Famine en Somalie.

Jeudi 8 septembre 2011 // L’Afrique

La communauté internationale peine à se mobiliser pour la Somalie. Le retrait de Mogadiscio des milices islamiques n’est pas exploité politiquement.

Une conférence des pays donateurs d’aide alimentaire à la Corne de l’Afrique réunie le 25 août à Addis-Abeba devait s’efforcer d’accélérer la mise en place, des financements et des interventions au profit des queques millions de victimes de la sécheresse, principalement en Somalie, au nord du Kenya et au sud de l’Ethiopie. Depuis que l’état d’urgence avait été décrété par la FAO, fin juillet, à peine plus d’un million de dollars ont été débloqués sur un total requis de 2,5.

La lenteur de la réaction ne tient pas seulement à la trêve de l’été. Elle bute aussi sur les difficultés logistiques d’opérations conduites à distance depuis Nairobi à plus de mille km. En effet la situation sur place en Somalie demeure incertaine. La capitale, Mogadiscio, est certes passée entièrement sous le contrôle de la force africaine de maintien de la paix (Amisom) composée d’environ dix mille hommes, ougandais et burundais. Les milices islamistes, Shebab (« jeunes ») s’étaient soudainement retirées de la ville dans la nuit du 5 au 6 août. Théoriquement la ville est « libérée », même si ce n’est qu’un tas de ruines. Mais le renseignement fait défaut sur la signification de cette retraite en bon ordre. Après deux ans d’une guerre d’usure, les Shebab n’étaient plus en mesure de livrer un combat frontal contre des forces nouvelles mieux armées, entraînées et encadrées, au service du gouvernement de transition. La dégradation de la situation économique, jusqu’à la menace de famine, avait asséché les ressources qu’ils pouvaient tirer des marchés L’exode des populations diminuait aussi leur recrutement de jeunes miliciens. Les Shebab, comme il y a presque cinq ans les forces dites des Tribunaux Islamiques, ont préféré rompre le combat.

Repli purement tactique ? On en discute. Il est à craindre qu’ils ne se dispersent, notamment dans le pays voisin, le Kenya, qui n’a aucun contrôle sur ses frontières. Une déstabilisation du Kenya pourrait tenter la direction des Shebab dont le but est toujours d’internationaliser le conflit. Les milices pourraient aussi attendre l’arrivée de l’aide alimentaire internationale pour recommencer leurs fructueux prélèvements.

Il reviendrait au gouvernement de transition mis en place en janvier 2009 sous la présidence de Sharif Ahmed de profiter de ce départ pour affirmer son autorité, avec’ le soutien de la communauté inte nationale. Le premier surpris par sa « victoire », il est largement demeuré inactif. Quant aux partenaires, on n’en voit guère qu’un seul à avoir compris l’opportunité qui se présentait : le premier ministre turc Erdogan qui a réuni le 17 août à Istanbul le comité exécutif de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) puis s’est lui-même rendu à Mogadiscio le 19 août avec son épouse et le ministre des Affaires étrangères pour y ouvrir une ambassade. Il a promis 200 millions de dollars sur les 500 annoncés par l’OCI. Pourquoi ce geste ? Parce que la Turquie exerce le secrétariat général de l’OCI ? Parce qu’il se souvient que le Sultan ottoman contrôlait les ports de Somalie jusqu’à la fin du XIXe siècle ? Parce que le Croissant rouge turc coordonne les activités des organisations humanitaires musulmanes, les seules pour le moment à intervenir sur le terrain — avec le CICR ? Tout cela ensemble et parce qu’il a compris qu’il y avait une fenêtre d’opportunité diplomatique pour la paix en Somalie : déjà le président érythréen, Afeworki, accusé de soutenir les Shebab (contre l’Ethiopie), et qui ne sort pratiquement jamais de son pays, vient de se rendre en Ouganda qui commande la force de l’Amisom.

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