François Hollande à la croisée des chemins !

Mercredi 4 janvier 2012 // La France

L’heure n’est plus aux synthèses hasardeuses de motions chèvre-chou. Il faut dire haut et fort si l’on plie devant Francfort et Berlin ou si l’on se décide à défendre le peuples et Berlin ou si l’on se décide à défendre le peuple français et les peuples voisins contre la sauvagerie ultra-libérale.

François Hollande voudrait bien réunir autour de lui toute la gauche pour le premier tour puis dire des paroles aimables en direction des indécis et des gens bizarres comme nous ou comme les gaullistes authentiques pour que l’électorat flottant lui permette d’emporter la victoire au second tour.

C’est toujours comme cela que la gauche a fonctionné depuis le congrès d’Épinay et seul François Mitterrand a tenté d’associer à la majorité de gauche des militants politiques venus d’autres horizons. Mais le Parti socialiste a toujours méprisé cette piétaille qui a fini par se lasser de l’arrogance d’apparatchiks tout occupés à faire preuve de « réalisme » vis-à-vis du fameux « marché ». Et aujourd’hui, François Hollande, qui a la religion de la synthèse, doit résoudre trois questions délicates :

  • Premièrement, comment « rassembler à gauche » pour mobiliser le « peuple de gauche » qui récuse la dérive oligarchique des dirigeants socialistes ?
  • Deuxièmement, comment séduire les adversaires résolus de l’ultra-libéralisme en défendant des positions proches de celles de la Commission européenne et en s’entourant d’européistes frénétiques comme Pierre Moscovici et Michel Sapin ?
  • Troisièmement, comment maintenir en pleine crise terminale de l’euro un programme de sauvetage de la prétendue monnaie unique qui convient à l’oligarchie de gauche et aux nostalgiques du delorisme mais qui est récusé par la chancelière allemande ?

Il n’y a pas de réponse à ces trois questions car François Hollande continue de naviguer à vue. Le 30 septembre, le candidat socialiste a refusé d’entrer dans les vues allemandes avec une grande fermeté : « Je n’accepterai jamais qu’au nom du contrôle des budgets nationaux, au nom de la coordination des politiques budgétaires, la Cour de justice européenne puisse être juge des dépenses et recettes d’un État souverain ».

Mais il a chargé son directeur de campagne de tancer Arnaud Montebourg : « la gauche ne doit pas, en aucune façon, ranimer des relents et des sentiments antiallemands » a déclaré le directeur de campagne qui n’avait pas pris le temps de lire le texte publié par son camarade de parti qui s’en est pris à la droite allemande, non au peuple allemand.

« Il faut éviter tout mot qui fâche ou qui blesse » a ajouté Pierre Moscovici. Ce sera très difficile car Angela Merkel a tout simplement démoli le programme hollandiste lors de son discours du 2 décembre devant le Bundestag :
Créer des euro-obligations pour mutualiser une part de la dette publique ? « Quiconquen’a pas compris, que [les euro-obligations] ne pouvaient pas être la solution à cette crise n’a pas compris la nature de la crise  », a déclaré la Mère Tape-Dur (oh ! pardon !) devant les députés allemands.

Faire intervenir la Banque Centrale Européenne sans pour autant changer les traités ? Nein ! Le rôle de la BCE, « gravé dans les traités » est « d’assurer la stabilité de la monnaie » s’est exclamé la Folcoche de Berlin (oh ! encore pardon !) sous les applaudissements frénétiques d’un Bundestag unanime. Et la chancelière veut que la discipline allemande en matière d’endettement et de finances publiques soit, elle aussi, gravée dans un traité.

C’est dire que François Hollande se fera sèchement recevoir à Berlin s’il est élu président. Sa prudence diplomatique et sa croyance en la survie de l’euro par le Fonds européen de stabilité trop peu doté pour faire face à la crise risquent de mécontenter nombre d’électeurs. Dès lors que faire ? Le candidat se contrefiche de ce que je peux écrire mais il aurait avantage à suivre les conseils d’Emmanuel Todd : face à l’offensive du président des riches, attaquer de front l’oligarchie, prendre à son compte la revendication protectionniste, examiner toutes les solutions à l’endettement, annoncer une explication de fond avec les dirigeants allemands.

Cette réorientation politique changerait la donne. Si Hollande le veut, il peut !

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