Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

GEORGIE - Les intérêts occidentaux dans la ligne de mire du Kremlin

Jeudi 28 août 2008 // Le Monde

Le conflit qui oppose la Russie et la Géorgie dépasse largement la question de l’Ossétie du Sud. Les enjeux énergétiques sont très importants dans la région et l’offensive russe pourrait freiner d’importants projets en cours.

Les bombardements russes en Géorgie sont aussi symboliques que stratégiques. En effet, les forces aériennes russes ne viseraient pas seulement Gori, la ville natale de Staline, et la base militaire de Senaki, mais également les infrastructures les plus importantes du pays : les pipelines. Selon les informations géorgiennes, l’armée russe aurait pris pour cible le pipeline BTC, qui relie la capitale de l’Azerbaïdjan, Bakou, sur la mer Caspienne, à la ville de Ceyhan en Turquie. Le Kremlin dément ces informations. Des sources géorgiennes rapportent également que les Russes auraient bombardé le port de Poti, situé à l’extrémité ouest du pipeline Bakou-Supsa, démontrant ainsi que cette guerre n’était pas seulement dirigée contre la Géorgie, mais aussi contre les intérêts occidentaux dans le secteur de l’énergie.

Le pipeline Bakou-Ceyhan

Ces pipelines sont vitaux pour la Géorgie. Lorsque le pipeline BTC, inauguré en 2006, acheminera l’équivalent d’un million de barils par jour d’ici quelques années, le gouvernement géorgien percevra plus de 60 millions de dollars de taxes par an. Cette source de devises est essentielle pour le commerce extérieur de la Géorgie. La construction d’un pipeline à travers le Causase étant, en outre, l’un des projets énergétiques les plus importants pour l’Europe et les Etats-Unis, ce pipeline permet également à Tbilissi de se rapprocher de l’Occident.

Le pipeline BTC transporte actuellement l’équivalent de 800 000 barils de pétrole par jour, soit une infime partie de la consommation mondiale d’hydrocarbures. Mais il constitue – avec l’oléoduc Bakou-Supsa qui est sept fois plus petit – la seule voie d’acheminement du pétrole de la mer Caspienne vers l’Occident ne passant pas en territoire russe. Par mesure de sécurité, de longues portions du pipeline ont été enterrées, mais les stations de pompage ne sont pas à l’abri des bombardements. Pour l’heure, il semblerait que l’aviation russe ait raté sa cible. Cependant, l’infrastructure étant déjà fermée pour plusieurs semaines suite à un attentat commis mardi dernier par le PKK turc, ces bombardements avaient surtout une portée symbolique.

Les frappes menées sur le port géorgien de Poti ont eu plus de conséquences car c’est de là que part une partie du pétrole acheminé par le pipeline Bakou-Supsa. Après les bombardements de ce week-end, les autorités géorgiennes ont dû suspendre toutes les livraisons au départ de Poti. Selon la société de distribution de gaz arménienne, Armrosgazprom, Tbilissi aurait réduit à un tiers le volume habituel de gaz russe livré à l’Arménie et transitant par le territoire géorgien. Les incertitudes concernant les livraisons énergétiques dans le Caucase ont soufflé un vent de panique sur les places financières mondiales et après l’accalmie des dernières semaines, le cours du pétrole est reparti en légère hausse.

Pourtant les conséquences les plus graves des frappes russes se feront peut-être sentir au niveau des futurs projets énergétiques dans le Caucase. Ceux-ci comprennent notamment la construction d’un gazoduc, de plus en plus vital pour l’Europe où la demande en gaz ne cesse d’augmenter – contrairement à celle du pétrole – alors que de vastes réserves de gaz ont été détectées autour de la mer Caspienne. Le gaz de la Caspienne est actuellement acheminé par le gazoduc BTE, parallèle au pipeline BTC et qui s’arrête à Erzurum en Turquie. C’est cette infrastructure, épargnée par les bombardements, que l’Europe espère prolonger depuis Erzurum jusqu’en Europe centrale avec le projet Nabucco. Le Kremlin a déjà tenté à plusieurs reprises de s’opposer à ce projet pour maintenir la dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe. Pour les investisseurs du consortium international Nabucco, les bombardements russes montrent jusqu’où Moscou est prêt à aller pour empêcher l’émergence d’un concurrent dans le Caucase. La faillite du projet Nabucco pour cause de panique des investisseurs serait sans nul doute la plus grave conséquence économique de cette offensive russe.

Répondre à cet article