Georges Cadoudal un Héroïque Royaliste.

Vendredi 26 août 2011 // L’Histoire

Lorsque, en 1800, l’échec absurde de la troisième chouannerie a conduit Georges Cadoudal à signer, le 14 février, le traité de paix de Beauregard, il pensait simplement à gagner du temps. Celui, nécessaire à obtenir l’appui anglais, des armes, et la venue d’un Prince. Ces conditions réunies, la quatrième chouannerie aurait éclaté, et triomphé peut-être, l’ouverture d’un front intérieur, alors que Bonaparte se trouvait en Italie, s’avérant fatal au pouvoir consulaire. Enlever le Premier consul Bonaparte afin de permettre la restauration de Louis XVIII. Tel, est le plan imaginé par Georges Cadoudal en 1803. La victoire de Marengo, le 14 juin, a mis un terme définitif à ce rêve la Grande-Bretagne, en effet, a préféré couper les crédits à Georges Cadoudal et le prier d’attendre un meilleur moment. Conscient que le recul britannique risquait d’être durable, Georges, incapable de renoncer au combat, a songé à changer de méthode.

L’apaisement religieux voulu par le Premier consul démobilisait la base populaire de la chouannerie lassée des éternelles dérobades des Princes, les gars étaient prêts à se contenter du rétablissement du catholicisme. Cadoudal savait que, très vite, il ne disposerait plus que d’une élite militante, fortement politisée et motivée, certes, mais qui n’aurait pas les moyens d’une action d’envergure. Mais avait-il encore besoin de beaucoup de soldats ? Les temps changeaient, la Révolution, de monstre protéiforme, s’incarnait, se réduisait à un seul homme. Que celui-là disparût, le chaos qui suivrait, menaçant de replonger la France dans la crise qui avait entraîné la chute du Directoire, pouvait suffire à amener le recours au Roi. Ainsi avait germé l’idée d’enlever Bonaparte et de le livrer aux Anglais. Malheureusement, les officiers que Georges avait envoyés à Paris tâter le terrain avaient pris des initiatives malencontreuses, et recouru à l’attentat à la voiture piégée. Le drame de la rue Saint-Nicaise avait porté un coup terrible à l’image de la chouannerie, et ancré Bonaparte dans la certitude que Cadoudal était un terroriste prêt à tout.

Ralliés et provocateurs

Au terme d’une traque impitoyable, Georges, qui voyait ses proches succomber un à un sous les coups du pouvoir, avait choisi, au printemps 1801, de passer en Angleterre. Il s’y était morfondu deux années pleines, avant que la rupture, au printemps 1803, de la paix d’Amiens, ne refît de lui un homme utile aux intérêts anglais. On avait réactivé le plan de 1800, non sans lui apporter quelques améliorations. Enlever Bonaparte ne suffisait pas, en effet, si rien n était prévu pour contrôler Paris et les administrations, et, les tenant sous contrôle, permettre à Louis XVIII de rentrer. Cette transition, les royalistes ne pouvaient pas l’assumer, le risque d’échec était trop grand, leur image trop mauvaise dans la capitale.

Le général Pichegru, qui avait été, vers 1797, la coqueluche des Parisiens, avant d’être « fructidorisé » et expédié au bagne de Sinnamary, d’où il s’était évadé, représentait la carte politique que Georges voulait jouer. Pichegru, crypto royaliste, assurerait l’intérim et rassurerait. Restait l’armée. Par convictions républicaines ou, plus prosaïquement, parce qu’ils enviaient Bonaparte, certains officiers supérieurs prêteraient probablement l’oreille aux propositions des Blancs, pourvu que cette collusion contre-nature servît à abattre l’ennemi commun. Dans ce rôle, Cadoudal voyait Victor Moreau, le vainqueur de Hohenlinden, et le seul rival militaire encore susceptible de faire de l’ombre au Premier consul. Pourquoi Moreau. ? Un peu par esprit de clocher, le général étant breton, lui aussi, de Morlaix. Un peu par sentimentalisme, parce que, en 1788, Georges, encore collégien, s’était enthousiasmé pour Moreau, alors étudiant, et ses prises de position en faveur des libertés bretonnes malmenées par les ordonnances Lamoignon.

Les officines de Fouché

Une autre raison s’avérait plus valable. Lajolais, un ami de Pichegru, avait approché Moreau, et prétendait que son ralliement au « coup essentiel » était acquis. Lajolais s’avançait beaucoup, en toute bonne foi. Les services secrets français, en effet, avaient déjà commencé une superbe opération d’intoxication de l’adversaire, destinée à perdre du même coup Moreau et Cadoudal. Bien qu’averti, Georges, s’il avait vu à peu près clair dans les manoeuvres des agents provocateurs expédiés à Londres, s’était laissé abuser en ce qui concernait Moreau. Ce détail-là, il avait envie d’y croire.

Au demeurant, sans Moreau, la partie n’était pas jouable ; il était le seul capable d’en imposer à l’armée. Confiant dans le ralliement de son compatriote, Georges, accompagné du premier échelon, soit sept hommes, avait débarqué le 23 août 1803 à Biville, en Pays de Caux. Le 1er septembre, empruntant une ligne de passeurs sécurisée, il était à Paris. Confiant, il lui restait à attendre les arrivées, prévues en décembre et janvier, des deuxième et troisième échelons, puis, quand tout serait prêt, à recevoir le Prince, sans doute le duc de Berry, au mois de février. Alors seulement, on passerait à l’action. On a cru longtemps que le coup essentiel s’était mis en place sans difficulté et que, sans la trahison d’un des affidés, le docteur Querelle, emprisonné et qui parla pour sauver sa peau, les conjurés auraient agi. Les recherches d’Olivier Blanc dans les archives de la police et des services de renseignements ont modifié, il y a quelques années, cette vision de l’histoire. Il se peut, en effet, que Cadoudal et ses amis n’aient eu à aucun moment le moindre espoir de réussite, ce pour la bonne raison qu’ils furent dès le début sous la surveillance du contre-espionnage et de certaines officines plus discrètes encore, travaillant au bénéfice de Fouché, l’ancien ministre de la Police décidé à récupérer son portefeuille.

Le fait que la dernière étape de la fameuse ligne empruntée par les conjurés entre la côte normande et Paris, celle-là même par laquelle devait arriver le Prince et partir Bonaparte enlevé, se fût située à Saint-Leu, sur la propriété de Madame de Bonneuil, ouvre des perspectives intéressantes. Cousine de l’un des conjurés, Bouvet de Lozier, et vieille amie d’un autre, le marquis de Rivière, à ce titre plus ou moins mise dans la confidence, Madame de Bonneuil était aussi un agent extrêmement actif du Renseignement français, et la belle-mère du conseiller d’État Régnaud de Saint-Jean d’Angely, très proche du pouvoir. La coïncidence, et la facilité avec laquelle, finalement, on arrêta, le 9 février, Bouvet de Lozier, tout en évitant soigneusement de compromettre sa famille, sont, il faut l’avouer, assez troublantes. Dans ce cas, on laissa Cadoudal et les autres se promener librement dans Paris, en dépit du portrait-robot très caractéristique du chef chouan affiché dans tous les commissariats de la capitale depuis trois ans, pour une seule raison, il fallait attendre que le contact avec Moreau eût été établi, et que sa participation au complot fût facile à prouver.

Rien à attendre de Moreau

Or, malgré les affirmations de Lajolais, Moreau ne marchait pas. Approché par Pichegru, il avait volontiers confessé son immense aversion du Corse, mais affirmé que, républicain, il n’œuvrerait pour rien au monde en faveur d’une restauration. En eût-il eu l’occasion, il eût pris le pouvoir, et ne l’aurait certes, pas rendu. Les yeux soudain dessillés, Cadoudal comprit que Moreau ne les aiderait pas.

Cependant, il devenait de plus en plus évident que Bonaparte s’apprêtait à transformer son pouvoir à vie en monarchie héréditaire et à substituer sa propre dynastie à celle des Bourbons. C’est pourquoi Georges estima qu’il fallait continuer. D’ailleurs Pichegru ne désespérait pas encore de retourner Moreau. La preuve en fut apportée lorsque celui-ci accepta une rencontre avec Cadoudal, le 26 janvier 1804, non chez lui, mais dans un fiacre. Malgré tout, c’était un premier pas franchi. La rencontre eut lieu, et se solda par un échec total. Seule la détestation de Moreau envers Bonaparte garantissait qu’il n’irait pas tout raconter à la police. Si Georges avait conservé jusque-là quelques illusions, elles s’évanouirent. Comme si le refus de Moreau ne suffisait pas, il apprit du même coup l’arrestation, longtemps gardée secrète, de QuérelIe, sa condamnation à mort, et sa grâce de dernière minute, laquelle ne pouvait signifier qu’une chose ; le malheureux avait parlé.

La souricière se resserre

Dès lors, Georges fut foi ce d’admettre que, sauf miracle, la partie était perdue. Le miracle qu’il attendait, c’était l’arrivée du Prince qu’il imaginait encore capable de tout sauver. Il s’obstinait, accroché à cet espoir dérisoire. Il fallut des arrestations rapprochées, entre le 7 et le 9 février, de cinq de ses compagnons, pour qu’il modifiât ses consignes du 3, qui étaient de se cacher et d’attendre, et admît l’abandon du coup essentiel. Encore Cadoudal attendit-il le dernier moment avant de dépêcher à Biville le chevalier de Cacqueray, afin d’empêcher le débarquement du quatrième échelon, celui dont Berry devait faire partie. Le garçon mena sa mission à bien, sans se douter que le Prince n’était pas à bord de la corvette anglaise. L’opération annulée, il n’y avait plus qu’à quitter la capitale par petits groupes. Dès que la police aurait un peu relâché sa surveillance. Elle ne la relâcha pas. Torturé, l’un des premiers chouans arrêtés, Bouvet de Lozier, avait impliqué Moreau, non sans préciser, d’ailleurs, que le général, en se dérobant, avait tout fait rater. Ses déclarations avaient entraîné l’interpellation du Morlaisien le 14 février, et une recrudescence de la surveillance aux portes de la capitale.

Georges ? C’est bien moi !

Les conjurés ne s’étaient pas encore mis d’accord sur l’itinéraire à emprunter, les Bretons en tenant pour le repli vers l’Ouest, les routes les mieux surveillées ... et l’équipe Pichegru pour un départ vers la Suisse, via la Bourgogne et le Jura, lorsque, le 28 février, Pichegru, trahi par son hôte, fut arrêté. Partir s’avérait de plus en plus difficile et seuls deux des conjurés bretons y étaient parvenus lorsque, le 4 mars, le duc de Polignac se fit bêtement prendre à la sortie du rendez-vous qu’il s’octroyait chaque soir avec sa ravissante épouse ; il avait suffi de suivre la duchesse... Son arrestation entraîna celle de son jeune frère, le prince Jules qui, ne sachant où aller et filé, conduisit la police, droit à la planque du marquis de Rivière.
Ces trois hommes étaient les intimes du comte d’Artois. Georges estima impossible de reparaître sans eux devant le Prince et décida de rester à Paris. Toutefois, sa cache de la Montagne Sainte-Geneviève étant presque éventée, il accepta d’en changer et de se réfugier dans l’enseigne truquée de la parfumerie Caron, rue du Four. Tout fut organisé pour la soirée du 9 mars. Le colocataire, étranger au coup essentiel, d’un des conjurés, surprit les préparatifs et les dénonça à la police. Quand la voiture qui devait emmener Georges, parvint place du Panthéon à sept heures du soir, le 9, elle donna dans une souricière. L’intervention brutale de ses lieutenants permet à Cadoudal de s’engouffrer dans le fiacre, qui part au galop et se perd dans le dédale du Quartier latin. Mais les autorités ont pris leurs précautions, le secteur est bouclé. Rue Monsieur-le-Prince, l’inspecteur Buffet se jette à la bride du cheval. Cadoudal tue Buffet, assomme son collègue, l’inspecteur Caniolle, qui tente de le ceinturer, s’échappe. Et va donner, carrefour des Quatre Vents, dans un autre barrage de police ... À l’inspecteur Caniolle, qui lui met la main au collet en hurlant « C’est Georges !! », Cadoudal réplique calmement : « Oui, c’est bien moi. »

Vers l’Empire

Une espèce de fatalisme s’est emparé de lui ; s’y ajoute la certitude que son arrestation, l’échec complet du coup essentiel, s’ils constituent une défaite militaire, peuvent encore servir la Cause. Un procès à grand spectacle, comme celui que le pouvoir ne manquera pas d’organiser, offrira une tribune inespérée, et l’occasion de prouver à l’opinion publique aveuglée par la propagande, que les royalistes ne sont pas des terroristes. C’est vrai. Toutefois, Georges ne saurait deviner à quel point ces événements vont d’abord servir les intérêts du régime.

Même s’il faut admettre assez vite que la personnalité de Cadoudal ne colle pas avec l’image « du monstre breton », « du terroriste fanatique qui voulait faire sauter le Premier consul et la moitié de Paris », même s’il est impossible de lui faire reconnaître la complicité de Moreau dans sa conspiration, on peut exploiter d’autres façons la situation. Le choc, abondamment exploité avec le concours de la presse, provoqué dans l’opinion publique par la révélation du complot, la pensée que la France aurait risqué de perdre son homme providentiel puisque, dans la version officielle, il n’est jamais question d’enlèvement mais toujours d’assassinat, vont favoriser la transition, préparée de longue date, entre le Consulat et l’Empire. L’idée d’un pouvoir héréditaire, d’une dynastie Bonaparte, est soudain moins incongrue, voire hautement souhaitable. Cadoudal, quand il comprendra l’opération de récupération, dira avec un humour amer à ses amis, « nous voulions rendre un roi à la France ; eh bien, finalement, nous avons fait mieux, nous lui donnons un empereur. » Or, c’est exactement la raison qui l’avait poussé à agir, afin d’éviter cette usurpation qui lui paraissait sans remède… ………L’autre avantage que Bonaparte retire des événements, réside dans l’exécution du duc d’Enghien, abusivement présenté comme le prince qu’attendaient les conjurés, association tardive au régicide du 21 janvier 1793, destinée à lui rallier « la queue de Robespierre », l’opposition de gauche.

Juridiction d’exception

La tribune du procès peut-elle en quoi que ce soit contrebalancer ces conséquences-là ? Certes, un courant d’opinion se dessine, hostile à Bonaparte et à la promulgation, le 18 mai 1804, de l’empire. Certes, on ricane de voir Cadoudal et ses amis inculpés « d’atteinte à la sûreté de la république » alors même que Napoléon vient de supprimer la République. Et après ? Il s’agit d’une fronde mondaine qui s’exprime en épigrammes anonymes et ne représente aucun danger pour l’ordre actuel des choses. C’est tout juste si ces gens, qui se pressent aux quatorze audiences du procès ouvert le 28 mai comme au spectacle, peuvent influencer, un peu, le verdict, leurs manifestations de compassion incitant les juges à épargner au petit Polignac, âgé de vingt-deux ans, la peine de mort. Du reste, si la sympathie du public envers les inculpés incommode le presque empereur comme un début de désaveu, elle ne doit pas avoir des conséquences. Napoléon s’est précautionné. En place d’une cour martiale, ce qui eût été la procédure normale, il a nommé une juridiction d’exception, civile, sans jury populaire, composée de magistrats du siège soucieux de leur carrière, donc malléables. L’avantage d’un tribunal criminel sur une juridiction militaire est d’envoyer les condamnés à l’échafaud et non au peloton, dans le but de rendre leur mémoire infâme. La bonne volonté des juges à satisfaire Napoléon est indécente. Seul Lecourbe, frère du général, se démarque, décidé à sauver Moreau dont l’innocence est évidente.

Il y quarante-six prévenus sur le banc des accusés, moins Pichegru, retrouvé « suicidé » dans sa cellule le 7 avril, dans des conditions si bizarres qu’elles ouvrent la porte à tous les doutes. Le procureur réclamera quarante-deux peines de mort, y compris pour des gens manifestement étrangers à l’affaire, telles Mme Lemoine et sa fille de quinze ans qui ont logé Cadoudal et son ami Joyaux sans savoir qui ils étaient. Au terme de débats bâclés où l’on aura empêché les témoins à décharge de venir à la barre et les avocats de la défense de s’exprimer librement, le procureur obtiendra vingt sentences capitales. Quant à Moreau, que Lecourbe était parvenu à faire acquitter, à l’instar de vingt-deux prévenus, le président Thuriot exigea un nouveau vote, arguant de la colère prévisible de l’empereur, et obtint contre lui un verdict grotesque, deux ans de prison, qui ferait dire à Napoléon suffoqué de rage ; « Ils me l’ont condamné comme un voleur de mouchoirs ! ».

Mourir dans l’honneur

Cependant, vingt têtes sur les marches du nouveau trône risquaient de produire un effet déplorable, ce que Murat, qui plaidait généreusement en faveur d’une grâce générale, ne put faire comprendre à son impérial beau-frère. Les huit commutations de peine finalement accordées aux supplications de Joséphine, de sa fille, de Caroline Murat et d’Élisa-Bacciocchi, relevèrent moins, dans l’esprit de l’empereur, de la miséricorde que du calcul politique. Il gracia en effet tous les condamnés nobles, à l’exception de Jean-Baptiste Coster de Saint-Victor contre lequel il nourrissait une vieille rancune personnelle, afin de s’attirer la gratitude de la haute aristocratie. Il épargna les amis de Pichegru pour ne point relancer les rumeurs qui entouraient sa mort, mais aussi pour ménager l’armée et les banques suisses. Et, s’il gracia un chouan roturier, Armand Gaillard, ce fut parce que l’impératrice mit en avant un point de procédure : l’instruction avait confondu le jeune homme avec son frère, abattu lors de leur arrestation, ce qui donnait motif à un pourvoi en cassation général. Napoléon craignit un nouveau procès, et un verdict qui ne l’eût pas satisfait. Douze hommes demeuraient promis au bourreau : Cadoudal, Coster de Saint-Victor, Michet Roger, Aimé Joyaux, Louis Burban, Jean Deville, Jean Mérille, Louis Ducorps, Joseph Picot, Guillaume Le Mercier, Pierre-Jean Cadoudal, Jean le Lan.

Hormis, Georges et Coster, ceux-là, officiers chouans ou soldats de la base de modeste origine, n’intéressaient en rien les nouvelles Altesses impériales. À moins que Cadoudal s’abaissât à supplier... Le conseiller d’État Réal l’approcha, lui fit comprendre qu’en signant son recours en grâce, il s’humiliait mais sauvait les onze autres. Georges prit l’imprimé, lut : « Supplie Sa Majesté l’empereur et roi », poussa un cri de colère et, jetant la feuille, commenta : « Le bougre ! Non content de nous assassiner, il veut encore nous avilir ! », puis ajouta à l’intention de RéaI : « Me promettez-vous plus belle occasion de mourir ? » Qu’y avait-il à ajouter à cela ?

Place de Grève, onze heures du matin

Le 25 juin, à onze heures du matin, les charrettes en provenance de la conciergerie, arrivent place de Grève (l’actuelle place de l’Hôtel de Ville), se frayant difficilement un passage dans une foule énorme de curieux. Le premier, Georges en descend, marche vers le bourreau, lui dit : « C’est à moi de donner l’exemple. Quand vous aurez terminé votre office, n’oubliez pas de montrer ma tête à mes compagnons, afin de leur ôter toute idée que j’aie pu leur survivre. » En fait, le général redoute une manoeuvre de dernière seconde du pouvoir, une grâce accordée sans qu’il l’ait demandée, et qui n’épargnerait, pensée insupportable, que lui... Il prend les devants. En se dirigeant vers la guillotine, il récite l’Ave Maria, s’arrête au verset « Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant... » son confesseur lui murmure : « continuez. » Cadoudal a un sourire, hausse les épaules : « A quoi bon, monsieur l’abbé ? Et à l’heure de notre mort, n’est-ce pas maintenant ? » Douze fois, le couperet s’abattit ; douze fois, les derniers cris « Vive le Roi ».

Répondre à cet article