Frasques multiples d’un fils de Kadhafi

Lundi 8 septembre 2008 // L’Afrique

A peine libérés, après paiement jeudi 17 juillet d’une caution de 500.000 francs suisses, le fils cadet du colonel Mu’ammar al Kadhafi et son épouse, Aime Kadhafi, ont quitté Genève, selon Maître AIain Berger, avocat d’Aline.

(Après ce qui s’est passé, Genève n’est plus le lieu adéquat pour un accouchement dans le calme) a-t-il ajouté. Aline Kadhafi, enceinte de 36 semaines, au moment des faits, devait mettre son enfant au monde à Genève. Ce départ vers un autre pays ne cause pas véritablement de surprise, les deux inculpés étant libres de leurs mouvements et pouvant voyager sans restriction aucune. S’ils ne devaient plus remettre les pieds à Genève, le demi-million reviendrait ipso fada à l’État suisse. De quoi s’agit-il ? « J’ai tout de suite compris qu’ils n’étaient pas normaux ». Ils, ce sont Hannibal et Aline Kadhafi, tels que les décrit la domestique de madame. Cette jeune Tunisienne a déposé plainte avec l’homme à tout faire de monsieur, un Marocain, contre le fils du chef de l’Etat libyen et son épouse. Mardi 15 juillet, après une intervention musclée de la police genevoise à l’Hôtel Président Wilson où ils séjournaient depuis le 5 juillet, les époux Kadhafi étaient inculpés pour lésions corporelles simples, menaces et contraintes sur leurs employés de maison. Des accusations rejetées en bloc par le couple libyen, qui évoque une mise en scène des domestiques pour obtenir l’asile politique.

Leurs visages et leurs corps sont couverts de cicatrices. « Lui, il a reçu des coups de couteau, et moi, j’ai été frappée avec un cintre en fer qui fait très très mal. Aline voulait me briser les yeux. On peut taper, mais pas comme ça  ». Quand la Tunisienne, âgée de 35 ans, raconte ce qu’elle a vécu pendant un mois et demi au service des Kadhafi, le Marocain, 36 ans, reste en retrait. Contrairement à elle, il affiche cinq ans d’esclavage  » au service du fils du guide de la révolution libyenne.

Au début, tous deux ont l’espoir d’une vie nouvelle auprès de la famille présidentielle. Lui travaille dans un hôtel marocain, comme chef de rang. Un jour, son patron lui parle du Palais de Tripoli, qui cherche un serveur de qualité. « Tu vas travailler pour un prince, c’est un bon boulot ».  La jeune femme, elle, vivote à l’aide de petits boulots, qu’elle change tous les trois mois. L’annonce parue dans la presse tunisienne l’allèche. On lui explique qu’elle s’occupera de couture, de maquillage et de tenir compagnie à Alie Kadhafi. Une aubaine.

Mais à peine ont-ils traversé la frontière qu’ils sentent le piège se refermer sur eux leurs passeports et téléphones sont confisqués. « A mon arrivée, on m’a mise dans un endroit où il y avait des chèvres et des chiens. Je suis restée prisonnière une semaine ». Quand elle découvre enfin le palais, gardé par des militaires et dissimulé derrière un immense mur, la Tunisienne réalise qu’il y a beaucoup d’autres employées. Aline Kadhafi les frappait.  Des Phillipines, des Indonésiennes, des Ethiopiennes. Mais pas de Libyennes « parce qu’elles risquaient de parler. »

Le Marocain a déjà vu défiler 30 filles. Certaines se sont enfuies. Lui n’y est jamais parvenu.  « J’ai voulu démissionner deux fois, mais je me suis retrouvé dans la prison privée d’Hannibal, qui se situe dans l’une de ses sociétés  ». Presque un répit, par rapport à son rythme de travail « Vingt-deux heures sur vingt-quatre, je faisais tout ; le dîner, le repassage, passer l’aspirateur, sortir le chien, m’occuper de leur enfant... Hannibal vit la nuit, et ne se couche qu’à 8 heures du matin. Il avait tout le temps besoin de moi, et même quand il dormait, je devais travailler ». Dès son deuxième jour à Tripoli, la Tunisienne prend peur. « Aline m’a tapée contre une vitre. Elle m’a giflée, insultée. Comme les autres. Elle me frappait ou me tirait les cheveux toutes les cinq minutes. Sa patronne la sollicite tout le temps, « elle
ne peut pas rester seule » Ensemble, elles préparent les valises du couple et de leur fils de 3 ans. « Je ne savais pas où l’on partait ». Un avion privé les emmène à Genève où Aline Kadhafi, enceinte de 9 mois, a prévu d’accoucher. Ils séjournent dans un hôtel de luxe de la rive droite du Léman, le Président Wilson. Les époux Kadhafi ont chacun leur chambre et se disputent souvent, violemment. Ils sortent peu, « elle restait toujours en chemise de nuit. » Sauf pour quelques repas au restaurant et de rares séances de shopping.

Dans la suite 345 de l’hôtel Président Wilson, le calvaire des domestiques s’intensifie. « J’étais prisonnière. Je ne mangeais pas, je ne dormais pas. Aline m’a traitée comme une
esclave ». Trois fois, elle m’a dit que si je parlais, elle me jetterait par la fenêtre. « Je n’ai jamais douté qu’elle en était capable » assure la Tunisienne.

Interpellés par les cris, des employés du palace préviennent la police. Celle-ci se déplace à deux reprises sans aller dans la suite. La troisième fois, c’est la Tunisienne elle-même qui les appelle à l’aide, grâce à la complicité d’un agent de sécurité, quelle remercie. « Je les ai suppliés de monter ». Les employés sont alors transportés à l’hôpital où l’on constate leurs blessures. « Inculpés mais libres, les époux Kadhafi contestent toutes les accusations de leurs employés. Ils affirment qu’il s’agit d’une machination destinée à obtenir l’asile en Suisse. « Mais je ne connais rien à la Suisse » Je ne savais même pas qu’on venait ici. Ça aurait pu se passer ailleurs mais on a eu de la chance que ça soit là dit la Tunisienne. « C’était le destin » clament les deux compagnons d’infortune qui ont demandé l’asile. 

Le département fédéral des affaires étrangères garde le silence sur cette affaire. Il n’a fait aucun commentaire sur les propos vengeurs, articulés le jeudi 17juillet à Genève par Aïcha Kadhafi, la soeur d’Hannibal.

Même si la fille du leader libyen n’a pas précisé à quel titre elle s’exprimait, ses propos traduisaient une colère préoccupante s’agissant d’un régime politique où la famille Kadhafi exerce une influence prépondérante et dont les protagonistes ont un comportement imprévisible. Les mesures de rétorsion que laissait entendre Aïcha Kadhafi en usant de la formule « Œil pour œil,dent pour dent », vont-elles prendre une tournure diplomatique ou économique.

Hannibal Kadhafi et son épouse, Aline sont inculpés de lésions corporelles simples, menaces et contraintes envers leurs domestiques. ? Hannibal Kadhafi et son épouse Aline, sont inculpés de lésions corporelles simples, menaces et contraintes envers leurs domestiques. Le couple Kadhafi nie en bloc les accusations et voit dans toute l’affaire un complot organisé par les employés pour demander l’asile en Suisse. A Tripoli, le guide de la grande Jamahiriya libyenne arabe socialiste a ordonné l’arrêt de la livraison du pétrole libyen à la Suisse et incarcéré deux hommes d’affaires suisse présents à Tripoli, comme mesures de rétorsion.

Répondre à cet article