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Ce ne sera pas le plan Marshall, mais...

Fadela Amara : SOS Elysée !

Dimanche 17 février 2008, par Claude Askolovitch // La France

Rivalités politiques blocages administratifs manque : d’argent son plan banlieues s’enlisait. La fondatrice de " Ni putes ni soumises " a failli se noyer. Son espoir aujourd’hui que Nicolas Sarkozy, son nouveau mentor, lui sauve la mise

Comme toujours dans la République Sarkozyste, la vérité est ailleurs : au seul endroit qui compte, à L’Elysée. Le reste, on s’y attarde, mais c’est pour la galerie... Mardi 22 janvier, Fadela Amara organise sa grande journée banlieue à Vaulx-en-Velin. Associations, télévisions, discours, et elle promet 45 000 emplois, et Christine Boulin la boude, et les médias se délectent... Le même jour, au même moment, à l’Elysée, le directeur de cabinet d’Amara planche devant les conseillers présidentiels. Il détaille le plan Espoir Banlieues de sa patronne. Amara elle-même l’a déjà testé quelques jours plus tôt devant François Fillon, en réunion interministérielle. Mais là, c’est autre chose, « C’est la première véritable réunion sur ce plan banlieues puisqu’elle implique l’équipe présidentielle », dit-on à l’Elysée. Ainsi va le sarkozysme d’après le Nouvel Observateur, toujours près à pourfendre le Chef de l’Etat.

A Vaulx-en-Velin, Amara bat l’estrade : elle fait le métier. Mais l’essentiel se joue à Paris. Chez Claude Guéant, Henri Guaino, Raymond Soubie, Emmanuelle Mignon, Ceux qui approchent Sarkozy, qui lui donneront les dernières notes. Et qui piochent dans le panier d’Amara de quoi nourrir le verbe présidentiel. Leur brief est simple : L’essentiel, c’est l’emploi. L’emploi, la formation, l’éducation Et le reste.? Les constructions sur le désenclavement, la gouvernance banlieusarde, le « couple maire-préfet » cher à Amara ? De bien bonnes idées, que la secrétaire d’Etat pourra mener à bien. Pourquoi se priver de l’aubaine du Grenelle de l’environnement pour doper les transports banlieusards ? Mais un tramway à Clichy-sous-Bois ne nourrit pas un discours ! Ainsi, les élyséens trient. Un choix très sarkozyste : l’encouragement aux meilleurs. L’aide aux largués, le travail est un viatique, et chacun aura sa chance, à condition de la mériter. « Un équilibre entre droits et devoirs, pas des subventions à fonds perdus. On invente un contrat d’insertion pour les dizaines de milliers de jeunes inemployables : Un droit à la formation conditionnée à l’assiduité et à l’acceptation d’un travail en bout de course. On acte la multiplication des internats d’excellence pour doper l’éducation. On décrète le droit aux classes préparatoires aux grandes écoles 5% des lycéens, dans chaque établissement, entreront dans ces filières d’élite. On a rétabli des projets que le Premier ministre n’avait pas retenus, donné une dimension plus importante à d’autres, dit un conseiller de Sarkozy Qui devrait également lancer la mobilisation générale des grandes entreprises autour de l’emploi des banlieusards.

Voilà pourquoi, depuis quelques jours Fadela Amara a le sourire. Sarkozy n’a pas encore tout arbitré. Mais le plan banlieues existera, et le président le portera. Les ricaneurs souligneront que la star Fadela n’aura été que la sherpa de Sarko - ou la porte-parole d’un plan acté par d’autres. Et alors ? C’est la règle du jeu. Amara l’a acceptée au printemps. Et c’est elle, délibérément, qui s’est mise dans les mains de l’Elysée en décembre quand son plan était encalminé dans les fondrières gouvernementales. La militante associative au verbe popu est d’abord une politique. Têtue et réaliste. Et sarkozyste aussi, plus qu’elle ne l’admet elle-même, encore tenue par mille scrupules ! Sarkozyste par ses mauvaises manières et son besoin d’être aimée ; par ses transgressions et par sa solitude, dans laquelle seuls survivent les plus fidèles ; sarkozyste enfin par sa dureté d’outsider qui a décidé, qu’un non n’est jamais qu’un oui en gestation !

Fadela la Sarkozyste aura donc offert un plan à Sarkozy. Et ce qui s’est passé avant ne compte pas. La petite chronique de la République où chacun a ses raisons. Christine Boulin, femme de caractère éclipsée par une secrétaire d’État dont elle ne voulait pas. Sarkozy, en quête d’un second souffle social. Filon, gardien de la tirelire ébréchée de la maison France... Et Amara elle-même. On connaît le personnage. La femme de gauche dans une équipe de droite qui assume, mais tout de même... Parfois, cela tangue dans la tête. Elle vit toujours dans son appartement de 50 mètres carrés loué au temps où, chef de Ni putes ni soumises, elle gagnait 2 300 eures net par mois. Sa nouvelle richesse l’embarrasse. Elle voudrait installer ses vieux parents en région parisienne, Elle impose à son cabinet des normes hétérodoxes, logeant à Vaulx-en-Velin dans un Kyriad où l’eau chaude est en panne. Depuis qu’elle est ministre, elle jubile et tremble la fois. Elle n’est vraiment bien qu’en immersion dans les quartiers, dans ces « rencontres territoriales qu’elle organise à l’automne ». Elle s’y attarde.

Trop longtemps.? Elle gagne aussi du temps pour user l’adversaire : les cabinets rivaux, l’administration, les habitudes. Et les réalités comptables, dans cet État « ruiné « comme dit Fillon. Le « plan Marshall » promis en campagne par Sarkozy n’est plus vraiment adapté aux contraintes, si l’on pouvait passer à autre chose, qui pleurerait ? Après tout, les milliards de l’Anru -la rénovation urbaine inventée par Borloo, restructurent déjà les banlieues !. Amara a senti le piège, Pondre vite fait un plan express et puis sortir du jeu ? Pas question ! Elle a trop de dettes à purger. Sinon pourquoi avoir basculé ? Elle veut relever les populations privées de République. Les exfiltrer du malheur, comme elle s’est sauvée. La socialiste est devenue blairiste. Le patron de Vinci, un ami, l’encourage à jouer la carte du capital. Elle veut amener les entreprises du CAC 40 recruter en bas des tours, et rendre les jeunes employables. Elle partirait en guerre contre les villes qui abusent de la solidarité nationale. « Je ne confonds pas villes pauvres et villes riches où vivent des pauvres dit-elle. » Celtes-là doivent assurer elles-mêmes l’égalité entre leurs habitants, au lieu de distraire les fonds de la politique de la Ville. »

Mais ces choses-là ne se décrètent pas, Négocier un plan, c’est un métier ! Quand les conseillers d’Amara rencontrent leurs homologues, les séquences tournent parfois au jeu sadomaso. Pas d’argent ! Pas possible ! Trop compliqué Amara n’est que secrétaire d’Etat. Depuis toujours, elle fonctionne en petite équipe. Elle apprend le volapûk administratif. Mais ce n’est pas sa langue. Heureusement, elle est politique. Cela va la sauver.

Fin décembre, la situation est figée. Amara fait de la résistance. « ON n’est pas prêts » fait-elle répondre à ceux qui attendent son plan. Seules sortent des notes imprécises, incomplètes. Ce flou pourrit l’ambiance. Les relations avec Christine Boutin s’enveniment les yeux dans les yeux, les deux femmes actent leur désaccord, entre Boutin qui veut défendre les villes toutes les villes, et Amara qui campe sur ses quartiers déshérités, Des élus de banlieue s’agitent à leur tour. À la demande du maire de Saint-Dizier, François Gornut-Gentille, Henri Guaino organise un brainstorming d’élus UMP. Yves Jégo, sarkozyste historique, qui aurait mérité la Ville et ne l’a pas eue, rédige une note, propose l’envoi dans les quartiers de « sous-préfets en mission »,.. C’est l’ambiance : si Amara n’a pas de plan, on va lui en faire un.

En coulisses, c’est plus compliqué. Amara a vu Nicolas Sarkozy. Elle lui a parlé des blocages qu’elle rencontre. Veut-il vraiment un plan ? Il le veut. Il va aider. La décision de repousser la présentation du plan est prise ce moment-là, Quand Sarkozy l’annonce, le 6 Janvier, Amara n’est pas étonnée. Mais gênée, ce jour-là, vis-à-vis du patron. Dans une interview mal maîtrisée au « Point », elle vient d’expliquer qu’elle ne voterait pas Sarkozy en, 2012, « et il le sait », a-t-elle ajouté ! C’est bête, parce que c’est faux. Si Sarkozy rend la République aux quartiers, elle sera avec lui, et le reconnaît, C’est bête surtout parce qu’il ne le savait pas « Ça l’a touché parce qu’il vous aime bien » lui a-t-on-dit à l’Elyssée. La cour s’amuse. Les couteaux s’aiguisent. Alors elle joue son dernier atout : S’en remettre totalement à la volonté présidentielle. Amara organise sa propre soustraction. Elle communique sur sa faiblesse pour donner la main à l’Elysée. « Le président nous a demandé de booster le plan », dit-elle, tandis que son bras droit, Mohammed Abdi, en rajoute sur les demandes élyséennes en matière d’emploi et de formation.

A partir de cette simple phrase, tout Paris bruissera de rumeurs sur un « plan Amara » retoqué par le Château ! En fait, il ne s’est rien passé. « On ne lui donnait pas les moyens, elle ne pouvait pas aller très loin », dit aujourd’hui un conseiller de l’Elysée. Le Château couvre Fadela. Le jeu a changé de nature. Il y va désormais de l’honneur du sarkozysme ! Amara propose même un coup médiatique au patron. Qu’il vienne à Vaulx-en-Velin le 22 janvier pour participer à un atelier sur la formation des jeunes ! Sarkozy, silencieux, prenant des notes, dans la grande journée d’Amara ? L’Elysée ne dit pas non. Et enfin on travaille... Les positions s’assouplissent. L’Education nationale devient plus malléable et les Finances, moins coincées. Michèle Alliot-Marie réintroduit une police de proximité indispensable à la pacification dans des banlieues. Amara compte ses gains. Elle profite de sa dispute avec Christine Boutin pour rayer l’ancien nom du plan, « Respect et Egalité des Chances », voulu par sa ministre de tutelle, et rebaptiser son oeuvre « plan Espoir Banlieues ». Il n’y a pas de petit profit !

Le 22 janvier pourtant, Sarkozy ignore Vaulx-en-Velin. Il ne sera pas figurant vedette dans le show de sa ministre. Jusqu’au dernier moment, Amara a voulu y croire. Elle encaisse. Mais elle sait qu’à l’Elysée les cerveaux du président réinventent son oeuvre, Encore un effort ? Le 8 février, si tout va bien, Fadela Amara deviendra vraiment sarkozyste.

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