé, champion du monde à Sallanches. Ne mâchant pas ses mots, il a toujours déclaré que Paris-Roubaix était une course-loterie indigne du calendrier : pour faire taire ses détracteurs, il s’aligne au départ en 1981 et s’impose, dominant les spécialistes des pavés du Nord, Roger De Vlaeminck et Fransesco Moser.

Remportant de nouveau le Tour de France en 1981 et 1982, il ne peut participer à l’édition 1983, qui voit la victoire de Laurent Fignon, son coéquipier au sein de la formation de Cyrille Guimard. En 1984, il rejoint l’équipe montée par Bernard Tapie, mais s’incline dans la Grande Boucle, devancé par Laurent Fignon. En 1985, aidé par son coéquipier Greg LeMond, il triomphe une cinquième fois dans le Tour. L’année suivante, il contribue - de plus ou moins bonne grâce - à la première des trois victoires de l’Américain dans le Tour de France. Bernard Hinault avait déclaré de longue date qu’il mettrait un terme à sa carrière à la fin de 1986. Comme d’habitude, il tient parole et quitte définitivement le peloton le 14 novembre 1986. À son palmarès figurent également, entre autres, trois Tours d’Italie (1980, 1982, 1985) et deux Tours d’Espagne (1978 et 1983).

 « Dans le vélo, on ne dit pas dopage, on se prépare à une course » (Richard Virenque, 24 octobre 2000). « J’ai la profonde conviction qu’il existe un petit groupe de tricheurs invétérés, un groupe beaucoup plus important qui se sent obligé d’en faire autant pour ne pas se laisser dépasser, d’autres qui se bourrent de médicaments autorisés et, enfin, très peu qui ne prennent rien » (Hein Verbruggen, président de l’Union cycliste internationale, 31 octobre 2000). Ces deux phrases prononcées devant le tribunal correctionnel de Lille à l’occasion du procès Festina illustrent la situation critique dans laquelle se trouve le cyclisme professionnel à l’aube du XXIe siècle. Ce sport connaît là sans doute sa crise majeure. Sans se voiler la face, doit-on cependant jeter l’anathème sur toute l’histoire du cyclisme et assimiler l’épopée des « géants de la route » à une pharmacopée en éternelle évolution ?

 Malgré les turbulences, le cyclisme demeure l’une des disciplines les plus prisées du public. Le Tour de France reste la manifestation sportive mondiale annuelle la plus suivie. Comment ne pas rappeler la farouche détermination d’Henri Desgrange pour imposer « son » Tour de France, ne pas évoquer la destinée de Fausto Coppi, le campionissimo, ou ne pas revenir sur les exploits d’Eddy Merckx, le « Cannibale » ?

Si les épreuves sur route, les grands Tours comme les classiques, forment l’essentiel du calendrier, le cyclisme sur piste, qui eut son heure de gloire durant l’entre-deux-guerres et l’immédiat après-guerre avec les courses de Six Jours, connaît un renouveau certain qui se manifeste notamment tous les quatre ans à l’occasion des jeux Olympiques. Et quoi de commun entre l’antique draisienne et les machines ultrasophistiquées d’aujourd’hui, fabriquées avec les matériaux composites les plus modernes ?

Les origines

On ne peut pas encore parler de cyclisme, ni même de vélo, lorsque Karl Drais von Sauerbronn (1785-1851), directeur des Eaux et Forêts du grand-duché de Bade, invente en 1817 un engin muni de deux roues et qui permet de se mouvoir, la draisienne. Il s’agit pourtant de l’ancêtre de la bicyclette.

En mars 1861, Pierre Michaud imagine de placer des repose-pieds de part et d’autre du moyeu de la roue avant pour permettre de faire tourner celle-ci. Il s’agit des premières « pédales ». Le vélocipède est né et va connaître un succès grandissant. À l’origine, moyen de transport, il devient rapidement l’instrument de compétitions sportives. La première course dont on trouve une mention officielle avérée se déroule le 31 mai 1868 dans le parc de Saint-Cloud, sur une distance de 1 200 ou 2 400 mètres selon les sources. Le vainqueur en fut le Britannique James Moore. Puis les choses s’accélèrent. Le 7 novembre 1869 a lieu la première course de ville à ville : Paris Rouen, remportée à nouveau par James Moore, qui a couvert les 123 kilomètres en 10 h 25 min sur une machine de 25 kilogrammes.

L’industrie du cycle se développe. Des journaux spécialisés (Le Vélocipède illustré, 1869) naissent. On propose des innovations technologiques : le grand-bi (roue avant d’un diamètre nettement supérieur à celui de la roue arrière) apparaît en 1875. Jusqu’en 1889, année de la dernière victoire de Charles Terront lors du Championnat de France sur une machine de ce type, les adeptes du grand-bi tiendront le haut du pavé, avant que cet engin ne s’efface devant la bicyclette de sûreté : roues égales de petite dimension, entraînement par chaîne (la chaîne a été inventée en 1878 par André Guilmet).

Dès lors, le sport cycliste connaît un engouement qui ne se démentira plus, et dont témoignent déjà des publications telles que Le Sport vélocipédique (1880), Le Véloce-Sport (1885), La Nouvelle Revue du sport vélocipédique (1886). C’est ainsi grâce au soutien du Véloce-Sport que Le Véloce-Club bordelais organise Bordeaux-Paris le 23 mai 1891 : le Britannique George Pilkinton Mills remporte l’épreuve après avoir parcouru les 572 kilomètres en 26 h 34 min 57 s. Toujours en 1891, Pierre Giffard, rédacteur en chef du Petit Journal, a l’idée d’une épreuve plus difficile encore : Paris-Brest-Paris ; Charles Terront s’impose en ayant couvert les 1 200 kilomètres à plus de 16 km/h de moyenne. Différentes courses, qui deviendront des « classiques », voient le jour : Liège-Bastogne-Liège (1892) ; Paris-Bruxelles (1893) ; Paris-Roubaix et Paris-Tours (1896).

En 1892 était né le premier journal uniquement consacré au sport, Le Vélo, dirigé par Pierre Giffard. Le 16 octobre 1900, un concurrent apparaît : L’Auto-Vélo, dont la direction est confiée à Henri Desgrange. La rivalité entre les deux publications va influer sur la destinée du cyclisme. L’Auto-Vélo doit transformer son nom en L’Auto à l’issue d’un procès intenté par Pierre Giffard. En 1903, sur une idée de Georges Lefèvre, Henri Desgrange propose l’organisation d’un Tour de France cycliste. Le cyclisme entre dans une nouvelle époque.

Le Tour de France cycliste, 1903.

Des millions de spectateurs au bord des routes chaque mois de juillet, plusieurs heures de retransmission télévisée quotidienne, un budget de 180 millions de francs, une caravane publicitaire de deux cent cinquante véhicules représentant quarante marques : le Tour de France est l’épreuve sportive annuelle la plus populaire et la plus suivie. Il est aussi la vitrine du cyclisme, pour le meilleur si l’on songe à l’épopée des « géants de la route » - naguère magnifiée par Antoine Blondin -, pour le pire quand le dopage arrive sur le devant de la scène et devient l’acteur principal de la Grande Boucle. L’épreuve est organisée par la Société du Tour de France, filiale du groupe de presse Amaury, et propose plus de 15 millions de francs de prix pour les participants (dont 2,2 millions pour le vainqueur).

Les Temps héroïques

L’histoire du Tour de France est, dès l’origine, liée à la vie des médias. C’est en effet pour concurrencer son rival Le Vélo qu’Henri Desgrange, directeur de L’Auto, propose en 1903 l’organisation d’un Tour de France cycliste, sur une idée de son collaborateur Georges Lefèvre. Soixante concurrents participent à cette première édition, qui voit la victoire de Maurice Garin, et rencontre d’emblée un réel succès auprès du public.

C’est en 1903, à l’initiative d’Henri Desgrange, qu’est lancée l’idée d’un tour de France cycliste. Bientôt, il va bâtir sa légende, liée aux exploits de champions mythiques. Aujourd’hui en voie de mondialisation depuis l’abandon définitif des équipes nationales en 1969, entaché par le dopage, le Tour de France suscite-t-il la même passion ? Ici, l’arrivée du premier Tour de France, en 1903, avec le vainqueur, Maurice Garin. La popularité de l’épreuve est telle que le Tour manque disparaître dès 1904 : des spectateurs agressent les coureurs, le flou règne sur la course, les quatre premiers seront disqualifiés par l’Union vélocipédique de France, au grand dam de Desgrange. Dès lors, Henri Desgrange va régner en maître sur « son » Tour et en faire le sommet de la saison sportive. En 1905, la montagne (le ballon d’Alsace) figure au parcours ; en 1906, le Tour fait étape à l’étranger (Metz, alors en Allemagne). Les années suivantes sont marquées par la rivalité entre les groupes sportifs Alcyon et La Française. À partir de 1909, les concurrents sont répartis en deux catégories : groupés et isolés, une situation qui durera jusqu’en 1914.

Les forçats de la route

Après l’interruption due à la Première Guerre mondiale, le Tour de France reprend dès 1919. La quasi-totalité des coureurs avaient été réunis au sein du consortium La Sportive, à l’exception notable des frères Pélissier. Bien que la course fût strictement individuelle, les représentants de La Sportive n’hésitaient pas à se relayer, ce qui provoqua l’abandon des frères Pélissier. Le consortium La Sportive disparaît en 1922, Henri Pélissier remporte le Tour en 1923. Mais l’affrontement entre Henri Desgrange et les frères Pélissier va connaître un nouvel épisode en 1924 : pour protester contre l’autoritarisme de Desgrange, les frères Pélissier abandonnent le Tour. Albert Londres relate l’épisode dans Le Petit Parisien, dans un article titré « Les Forçats de la route ». Déjà, dans les lignes rédigées par le grand reporter, on peut lire les mots fioles, pilules, cocaïne, chloroforme...

Si les victoires de l’Italien Ottavio Bottecchia en 1924 et 1925 ne souffrent pas la contestation, le Tour s’essouffle. Desgrange institue en 1926 les étapes contre la montre (il y en aura 15 en 1928), et il devient impossible de prétendre à la victoire si l’on n’appartient pas à la puissante équipe Alcyon. La popularité du Tour décroît. En 1929, la victoire du Belge Maurice Dewaele, à l’issue d’une édition terne et marquée par les ententes illicites entre coureurs, achève de convaincre Henri Desgrange que la formule doit être modifiée.

Le succès des équipes nationales

Pour redonner de l’intérêt au Tour, Henri Desgrange a l’idée de créer les équipes nationales. Néanmoins, pour l’édition de 1930, ce ne sont pas les fédérations qui composent les équipes, mais l’organisateur. Et Desgrange prononce cette phrase ambiguë : « La course restera individuelle, mais l’esprit d’équipe sera toléré. » Cette année 1930 voit aussi l’arrivée sur la Grande Boucle de ce que l’on ne nomme pas encore la caravane publicitaire et qui deviendra un élément indissociable de la vie du Tour par la suite : l’initiative en revient à Paul Thévenin, chef de la publicité du Chocolat Menier, qui offre 5 000 francs de prime au premier coureur franchissant chaque col. La victoire d’André Leducq doit beaucoup à la mise en place des équipes nationales : victime d’une chute dans le Galibier, jamais il n’aurait pu revenir sur l’Italien Learco Guerra sans l’aide de ses coéquipiers de l’équipe de France. Ces péripéties avaient, pour la première fois, été relayées par les reportages de Jacques Antoine diffusés par la T.S.F. Une course plus claire, des spectateurs heureux de manifester leur sentiment national : le Tour connaît dès lors un succès grandissant. La légende des « géants de la route » peut commencer. Le sacrifice de René Vietto lors du Tour 1934, remontant en sens inverse le Portet-d’Aspet pour offrir sa roue afin de dépanner son leader, Antonin Magne, émeut les foules. Tristan Bernard tient une rubrique quotidienne diffusée sur les ondes de la T.S.F.

André Leducq et Antonin Magne

C’est en se tenant par l’épaule que les Français André Leducq et Antonin Magne, arrivent au Parc des Princes le 31 juillet 1938, classés premiers ex aequo de cette dernière étape du Tour de France. Mais, entre sentiment national et chauvinisme, la marge est étroite : En 1937, toute l’équipe belge abandonne à Bordeaux pour protester contre l’attitude du public ; en 1938, Mussolini impose à Gino Bartali de renoncer au Giro pour qu’il se présente au départ du Tour, qu’il va remporter, afin de donner à l’étranger une image forte de la grande Italie. Le 22 juillet 1938, lors de la quatorzième étape du Tour de France, entre Digne et Briançon, l’Italien Gino Bartali attaque dans le col de Vars. Il franchira également l’Izoard en première position et gagnera l’étape, revêtant à cette occasion le maillot jaune, qu’il conservera jusqu’à...la reprise du tour. Ce dernier, a du être arrêter à cause du second conflit mondial.

La reprise du Tour de France, en 1947, après une interruption de sept ans, provoque un réel engouement, et aussi une sorte de soulagement : que l’on puisse de nouveau organiser une épreuve de cette importance montre que les affres de la guerre s’estompent peu à peu et que la reconstruction est en marche. Desgrange est mort en 1940. L’Auto a été interdit, comme tous les journaux qui ont paru durant l’Occupation. L’Équipe lui a succédé. Ce premier Tour de l’après-guerre est organisé conjointement par la Société du Parc des Princes, contrôlée par L’Équipe, et Le Parisien libéré ; le patron de L’Équipe, Jacques Goddet dirige les opérations, secondé par Félix Lévitan. La victoire du populaire Breton Jean Robic ravit les foules.

Les champions deviennent des idoles. Chez les Italiens, la rivalité entre Gino Bartali et Fausto Coppi bat son plein. Il faudra, en 1949, toute l’autorité d’Alfredo Binda pour que les deux campionissimi acceptent de collaborer ; le succès de Coppi couronne les efforts du patron de la « Squadra ». En 1951, Hugo Koblet remporte l’épreuve en réalisant un authentique exploit : entre Brive et Agen, il tient tête 135 kilomètres durant au peloton lancé à ses trousses. En 1952, la supériorité de Coppi est telle que l’organisation décide de doubler le prix accordé au deuxième pour que la course conserve de l’intérêt. La légende du campionissimo se met en place, d’autant que, pour la première fois, des images du Tour ont été retransmises par la télévision. Dans le même temps, les organisateurs ont fait appel à des soutiens extrasportifs pour financer les différents prix : la Laine Sofil offre chaque jour 10 000 francs au porteur du maillot jaune ; Martini dote le classement par équipes ; La Vittelloise attribue 400 000 francs au lauréat du Grand Prix de la montagne (créé en 1933).

Vainqueur du Tour en 1953, 1954 et 1955, Louison Bobet devient le sportif français le plus populaire, une nouvelle idole. Mais d’autres problèmes apparaissent : aucun Italien n’est inscrit au départ du Tour 1954 en raison des divergences entre les marques Nivea, représentée par Fiorenzo Magni, et Chianti, soutenant Gino Bartali, d’autant que la participation de coureurs porteurs d’un maillot arborant un sigle étranger à l’industrie du cycle demeure interdite et que les cycles Bianchi et Legnano se trouvent en difficulté financière. En 1955, Jean Mallejac s’écroule, inanimé, lors de l’ascension du mont Ventoux ; il est sauvé, mais on évoque le dopage.

Louison Bobet et Raphaël Geminiani absents en 1957, l’équipe de France est construite autour d’un nouveau venu, Jacques Anquetil Pour sa première participation, le Normand remporte le Tour. Il va marquer l’épreuve de son empreinte des années durant, et sera le premier champion à se forger un palmarès essentiellement lors des courses par étapes, délaissant quelque peu les classiques. Victime d’une broncho-pneumonie en 1958, Jacques Anquetil ne peut rivaliser avec le Luxembourgeois Charly Gaul. En 1959, il préfère favoriser la victoire de l’Espagnol Federico Bahamontes plutôt que voir son compatriote Henry Anglade, membre de la formation Centre-Midi, s’imposer. En 1961, il exige d’être le leader unique de l’équipe de France, ce qui provoque la non-sélection de Raymond Poulidor. La deuxième victoire d’Anquetil sera la dernière sous le maillot tricolore.

L’Espagnol Federico Bahamontes et le Luxembourgeois Charly Gaul , deux des meilleurs grimpeurs de l’histoire du cyclisme, lors du Tour de France 1959. Vainqueur en 1958, Charly Gaul connaîtra une défaillance lors de la treizième étape (Albi-Aurillac) et ne sera pas en mesure de...l’emporter.

En 1962, la formule des équipes nationales mise en place par Henri Desgrange en 1930 est abandonnée, sous la pression des groupes extrasportifs. Anquetil prend donc le départ du Tour sous le maillot Saint-Raphaël, Poulidor sous les couleurs de Mercier-B.P., Gaul court pour Gazzola, Bahamontes pour Margnat-Paloma et le Belge Rik Van Looy pour Faema-Flandria. Anquetil n’en reste pas moins le maître, même si, en 1964, Raymond Poulidorlui conteste fermement sa cinquième victoire, notamment lors d’un affrontement resté célèbre sur les pentes du Puy de Dôme. En 1966, Jacques Anquetil reviendra une dernière fois sur le Tour, pour favoriser la victoire de son coéquipier de chez Ford-France-Gitane Lucien Aimar, aux dépens de Raymond Poulidor. 1966 est aussi l’année du premier contrôle antidopage sur le Tour de France, qui déclenche une grève des coureurs. Grève de bien mauvais aloi puisque, le 13 juillet 1967, le Britannique Tom Simpson trouve la mort sur les pentes du mont Ventoux, victime d’une défaillance due au dopage.

Pour le Tour de France comme pour le cyclisme, l’ère d’Eddy Merckx commence . En 1969, lors de sa première participation à la Grande Boucle, le Belge, qui a déjà course gagnée, se permet, entre Luchon et Mourenx, un exploit qui va marquer toute une génération de champions : il attaque au sommet du Tourmalet et, à l’issue d’une échappée solitaire de 130 kilomètres, rallie l’arrivée 7 minutes avant ses poursuivants. Il remporte bien sûr le Tour, mais aussi le classement par points, le Grand Prix de la montagne et, avec ses coéquipiers de la formation Faema, le classement par équipes. Mis à part l’Espagnol Luis Ocaña en 1971, dont l’épopée sera brisée par une chute dans la descente du col de Mente, ses concurrents vont se contenter de lutter pour la place de dauphin.

Le coureur cycliste belge Eddy Merckx pendant le Tour de France 1972, qu’il remporte pour la quatrième fois consécutivement. En 1974, il s’imposera une cinquième fois dans la Grande Boucle. Il est tenu pour le plus grand champion de l’histoire du cyclisme. Battu par le Français Bernard Thévenet en 1975, Eddy Merckx fait ses adieux au Tour de France en 1977. Le « Cannibale » a remporté cinq Tours de France. Deux fois lauréat du classement par points comme du classement du meilleur grimpeur, il s’est imposé dans trente-quatre étapes et a porté le maillot jaune durant quatre-vingt-seize jours

L’arrivée de Bernard Hinault

Comme Jacques Anquetil et Eddy Merckx, Bernard Hinault va remporter cinq fois le Tour de France. Dès 1978, le Breton se montre le « patron » du peloton : il se pose en leader des coureurs qui se mettent en grève à Valence-d’Agen pour protester contre la profusion des demi-étapes et les trop nombreux transferts, par train ou automobile, pour rallier les villes de départ, ce qui réduit leur temps de repos. Cette édition est aussi marquée par l’exclusion du Belge Michel Pollentier, qui a fraudé lors du contrôle antidopage à L’Alpe-d’Huez. De nouveau vainqueur en 1979, Bernard Hinault doit laisser la victoire au Néerlandais Joop Zoetemelk (par ailleurs six fois deuxième) en 1980 en raison d’une tendinite qui le contraint à l’abandon. Le « Blaireau » renoue avec la victoire en 1981 et en 1982. En 1983, Bernard Hinault, blessé, ne prend pas part au Tour. Laurent Fignon, son jeune coéquipier au sein de l’équipe Renault-Elf lui succède au palmarès. En 1984, Hinault a quitté Cyrille Guimard pour rejoindre l’équipe La Vie claire, montée par l’homme d’affaires Bernard Tapie. Mais, sur la Grande Boucle, il doit subir la loi de Laurent Fignon.

En 1986, le coureur cycliste français Bernard Hinault, cinq fois vainqueur du Tour de France, tire sa révérence. Alliant une forte personnalité à un indiscutable talent, il fut le patron du peloton durant près de dix ans.

La mondialisation du Tour de France.

En 1984, déjà, des coureurs venus d’horizons extra-européens, en l’occurrence les Colombiens et notamment Luis Herrera, s’étaient mis en évidence lors du Tour de France, dans la montagne. En 1985, l’Américain Greg LeMond rejoint Bernard Hinault au sein de la formation La Vie claire. Le sort du Tour est dès lors déterminé par Bernard Tapie : la victoire pour Hinault en 1985, pour LeMond en 1986. Pour Bernard Tapie, le Tour de France est une vitrine idéale pour la promotion de ses sociétés, grâce au relais de plus en plus important de la télévision. Sous son impulsion, les salaires versés aux champions ont augmenté d’une manière considérable. Il investira par la suite dans le football.

En 1987, Stephen Roche devient le premier Irlandais vainqueur du Tour. En 1989, Greg LeMond remporte la Grande Boucle pour 8 secondes aux dépens de Laurent Fignon, à l’issue d’une édition palpitante.

En 1989, le coureur cycliste américain Greg LeMond remporte la deuxième de ses trois victoires dans le Tour de France. Il fut, en 1986, premier non-Européen vainqueur de la Grande Boucle.

Laurent Fignon. Vainqueur du Tour de France en 1983 et 1984, le cycliste français Laurent Fignon laisse échapper un troisième succès dans la Grande Boucle pour 8 secondes en 1989, au cours d’une édition qu’il semblait pourtant dominer.

Le Tour écrase le cyclisme .

Greg LeMond, de nouveau vainqueur du Tour en 1990, avait essentiellement axé sa carrière sur le Tour de France. L’Espagnol Miguel Indurain, lui, va se consacrer uniquement au Tour de France. Mais il convient de noter que le Tour de France, du moins sur le plan médiatique, éclipse le reste de la saison cycliste. Pour une formation, la participation au Tour est vitale du point de vue économique. Les principaux protagonistes du Tour délaissent ainsi complètement les classiques ; une compétition aussi prestigieuse que le Tour d’Italie, le Giro, est désormais considérée par beaucoup comme une épreuve de préparation. Miguel Indurain va remporter cinq fois consécutivement le Tour de France. Mais, dans le panthéon du cyclisme, il n’a rejoint ni Anquetil, ni Merckx, ni Hinault.

Miguel Indurain

En 1994, le coureur cycliste espagnol Miguel Indurain remporte le Tour de France pour la quatrième fois. En 1995, il deviendra membre du club très fermé des quintuples vainqueurs de la Grande Boucle.

La victoire du Danois Bjarne Riis en 1996 semblait donner un nouveau souffle au Tour, qui sortait de cinq années de domination par Miguel Indurain. Mais n’a-t-on pas oublié qu’il n’était jusque-là qu’un valeureux équipier ? En 1997, le succès de Jan Ullrich a déchaîné les passions en Allemagne. La résistance du grimpeur français Richard Virenque a ému le public. Mais qui s’est étonné du spectacle des coureurs de l’équipe Festina escaladant jour après jour les cols à un rythme plus que soutenu ?

En 1998, le scandale éclate . Willy Voet, le soigneur de l’équipe Festina, intercepté par les Douanes françaises, est trouvé en possession de produits dopants. Bruno Roussel, le directeur sportif de la même formation, avoue que ses coureurs se dopent sous contrôle médical. L’équipe Festina est exclue du Tour par le directeur de la Société du Tour de France, Jean-Marie Leblanc. On salue néanmoins la victoire de l’Italien Marco Pantani, grimpeur plein de panache. Quelle valeur accorder rétrospectivement à ce succès, puisque Marco Pantani sera exclu du Giro en 1999 pour un taux hématocrite supérieur à 50% ?

Marco Pantani

En 1998, le coureur cycliste italien Marco Pantani remporte le Tour de France. Lors de cette édition marquée par l’affaire Festina et gangrenée par le dopage, son audace et son panache, mis au service de ses talents de grimpeur, semblaient avoir sauvé la Grande Boucle d’une mort annoncée. Pour certains, l’un des Tours de France les plus noirs de l’histoire s’était offert le plus magnifique des vainqueurs... En 1999, Marco Pantani, qui présentait un taux hématocrite, se verra exclu...

En 1999, l’Américain Lance Armstrong remporte le Tour. La victoire de ce champion victime d’un cancer en 1996 suscite évidemment la suspicion. En 2000, l’Américain réédite son succès, alors que Richard Virenque avoue s’être dopé lorsque s’ouvre le procès Festina. L’Américain remporte de nouveau le Tour en 2001.

Guéri d’un cancer diagnostiqué à la fin de 1996, l’Américain Lance Armstrong a réussi à reprendre le cyclisme deux ans plus tard. En 1999, il fait preuve de nouvelles qualités. Lors de ce quatre-vingt-sixième Tour de France, après avoir dominé les étapes montagneuses, il assoit encore un peu plus... son emprise sur le peloton du tour. Le Tour de France a surmonté bien des turbulences. Mais, malgré la volonté évidente de ses organisateurs de participer activement à la lutte contre le dopage, retrouvera-t-il sa crédibilité tant que ce fléau n’aura pas été éradiqué. ?

Le tour reprend le 2 Juillet 2005, et tous les espoirs sont acquis. Le dopage est en voix d’être irradié. ET………… Lance Armstrong est sur la ligne de départ.

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