François Hollande : Un candidat normal ou combatif ?

Vu d’Allemagne : Le Poulidor du PS.

Samedi 1er octobre 2011 // La France

François Hollande — Septembre 2011.jpegTourné en dérision et décrié, rusé et insaisissable, subtil, ayant la peau dure : qu’a donc François Hollande, cet homme dont l’ancien Premier ministre Laurent Fabius faisait peu de cas, le décrivant un jour comme "Monsieur petites blagues" ? Comment se fait-il qu’il soit visiblement en phase avec les angoisses et les espoirs, les souhaits et les incertitudes des Français ?

Le président du Conseil général de Corrèze] incarne une image à la fois idéalisée et nostalgique de la France, qui conjure un passé que l’on retrouve aussi dans des films comme Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Bienvenue chez les Ch’tis ou, tout récemment, les remakes de La Guerre des boutons, dont les acteurs sont des héros ordinaires dans un environnement qui n’a pas été détruit par le progrès. "C’est un refus de la vie moderne, de la consommation de masse, de la technologie, du libéralisme", estime l’historien Antoine de Baecque. Depuis le milieu du XIX° siècle, la France serait l’un des pays les plus pessimistes du monde, explique son collègue Marc Ferro.. "Ces films jouent le rôle de contrepoison." Hollande semble sorti tout droit de l’un de ces longs-métrages : le Gaulois rusé qui se dresse contre les aléas du destin et les agissements des puissants. Ce n’est pas un hasard si on l’a comparé à Raymond Poulidor, `l’éternel deuxième" du Tour de France, qui était pour cette raison le chéri du grand public.’ Le moment semble être venu pour la victoire de sourire à Hollande le sous-estimé, l’ennuyeux.

Ce que le camp adverse a lui aussi compris. Nicolas Sarkozy tient Hollande pour son rival le plus dangereux : il aurait préféré être opposé à Martine Aubry. Romain Leick, DerSpiegel (extraits), Hambourg.

Vu de SUISSE : Un perdant

La primaire socialiste qui vient de s’achever [le 16 octobre] offre son lot d’illogismes. François Hollande, celui qui amené son parti à toutes les défaites pendant plus d’une décennie, est ainsi le candidat officiel de la gauche pour tenter de battre Nicolas Sarkozy. Les Français aiment élire des perdants, qui, dans n’importe quel autre pays, auraient été évincés de la vie politique. Chirac ou Mitterrand, pour ne citer qu’eux, ont échoué à répétition avant d’accéder à l’Elysée. Pourtant, choisir François Hollande contre Martine Aubry, c’est préférer le politicien ; lui part s’enterrer en Corrèze plutôt que celle qui se coltine avec un succès certain les réalités d’une grande métropole Française, Lille. C’est privilégier l’homme qui fuit les réformes comme la peste plutôt qu’elle qui a mené - avec un bonheur il est vrai - une des aventures sociétales françaises les plus marquantes : les 35 heures. En fait, les Français n’adorent les réformes délicates que si elles s’appliquent à leurs voisins. Ils avaient d’ailleurs élu Nicolas Sarkozy en 2007 pour ça, avant de se rendre compte que le président ne pourrait pas faire autrement que de toucher à leurs propres privilèges. En choisissant d’emblée celui qui propose le moins, les préélecteurs français essaient de gagner petit.

Claude Ansernicœur 24 Heures (extraits),
Lausanne

Vu du Royaume-Uni : Un revenant méritant

Il y a encore un an, la perspective de terminer troisième de la primaire socialiste aurait suffi à faire le bonheur de François Hollande. Il était à la traîne dans les sondages. Dominique Strauss-Kahn, chef de file non déclaré, l’éclipsait sans peine, et il ne semblait pas davantage faire le poids face à Martine Aubry, qui lui avait succédé à la tête du nard. Un an plus tard
de ses rivaux il ne reste plus que poussière et François Hollande - délesté de plusieurs kilos, mieux habillé et moins plaisantin - vient de remporter une victoire éclatante. Non seulement il a battu Martine Aubry avec quelque 373 000 voix d’écart,
mais, pour la première primaire ouverte organisée par son parti, plus de z,8 millions de personnes se sont rendues aux urnes. Hollande est aujourd’hui le champion incontesté de son parti. En ne cherchant pas à s’imposer comme le sauveur de la France, mais comme un type normal prêt à se colleter aux défis de sa fônction, il mérite de réussir là où de plus arrogants prédécesseurs socialistes [Lionel Jospin et Ségolène Royal] ont échoué.

Editorial, TheGuardian (extraits), Londres

Vu des Etats-Unis : Un animal politique

Par certains aspects, François Hollande risque d’être pour Sarkozy un rival beaucoup plus sérieux que Martine Aubry. Certes, à droite on n’oubliera pas de rappeler au socialiste que, lorsqu’il était Premier secrétaire de son parti, de 1997 à : 2008, il s’est efforcé de contenter tout le monde, laissant coexister différents courants de gauche, plutôt que de dessiner une ligne de parti claire et moderne. Entre unité et clarté, il va devoir aujourd’hui se livrer à un vrai numéro d’équilibriste. [Mais] comme Sarkozy, Hollande a disputé des élections dès son plus jeune âge. Il est député et exerce plusieurs mandats locaux au cœur de la France profonde, ce qui lui donne une crédibilité de terrain qui a toujours quelque peu fait défaut à Nicolas Sarkozy. S’il y a au Parti socialiste un animal politique qui puisse faire jeu égal avec la maestria politique de Sarkozy, il se pourrait bien que ce soit Hollande. Et, dans ce contexte, son parcours atypique jusqu’à la nomination pourrait bien le servir. La primaire socialiste aurait pu faire de la course à la présidentielle soit une farce, soit un film d’horreur. Mais, finalement, il semble que le coup d’envoi ait été donné pour six mois d’un suspense divertissant.

Tracy McNicoll,
The Daily Seast 
(extraits),
New York 

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