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France-Allemagne.

Samedi 14 août 2010 // L’Europe

La crise financière européenne est devenue une crise franco-allemande. Mais il y a d’autres voies pour la résoudre que celle d’une nouvelle entente franco-allemande.

Hubert Védrine a raison : « Le malaise naît de la manière dont cette question - celle des marchés financiers et de la dette - a surgi et s’est imposé en Europe. » Les Etats-Unis ne s’en tirent pas beaucoup mieux, mais c’est chez eux un débat entre Trésor et Banque fédérale, Président et Congrès. En Europe, c’est devenu un problème franco-allemand. On sait bien qu’il y a des raisons de structure industrielle, d’idéologie monétaire et de culture sociale. Mais pourquoi ce flottement politique au sommet ?

L’ancien ministre pense que le problème viendrait de la volonté de Mme Merkel d’abord d’imposer seule un plan d’austérité allemand, ensuite de l’étendre aux vingt-six autres sans coordination. Et M. Védrine d’appeler la chancelière à partager en privilégiant à nouveau le socle franco-allemand seul susceptible d’entraîner les partenaires. Ceci appelle plusieurs remarques : le couple Sarkozy Merkel est sans doute le plus mal assorti de l’histoire de la relation franco-allemande depuis la mésentente Pompidou Brandt. La centaine de rencontres Kohl Mitterrand auxquelles M. Védrine a participé ne sont pas un guide très sûr pour suivre les dialogues entre leurs successeurs respectifs. Pour un ensemble de raisons :

  • La première est leur positionnement politique intérieur respectif. M. Sarkozy a mené avec la présidence européenne du second semestre 2008 un parcours en solitaire qui tend toujours à montrer que la France est la première en Europe. Il compte s’en servir pour gagner en 2012. À l’inverse, l’engagement européen fait plonger Mme Merkel. L’accord qu’elle a dû donner contre son gré au plan de soutien à la Grèce lui a fait perdre la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Bundesrat et presque la présidence fédérale.
  • Seconde raison des difficultés du couple franco-allemand, celle qui hantait le président Pompidou en 1969, le déséquilibre industriel accentué entre les deux pays. L’Allemagne a su dominer la crise avec ses ressources propres. Crime impardonnable pour les autres, et d’abord pour la France. La campagne électorale de 1969, déjà orchestrée par Jacques Chirac à l’époque, était centrée sur le péril de la Grande Allemagne. S’il en allait de même en 2012 ?

Troisième raison, le retour de la France dans l’Otan a privé l’Allemagne de son rôle de contrepoids. Dans un premier temps, lors de l’adoption du traité d’amitié franco-allemand de 1963, les États-Unis avaient exigé du Parlement allemand le vote d’un préambule qui subordonnait quasiment celui-ci à l’Alliance Atlantique. Cela avait été fait, au grand dam du général de Gaulle, sous l’égide de Ludwig Erhard le vice-chancelier allemand, artisan du redressement économique et sauveur du mark.

Vis-à-vis de l’hôte de Washington aujourd’hui, Berlin ne sert plus à tenir Paris en respect et réciproquement. M. Sarkozy entend bien continuer à caracoler en tête à la présidence du G 8 et du G 20, en penchant plus du côté de l’Amérique, avec l’aide de Mme Christine Lagarde. Aux côtés de cette brillante avocate internationale, Mme Merkel fait très provinciale. Le contraste est trop saisissant pour ne pas être durement ressenti. Mme Lagarde parle-t-elle allemand ?

Quatrième raison, plus capitale que les trois précédentes, la mise en œuvre du traité de Lisbonne. M. Védrine aurait tort de la minorer. Mme Merkel a compris plus tôt que les français le changement de portage introduit par le service diplomatique européen. Lisbonne met fin à la relation privilégiée franco-allemande. La nouvelle organisation institutionnelle rend inutiles et obsolètes des structures bilatérales franco-allemandes ici et là, que ce soit dans le domaine diplomatique, de la défense ou du gouvernement économique. On ne peut plus agir après Lisbonne comme avant. Il semble que, du côté français, on croit toujours à la nécessité d’un moteur franco-allemand pour que l’Union avance.

C’est tout le contraire. L’Union de Lisbonne fait obstacle à toute relation particulière. Les enjeux de pouvoir ont été transférés Bruxelles, non pas à la Commission de plus en plu exsangue, mais dans cet objet politique encore non identifié où Conseil, Commission et États nationaux n’ont qu’une hâte, c’est de placer un maximum des siens, et non plu dans les coopérations renforcées franco-ceçi ou franco cela. Qui voit-on reparaître autour de Mme Ashton, sinon pour la France le diplomate Pierre Vimont, grand serviteur de l’État et excellent connaisseur de l’intérieur des arcanes européens, mais un fonctionnaire ; et pour l’Allemagne, l’ancien ministre des Affaires étrangères, l’ex soixante-huitard vert, Joschk Fischer, un brillant politique qui avait développé, au temps de Védrine ministre, de grandes visions pour l’Europe politique.

Quelle est donc l’alternative ? Ce n’est pas de répéter qu’ il n’y a pas en Europe d’alternative à l’entente franco-allemande ». On peut et on doit certes essayer de la soigner, de l’entretenir, de la renouveler, de la dépolitiser mais à nous en tenir là nous retomberions dans les ancien errements vis-à-vis des vingt cinq, de Bruxelles et des autres. Il nous faut clairement une stratégie post-Lisbonne.

Aujourd’hui, la seule fenêtre d’opportunité envisageable semble être la relation avec la Russie, une triple entente, voire, si possible, une quadruple entente, sur la base du triangle de Weimar que l’on vient tout à coup de sortir de l’oubli : France Allemagne Pologne et Russie. Il faut aller vite, sortir du nombrilisme et redonner des perspectives, un horizon, un espace au développement de l’Europe, au sens de la Grande Europe. je me garde ici de parler de la Turquie mais elle serait nécessaire à ce grand redéploiement européen. Il s’agit d’un espace autant économique (énergétique notamment) que politique.

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