GÉNOCIDE RWANDAIS.

Kouchner relance la polémique en France.

Mardi 1er avril 2008 // Le Monde

Le ministre français des Affaires étrangères croyait-il bien faire en affirmant, à Kigali, chez Paul Kagame, que les responsabilités de la France pendant le génocide de juillet 1994 au Rwanda, n’étaient pas « militaires  » mais uniquement « politiques  » ? Toujours est-il qu’il a soulevé le courroux du ministre des Affaires étrangères de l’époque, Alain Juppé, qui ne s’est pas privé de lui faire une leçon d’histoire politique en public.

Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, a estimé que la France avait commis « une faute politique » au Rwanda, lors du génocide de 1994. Au cours d’une visite effectuée samedi 26janvier à Kigali, il a fait cette déclaration avant de souhaiter, aux côtés du général Paul Kagame, la réconciliation des deux pays dont les relations sont houleuses depuis ce génocide qui avait fait plus de 800 000 morts selon les estimations basses des Nations-Unies.

Interrogé par la presse sur le rôle de la France pendant ces événements en 1994, Bernard Kouchner a répondu sans chercher les mots : « On ne comprenait pas ce qui se passait. Mais il n’y a pas de responsabilité militaire. Les responsabilités des erreurs étaient, à mon avis, politiques ».

Le chef de la diplomatie française n’en est pas à son premier essai. Déjà le 2 octobre 2007, sur la radio périphérique française Europe1 il avait tenu des propos similaires, sans pour autant attirer le courroux du ministre des Affaires étrangères de l’époque, un certain Alain Juppé, qui oeuvrait alors sous la férule du premier ministre Edouard Balladur dans le cadre du gouvernement de cohabitation avec comme président de la République François Mitterrand.

Cette fois-ci, pensant sans doute que Kouchner allait un peu trop loin, Alain Juppé est sorti de sa réserve pour dénoncer « les amalgames de la repentance ou les compromissions de la realpolitik ». « Je comprends bien que la France veille se réconcilier avec le Rwanda. Le réalisme politique le commande. C’est l’intérêt de notre pays. Mais de là à tomber dans les amalgames de la repentance ou les compromissions de la realpolitik, il y a un fossé », a réagi l’actuel maire de Bordeaux et éphémère ministre d’Etat chargé de l’Environnement dans le gouvernement Fillon. Alain Juppé s’est interrogé à haute voix « On nous dit qu’au Rwanda, la France aurait commis une faute politique. C’est trop ou trop peu. De quelle faute s’agit-il  ?. Il faut l’expliquer. Aurions-nous par exemple pris systématiquement le parti d’un camp contre l’autre (comme au Tchad aujourd’hui, ndlr), des Hutu contre les Tutsi ? C’est une contre-vérité. Aurions-nous fait preuve de passivité alors que la communauté internationale aurait agi ? C’est une contre-vérité.

C’est même exactement l’inverse qui s’est passé. « Nous avons fait tous les efforts possibles pour aider à la réconciliation des Rwandais » s’est insurgé l’ancien ministre des Affaires étrangères directement mis en cause par l’actuel.

Juppé ne cache pas que « nous assistons depuis plusieurs années à une tentative insidieuse de réécriture de l’histoire qui vise à transformer la France d’acteur engagé en complice du génocide. »

On a aussi tendance à oublier que le génocide a été déclenché quand un missile lancé sur ordre du général Paul Kagame alors chef de l’APR (Armée patriotique rwandaise) avait pulvérisé le Falcon 50 où avaient pris place les présidents du Burundi et du Rwanda, un acte hautement terroriste qui a fait paniquer les extrémistes hutu du président rwandais Juvénal Habyarimana. Leur leader politique ayant été sauvagement assassiné de cette manière, ils se sont livrés à des massacres de civils tutsis pour le venger. C’est justement ce que recherchait Paul Kagame pour s’installer plus tard au pouvoir qu’il ne pouvait jamais avoir au regard de la faiblesse démographique de ses partisans (tutsi).

À l’époque, notent certains observateurs, Bernard Kouchner qui oeuvrait dans l’humanitaire, était en contact avec celui qui deviendra par la force du canon, le vice-président et ministre de la Défense du Rwanda, avant d’évincer purement et simplement le Hutu modéré, le président Pasteur Bizuumungu (actuellement en résidence surveillée) qui lui faisait de l’ombre. À Kigali, le chef du Quai d’Orsay a-t-il plaidé pour la libération de l’ancien président Pasteur Bizumungu ? On en doute : Paris ne veut en aucun cas froisser le maître de Kigali.

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