G 20 : Un catalyseur du retour à la confiance, ou un trompe l’œil ?

Jeudi 11 juin 2009 // Le Monde

Comme les auteurs des meilleurs romans, les commentateurs du G20 ont noué les fils de l’intrigue avec patience et en ménageant le suspens. Les risques d’échec étaient grands et l’espoir était mince. Pourtant, l’enjeu était énorme. Qu’on se souvienne ! En 1930, pour dénouer la crise précédente, les responsables politiques de l’époque s’étaient réunis à Londres et ce fut l’échec ! Un échec qui conduisit aux pires catastrophes, comme chacun sait. Cette fois encore, la position des Européens ne concordait pas avec celle des Américains qui étaient en butte aux exigences des Chinois. Et, soudain : Oh ! Miracle. Le succès dépassait tout ce que l’on pouvait imaginer. En moins de cinq heures, déjeuner et photo compris, les chefs d’État aux intérêts divergents étaient tombés d’accord pour sauver le monde. Et Gordon Brown pouvait être satisfait, lui qui expliquait : « Nous sommes en train de créer pour la première fois une vraie société mondiale ». Au-delà des manifestations sonores d’autosatisfaction, qu’en est-il réellement ?

Depuis de nombreuses semaines et, afin de ne pas se déjuger, tous se sentaient obligés de dire « que le protectionnisme ne protège personne à long terme ». Plus prosaïquement, si les pays les moins riches cherchaient ainsi à ne pas être les oubliés du système, les États-Unis attendaient de ce libre-échange la possibilité de relancer leur croissance en faisant repartir la consommation tandis que les Chinois y voyaient le moyen « d’accéder à la première place dans quelques années ».

Mieux encore, l’un des succès du Sommet a été la mise à la disposition du FMI de sommes considérables dont personne ne sait d’ailleurs d’où elles sortent. Et, pour faire bonne mesure, on a annoncé un total de 1 100 milliards de dollars. Pour arriver à un tel total, on constate qu’outre l’accroissement des droits de tirage qui n’ont fait l’objet que de promesses - qui n’engagent que ceux qui y croient, mais dont aucune d’ailleurs ne vient des États-Unis - le FMI va surtout être autorisé à accorder des prêts à court terme pour un montant total de 250 milliards. Un tel prêt renouvelé au bout de six mois par un autre prêt de même montant cela fait, en langage diplomatique d’aujourd’hui, un prêt de 500 milliards. Et voilà comment en additionnant des promesses de droits et des renouvellements de prêts on arrive à un total dont le montant ne signifie rien et n’a d’autre but que de frapper les esprits.

Mais, voilà du concret ! On a enfin entamé une véritable lutte contre les « paradis fiscaux ». Et l’on a ainsi publié quatre listes de pays : une liste noire des pays « non coopératifs » liste qui a été entièrement vidée moins de trois jours après qu’on lui a donné de la publicité, les quatre pays visés ayant promis de rentrer dans le rang ; une liste gris foncé des pays qui ont promis d’échanger des informations avec les autres mais qui n’ont pas commencé à le faire ; une liste gris clair des pays qui échangent ces informations avec moins de douze autres pays (pourquoi douze ?) et une liste blanche des pays qui échangent ces informations fiscales avec plus de douze autres pays. Seulement, certains pays et non des moindres, ne figurent sur aucune liste. Et certains territoires, quoique pratiquant le secret le plus absolu, sont en bonne place sur la liste blanche car ils n’ont pas une « indépendance politique totale » (Hong-Kong et Singapour...). Sans que l’accord ne soit parfait, il va permettre de lutter contre la fraude fiscale ! Il s’agit de la liste des « paradis fiscaux » et non de celle des « paradis réglementaires ». Les pays à secret bancaire sont condamnés, mais ceux à secret légal sont blanchis. On avait craint l’espace d’un moment, pour la place de Londres ou pour l’État du Delaware !

Enfin, c’est promis, la régulation révélée insuffisante on va rempli « Forum de stabilité financière » par un comité « de stabilité financière » qui va travailler avec le FMI à la supervision de l’économie mondiale et du système financier. Et les États membres se sont engagés à coopérer pour restaurer la croissance !

Certes, il ne fallait pas attendre d’un tel sommet politique qu’il débouche sur des mesures techniques, concrètes ; il avait pour objet de fixer des orientations, d’indiquer une direction et ainsi de redonner confiance. L’a-t-il fait ? Ne faut-il pas penser que, par leur communiqué triomphant, les responsables politiques des vingt pays les plus importants de la planète ont cherché à s’en persuader ? Car aucun des problèmes fondamentaux n’a été sérieusement abordé ; ni celui du système monétaire international dont la faillite est pourtant consommée, ni celui de l’avenir des régimes de retraite que le déséquilibre démographique a tout rendu obsolètes ; ni celui de la préservation des ressources rares (y compris l’eau) auxquelles l’accès est très inégalement réparti ; ni celui des pays pauvres, qui n’ont pourtant aucune responsabilité dans la crise actuelle... Mais tous ces problèmes sont connus et chacun sait qu’il ne peut pas être résolus dans le simple cadre conférence internationale.

Autre vision de la réunion du G 20

Nicolas Sarkozy est l’initiateur du G20 et de sa réelle réussite.

La réunion du G20 à Londres début avril a radicalement modifié l’environnement des investisseurs et a constitué un catalyseur du retour à la confiance des marchés. Comment cela a-t-il pu être possible alors que les mauvaises nouvelles macro‑économiques continuaient de pleuvoir et que le système financier mondial qui s’était bloqué à la fin de l’année dernière ressemblait à s’y méprendre à un champ de ruines.

La Banque Asiatique de Développement indiquait que la perte totale de patrimoine
sur le marché mondial s’élevait à 50 000 milliards, ce qui représente près d’un an
de la production à l’échelle de la planète. La perte de patrimoine sur les places boursières représentait à elle seule 25 000 milliards de dollars. Pourtant, même s’il a marqué un tournant, le G20 venait parachever de multiples initiatives de redressement. Aux USA, notamment, la fin du mois de mars avait déjà été marquée par le plan Geithner de sauvetage du système financier américain, apportant un lot de mesures supplémentaires d’un montant de 1 150 Md$ et portant la création monétaire de la FED à 4 000 Md$, soit un tiers du PIB dans son économie. Il visait à vider le bilan des banques des actifs « toxiques » non valorisés par le marché. Le plan a été applaudi car il a introduit la possibilité aux capitaux privés de participer à la meilleure place à ce grand nettoyage tant attendu depuis la chute de Lehmann Brothers.

UNE AUBAINE HISTORIQUE.

En effet, avec seulement 50 Md$, les financements privés, bénéficiant d’un abondement à hauteur de 50 Md$ du Trésor, pourront lever 1 000 Md$ d’actifs toxiques, valorisés 700 Md$ après décote automatique de 30%. Traduit autrement, cela signifiait que l’on permettait à des acteurs privés de bénéficier d’un levier de 20 fois pour acquérir des actifs ultras décotés, comme les « junk bonds », ayant un potentiel non négligeable d’appréciation à moyen-long terme. Il s’agissait d’une aubaine historique que d’aucuns auraient eu tord de rater. Lors du G20, forts de cette initiative majeure qui par l’ampleur sans précédent des montants en jeu, permettait d’écarter les craintes d’une situation « à la japonaise » de déflation sans fin, les États-Unis n’ont pas eu de mal à prouver leur pouvoir de réorganisation du système financier à leur avantage. Par ailleurs, durant ce fameux G20, les autorités politiques et monétaires ont su également écarter le risque protectionniste du « chacun pour soi » qui avait été largement médiatisé auparavant. En dehors de ces points clés, qui ont redonné confiance, le G20 a focalisé ses efforts sur la fin des paradis fiscaux et de « l’ère du secret bancaire » synonyme d’évasion fiscale. Sur ce point, les observateurs ont clairement eu l’impression de se faire duper. L’Union Européenne a montré son empressement à soutenir les intérêts anglo-saxons, en préservant les Iles de Jersey et Guernesey, de même que l’état du Delaware et les Caraïbes, tandis que la Chine est parvenue à préserver ses propres paradis fiscaux ; Macao, Hong Kong et Singapour ne figurant sur aucune des listes, ni la noire et ni la grise. Pouvait-il en être autrement sachant que les principales fortunes américaines sont largement implantées dans ces paradis fiscaux ? A titre d’exemple, George Soros, qui ne pèse pas moins de 9 Md$ de fortune, a domicilié son fonds d’investissements Quantum Fund à Curaçao (Antilles néerlandaises), un paradis fiscal bien connu et dénoncé par le G.A.F.I. (Groupe d’Action Financière sur le blanchiment de capitaux), comme étant un centre de blanchiment favori de l’argent de la drogue.

Un second point majeur a laissé les observateurs internationaux sur leur faim. Beaucoup d’économistes mondiaux sont d’accord sur un point fondamental : le dollar comme clé de voûte du système monétaire international n’est plus viable après le « tsunami de 2008 ». Il va baisser et pourrait même s’effondrer pour une raison toute simple. Après la phénoménale création monétaire qui vient d’avoir lieu, l’inflation devrait redémarrer en fin d’année, sans que la FED ne l’accompagne par une hausse de taux qui serait mal venue en première phase de reprise. Ainsi, les porteurs de dettes en dollar auront une rémunération négative, ce qui provoquera la fuite durable des investisseurs. Or le G20 n’a pas osé aborder directement le problème de refonte du système monétaire alors que tout le monde attendait une déclaration forte des Chinois qui ne cessent de réclamer une nouvelle monnaie de réserve en collaboration avec leurs alliés russes.

LA MARQUE AMÉRICAINE.

Il est vrai que les USA ont cristallisé pas mal d’aigreur depuis plus d’une décennie. Bush a incarné depuis plusieurs années une politique perçue par beaucoup, tant par les masses du tiers-monde musulman que par les élites chrétiennes européennes, comme exclusivement de domination impérialiste, de défense d’intérêt pétroliers, et de guerres sous la pression des lobbies. Or, nous sortons d’une crise pire que celle de la Grande dépression de 1929, dont l’origine, les « subprimes » portent clairement la marque américaine. Ainsi, chacun peut faire le constat que le modèle ancien est désormais usé jusqu’à la corde. Les circonstances étaient donc réunies pour édifier un système plus adapté à la réalité économique du XXIe siècle avec l’émergence des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), que chacun s’accorde à reconnaître comme les principales puissances financières de demain. Après le cataclysme de la Seconde guerre mondiale, les accords de Bretton Woods avaient permis de financer la reconstruction de l’Europe. En 1971, la décision de Richard Nixon de sortir des accords de Bretton Woods avait par contre été néfaste, car elle a finalement conduit au dévoiement du système capitaliste, avec une domination des spéculateurs et le résultat que nous avons connu en 2008. Le marché était mûr pour un nouveau système mieux équilibré et plus juste à l’échelle de la planète. Mais, par pur égoïsme, ce système tant rêvé n’a pas vu le jour. Pour autant, les marchés ne devraient pas tarder à leur rappeler la lâcheté et le manque de générosité dont ils ont fait preuve en ce début d’avril 2009, et ce, même si leur « prestation théâtrale » a pu faire illusion dans un premier temps.

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