François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen pour qui sera la victoire ?

Lundi 7 novembre 2011 // La France

Les films mettant en scène les ors de la République ou la conquête du pouvoir se veulent généralement assez militants et présentent finalement des situations assez convenues de scandales, de corruption et de manoeuvres grandes et petites. L’analyse quasi-entomologique à laquelle se livraient Balzac et Zola dans certains de leurs romans ce qui ne les empêchait pas de tracer des portraits hauts en couleurs ne semble guère habiter le cinéma français, surtout avide de bonnes répliques et de dénonciations manichéennes.

Et voici qu’arrive une heureuse surprise, grâce au réalisateur Pierre Sghceller et ses presque deux heures de L’exercice de l’Etat. Tout se passe au sein de la machine étatique, magnifiquement reconstituée, sans que le trait ne soit jamais forcé. On ne saura même jamais s’il s’agit d’un gouvernement de droite ou de gauche et, si l’on rencontre des personnages cyniques, les caractères des uns et des autres apparaissent plutôt sympathiques, les calculs politiques n’empêchant pas la recherche d’objectifs réels et le souci du bien commun ne relevant pas que de la communication.

Certes, cette dernière joue un rôle de premier plan, non seulement parce qu’elle est devenue consubstantielle à la présentation de l’action politique, mais parce que l’intrigue est vue à travers les faits et gestes des cabinets ministériels, plus particulièrement de celui du ministre des Transports Bertrand Saint-Jean, auquel Olivier Gourmet donne une consistance qui ne manque pas d’émouvoir. Son directeur de cabinet Gilles est campé par un Michel Blanc habité par le service de l’Etat, passionné par Malraux orateur et qui sait lui servir d’alter ego. A sa conseillère en communication Pauline, Zabou Breitman donne une interprétation mesurée et chaleureuse, sans manquer de franchise dans ses rapports avec son patron. Tout le microcosme d’un cabinet se retrouve là, qui a bien compris que, en toute circonstance, il faut soutenir le ministre, quitte à supporter ses remontrances et même ses injustices. En cela, le spectacle se révèle très novateur en France, car il montre la véritable mission d’encouragement et de protection que doivent exercer tous ces collaborateurs, jusqu’au garde du corps et au chauffeur étonnant Sylvain Deblé dans le rôle de Martin Kuypers. Mentionnons enfin une étonnante scène d’accident de voiture.

Le film amorce une véritable réflexion sur les conditions de l’exercice du pouvoir. A une époque où l’information elle-même se trouve bousculée par l’image et les sms avec la belle trouvaille technique que l’incrustation sur l’écran de cinéma et où il faut sans cesse donner l’impression que l’on maîtrise et anticipe le temps, est-il encore possible de prévoir et de s’investir au-delà de l’immédiat ? Peut-on ne pas se couper de la réalité quotidienne et comprendre encore ses contemporains ? Et comment vivre entre Eros et Thanatos, entre le Désir et la Mort ?

Tandis que Dominique Strauss-Kahn doit faire face non seulement à de nouvelles rumeurs liées au réseau lillois de proxénétisme, mais aussi aux révélations sur son épouse, risquant d’éclairer les raisons de leur connivence, le nouveau héraut du Ps, lui, semble avancer sans coup férir sur la scène politique. Il faut dire que celle-ci lui avait été généreusement ouverte : quatre débats télévisés sur des chaînes grand public, deux soirées électorales, une multitude d’interviews et de reportages comme s’il s’était agi de la vraie présidentielle, le tout révélant une collusion peu discrète avec la majorité des médias.

Le champion de la gauche est donc annoncé vainqueur de Nicolas Sarkozy à au moins 60% alors que, au début de l’année, il n’était guère considéré capable de représenter le Parti socialiste. Il y a là une victoire de l’opiniâtreté personnelle et une persistance politique héritées d’un homme avec lequel il a en fait entretenu peu de rapports, François Mitterrand ; comme lui, il va incarner une forme de « force tranquille » face au sortant qui, peu apparaître moins vibrionnant, a souvent donné le tournis à ses compatriotes. Du coup, sans le charisme de celui qui avait réussi à incarner toute la gauche bien que n’étant pas réellement l’un des siens ! François Hollande a incontestablement le vent en poupe. Simple élu local, en Corrèze, il peut même paraître un homme neuf, dont le côté rassembleur a été accru par le ralliement, au second tour de la primaire, de tous les autres candidats face à une Martine Aubry réduite au rôle de repoussoir.

Homme d’une gauche ouverte vers le centre, François Hollande va devoir chasser sur les mêmes terres que Nicolas Sarkozy et François Bayrou tout en satisfaisant les représentants de la gauche dure chez lui, au Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et chez les écologistes d’Eva Joly, toujours soucieuse de « sortir du nucléaire ». Pour compenser son libéralisme économique et son mondialisme que Marine Le Pen aussi lui reproche en le présentant en « frère siamois de Nicolas Sarkozy » il devra donner des gages dans le domaine de la culture et des moeurs. On le savait déjà favorable au « mariage » homosexuel, on lui découvre aujourd’hui d’autres engagements. Ainsi, par le biais de l’amendement n° 3775 au projet de loi de finances pour 2012, il entend contrer tout « financement d’activités d’enseignement privé hors contrat ».

Enfin, dans Le rêve français, il s’oppose à « une vision agressive et caricaturale du passé national où toute perspective critique serait bannie au bénéfice de discours incantatoires sur la grandeur de la France » car, selon lui, « l’Histoire sert de repères [sic, au pluriel] à condition d’avoir une vision claire, de donner une place à ceux dont on a compris plus tard l’importance du combat ». Autrement dit, il refuse l’exaltation du passé national et veut mettre l’Histoire au service de sa vision politique.

Les sommets se multiplient autour de la crise de la dette. Celui du 23 octobre est à peine terminé que se profile déjà celui du 26, à Bruxelles, lequel rassemblera les représentants de tous les États membres de l’Union Européenne, y compris ceux n’appartenant pas à la zone Euro. Le sommet du 23 a été marqué par un incident significatif : Nicolas Sarkozy a vivement répliqué au Premier ministre britannique David Cameron en ces termes : « Vous dites détester l’euro, vous n’avez pas voulu le rejoindre et maintenant vous voulez vous ingérer dans nos réunions ». Même si les nerfs ont sans doute parlé, comme il peut arriver lors de ces séances particulièrement tendues, le Président français a mis le doigt sur un vrai problème. La crise de la zone Euro ne concerne pas que les pays de cette zone.

L’algarade entre Nicolas Sarkozy &David Cameron doit être méditée. Elle nous indique déjà que les problèmes qui touchent l’Euro concernent l’ensemble des pays européens, y compris ceux qui n’ont pas voulu de la monnaie unique. En ce sens, elle montre le caractère illusoire d’un éventuel retour aux anciennes monnaies. De plus, elle invite à regarder du côté du Royaume-Uni, soumis à une austérité draconienne, en dépit de son refus de l’Euro.

La sortie de Nicolas Sarkozy a été bienfaisante, que le chef de l’Etat ait eu raison ou tort. Aujourd’hui, nous ne voyons guère la crise de la dette qu’à travers des analyses trop techniques et peu accessibles au profane. Les actualités télévisées nous montrent d’un côté des images d’usines menacées, de révoltes ou de détresses individuelles, et de l’autre des dirigeants européens ressassant des propos auxquels nul ne prête plus attention. Une crise financière n’est pas télégénique.

Pour être inévitable, ce traitement de l’information économique n’en est pas moins dangereux. Il donne de la crise une idée d’autant plus menaçante qu’elle en devient floue. Comment n’aurions-nous pas peur devant ce phénomène présenté comme ravageur et devant lequel nos dirigeants paraissent impuissants, voire soumis aux diktats des agences de notation ? Nous voici devant une prime dangereuse offerte à tous les démagogues.

La représentation de la crise pourrait bien être plus dévastatrice que la crise elle-même.

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