François Hollande : 6 mois pour se peaufiner.

Lundi 31 octobre 2011 // La France

Quel extraordinaire parcours que celui de François Hollande, longtemps obligé de jouer les seconds rôles, notamment derrière son ancienne compagne Ségolène Royal mais aussi vis-à-vis de Martine Aubry, en charge du parti socialiste ! Sans oublier le long épisode DSK, avec le feuilleton des cinq derniers mois qui a ramené le président du Conseil général de la Corrèze au premier plan, justifiant une fois de plus le sens politique de sa compatriote d’adoption Bernadette Chirac... De ce point de vue, l’électorat socialiste semble en phase avec celui, plus général, de la gauche et, peut-être même, de l’ensemble du pays. Celui qui n’a jamais été ministre attire en effet beaucoup plus la sympathie que Martine Aubry, qui a vu ce qui ne peut être un hasard les quatre autre candidats de la primaire socialiste se rallier à son adversaire. 57% représente un score qu’il ne pourra vraisemblablement pas attein- dre à la présidentielle elle-même, mais cela constitue une bonne base.

Il lui reste donc six petits mois pour peaufiner son image de rassembleur aux convictions fermes et, surtout, réunir autour de lui d’abord tout le Ps, puis le maximum possible de la gauche et enfin mordre sérieusement sur le centre et peut-être au-delà. Tout au moins dans la mesure où ses amis le lui permettront : s’il est normal pour un candidat de droite de chercher des voix à gauche, il est mal vu pour un héraut de gauche de chercher ouvertement à en grappiller à droite, sauf à monter une manipulation comme la réussit François Mitterrand avec le Front national. D’ailleurs, aussi bien vis-à-vis du Front national que du Front de gauche et une partie des écologistes et autres altermondialistes et même « démondialistes » à la Montebourg, François Hollande va devoir convaincre qu’il n’est pas, comme Martine Aubry et Nicolas Sarkozy, un pur produit du libéralisme mondial et de l’Europe des marchés financiers.

On ne peut que noter la différence de tonalité entre deux réactions socialistes venues de Lyon. La première vient des Jeunes Socialistes, bien marquée à gauche, qui le soutiennent désormais pour « transformer en profondeur la.vie des Français et permettre à la société française de renouer avec les valeurs démocratique (liberté, égalité, fraternité, laïcité) tant malmenées par le gouvernement Sarkozy ». La seconde a été formulée par son maire Gérard Collomb, de plus en plus partisan de l’ouverture au centre, qui l’appelle à « rassembler au-delà de son camp et convaincre les déçus de la politique gouvernementale ».

C’est donc maintenant que débutent vraiment les difficultés pour François Hollande, obligé forcément de donner des gages à la gauche de sa gauche tout en lançant de l’autre côté beaucoup d’appels, qui ne pourront pas être que discrets, puisqu’il s’agit d’une campagne nationale. Mais on comprend que Nicolas Sarkozy aurait préféré avoir en face de lui la « dame des 35 heures ».

Hollande Vainqueur. Les Français doivent lui faire confiance

François Hollande, vainqueur des primaires socialistes, tient captive la gauche et peut y, gner des voix au centre. La présidentielle est-elle jouée ? Il y eut longtemps deux Corrèze : celle des ouvriers et des paysans rouges, qui est en train de disparaître ; celle du « père Queuille », haute figure du radicalisme local, qui savait parler à tout le monde et qui avait l’art et la manière de distribuer les « plaçous » - bureaux de tabac et autres attentions qui enracinaient les fidélités . Jacques Chirac fut son digne successeur au ministère de l’Agriculture et sur les terres d’Egletons. François Hollande a lui aussi cette rondeur qui favorise l’implantation locale et l’envoi vers les destins nationaux. Ces atouts lui ont servi dans la campagne des primaires, au cours de laquelle ii s’est habilement présenté comme l’homme de la « synthèse » et du rassemblement.

On ne saurait cependant trop invoquer un déterminisme corrézien. Henri Queuille était un patriote de terroir, ancien combattant de 1914-1918, décoré de la Croix de guerre, un résistant de la première heure qui fut appelé à Londres par le général de Gaulle. François Hollande, ancien élève au pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle de Rouen et au lycée Pasteur de Neuilly, ancien élève de HEc et de l’ENA, est un homme d’appareil qui n’a $mais exercé de responsabilités directes dans la conduite de la nation et qui est, culturellement, d’une génération qui a espéré avec Jacques Delors une évolution vers le fédéralisme européen.

Cependant, lors de la bataille des primaires, alors que les commentateurs avaient du mal à pointer les différences programmatiques entre les deux rivaux, c’est l’image du rassembleur qui l’a emporté sur celle de la militante. Victoire d’autant plus facile que Martine Aubry avait accepté de faire campagne pour Dominique Strauss-Kahn dans le cadre du « pacte de Marrakech » donc pour le représentant de l’aile droite du parti et qu’elle donna longtemps l’impression de ne pas avoir vraiment envie de se présenter aux primaires.

Bénéficiant de la réussite des primaires et du succès personnel qu’il a obtenu après avoir rallié tous ses rivaux du premier tour à l’exception bien sûr de Martine Aubry, François Hollande dispose de sérieux atouts. Il ne sera pas gêné par une extrême-gauche trotskyste qui s’effondre ; il bénéficiera sans difficulté du ralliement de Jean-Luc Mélenchon et des communistes pour le second tour ; la terne campagne d’Eva Joly le mettra en position de force vis-à-vis des écologistes et la gauche du Parti socialiste, désormais incarnée par Arnaud Montebourg, n’a aucun intérêt à embarrasser un candidat parti d’un si beau pas. De surcroît, il pourra rallier des voix centristes entre les deux tours s’il continue à tenir un discours favorable au libre-échange, au fédéralisme européen et à la mondialisation sans trop insister sur sa « révolution fiscale ». Pour Nicolas Sarkozy, François Hollande est donc un candidat très dangereux : il espère bénéficier du classique « vote de rejet » qui peut frapper le président sortant d’autant plus brutalement que la France et l’Union européenne sont en pleine crise.

Mais c’est la crise, justement, qui empêche de penser que la partie est jouée. Dominer ou paraître dominer l’évolution de la situation dans la zone euro pourrait redonner un avantage à Nicolas Sarkozy : c’est sur cette attitude résolue que compte le président de la République, pris entre les feux croisés de la gauche et de ce Front national qu’on a oublié pendant les primaires.

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