Medef.

Faut-il sauver le soldat Parisot ?

Dimanche 28 février 2010 // La France

À quelques mois du congrès du Medef, les tentatives de déstabilisation de Laurence Parisot se multiplient. La reconduction du mandat de l’actuelle présidente de l’organisation patronale en devient de plus en plus incertaine. Pourtant, il n’est pas sûr que les Français aient grand-chose à gagner à son départ.

« On parle de la faiblesse du syndicalisme, mais je constate surtout celle du patronat ». Pour une fois, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT et expert ès patronat, parle d’or. A quelques mois de la fin du mandat de Laurence Parisot, rien ne va plus en effet au Medef. À la mi-décembre, Jean-René Buisson annonçait que l’Ania, la puissante fédération patronale de l’agroalimentaire qu’il préside, quitterait le Medef le 1er janvier. Raisons invoquées à ce départ inattendu de celui qui fut l’un des plus fidèles soutiens de Laurent Parisot : le refus de la patronne des patrons de s’engager dans une réforme de la représentativité patronale qui remonte à l’après-guerre, et l’insuffisante prise en compte des préoccupations de l’industrie agroalimentaire, pourtant première industrie française en termes de chiffre d’affaires, et second employeur industriel français.

Début janvier, intervient un nouveau psychodrame au 55 de l’avenue Bosquet à Paris où se trouve le siège du Medef : la démission de Jean-Charles Simon, directeur général délégué, officiellement pour incompatibilité d’humeur avec Laurence Parisot et le reste de son état-major. Cela serait passé inaperçu s’il n’était pas le troisième à quitter ce poste en quatre ans : le premier ayant même intenté un recours devant le conseil des prud’hommes. Enfin, certains Medef locaux ne pardonnent pas à Laurence Parisot d’avoir soutenu la réforme de la représentativité syndicale qui a contribué à un durcissement des relations sociales dans les entreprises. Un grand nombre d’entre eux n’hésitent plus, aujourd’hui, à dire tout haut ce que jusqu’à présent ils pensaient tout bas. Tout cela s’ajoute aux démêlés avec l’UIMM qui s’oppose, depuis le début, à la conception du dialogue social prônée par Laurence Parisot. Résultat : Le renouvellement en juin du mandat de l’actuelle présidente qui se présentait, il y a peu, comme une simple formalité, devient de plus en plus compromise.

Certains voient dans cette tentative de déstabilisation la patte de l’Élysée qui ne supporte pas Laurence Parisot, notamment son attitude lorsque les montants des bonus des traders et des salaires des patrons ont été révélés, et verrait plutôt d’un bon oeil son remplacement par un candidat plus docile et plus proche du président de la République. Pour preuve les déclarations d’Alain Minc au Parisien Aujourd’hui en France fin décembre : « s’il y avait un dixième du talent de l’état-major de la CGT au Medef, les choses iraient mieux ». Les prétendants ne manquent pas.

À commencer par Denis Kessler, qui fut le numéro deux du Medef de l’ère Seillière entre 1997 et 2005. Il est aujourd’hui PDG de la Scor, société de réassurance. C’est à lui et à François Ewald, son conseiller occulte, qu’on doit la refondation sociale dont l’objectif était de mettre à bas les principaux acquis sociaux. Son arrivée à la présidence du Medef serait une catastrophe. C’est un idéologue qui est passé dans les années 1980 du trotskisme le plus sectaire à l’ultra-libéralisme. Représentant du groupe de pression des assureurs privés, son programme se résume en deux points : brûler le code du travail et permettre aux assureurs privés de mettre la main sur le pactole de la Sécurité sociale.

Il prétend qu’il n’est pas candidat à la succession, d’autres disent qu’il ne se lancera dans l’aventure que s’il est sûr de l’emporter. Le lancement de sa campagne expliquerait la démission de Jean-Charles Simon qui fut un proche collaborateur de Denis Kessler et les deux hommes sont restés très liés. Dans ce contexte, le maintien de Laurence Parisot à son poste pourrait constituer un moindre mal.

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