FRANCOPHONIE

Une auto-satisfaction malvenue.

Vendredi 4 avril 2008 // Le Monde

Nous venons de fêter le 20 mars, comme chaque année, dans l’ensemble des pays membres, la Journée internationale de la francophonie. Cette année, comme lors des précédentes éditions, on a eu droit aux mêmes discours, aux mêmes slogans, aux mêmes congratulations. Cette année comme il y a dix ans, c’était du pareil au même : « La journée internationale de la francophonie, le 20 mars, est l’occasion, pour les francophones du monde entier, d’affirmer leur solidarité et leur désir de vivre ensemble, dans leurs différences et leur diversité, et de partager les valeurs de la francophonie : paix, dialogue, respect et solidarité ». Le 20 mars 2009, parions qu’on nous servira exactement la même chose. On tourne en rond.

Depuis que l’ancien président sénégalais a pris l’OIF (Organisation internationale de la francophonie), conquise au prix de beaucoup de coups bas avec quelques ignobles et détestables complicités internes, on ne voit plus exactement où va la francophonie. C’est tellement désolant de le constater que l’Egyptien BoutrosBoutros Ghali, l’ancien secrétaire général des Nations-Unies, qui fut imposé à la tête de l’OIF par Jacques Chirac contre l’avis d’une grande majorité de chefs d’Etat africains, n’a finalement pas démérité au regard de l’immobilisme qui caractérise la gestion de l’actuelle direction sénégalaise. On a l’impression qu’après son élection tumultueuse (beaucoup de chefs d’Etat africains et non des moindres ne voulaient pas d’un des leurs à ce poste), l’ancien président du Sénégal a plutôt utilisé son énergie à éteindre les foyers de contestation dans les présidences africaines francophones les plus en vue. Sa mission réussie cinq sur cinq, conscient d’avoir plié son affaire, il a tout simplement croisé les pieds, à Paris, alors que la francophonie prend l’eau de toutes parts.

Lors d’une de ses multiples sorties médiatiques à l’occasion du 20 mars 2008, il a reconnu chez nos confrères de la RTBF (Radio Télévision belge francophone) que son « organisation fait face à un déficit en image et en communication (et que) beaucoup de gens ne savent pas ce que c’est ». Ce discours-là, je l’entends depuis vingt ans. Pourquoi n’a-t-il rien fait depuis six ans qu’il est en fonction ? Si le Canadien Jean-Louis Roy n’a pas démérité pour avoir donné ses fondamentaux à l’organisation dans le domaine de l’éducation, de la formation, de l’enseignement de base, des nouvelles technologies de l’information et de la communication, du cinéma, de la lecture publique dans les villages, du soutien à la presse et la formation des journalistes, de l’accompagnement même de la démocratie ; je me demande pourquoi avoir fait la chasse à l’Egyptien du moment où le Sénégalais ne fait guère mieux ?

Un mot sur Nicolas Sarkozy pour terminer. Contrairement à Jacques Chirac et à François Mitterrand, il ne dispose pas d’une vision sur la francophonie. En imposant par exemple l’Egyptien et le Sénégalais à la tête de l’OIF, Chirac ambitionnait d’en faire un outil d’influence de la diplomatie (française) dans le monde, susceptible de peser aux Nations-Unies. Il a échoué sur toute la ligne. Sarkozy, lui, ne veut rien en faire et ne cherche même pas à savoir ce que c’est. Sinon, il n’aurait pas tenu le discours insultant que toute l’Afrique (surtout francophone) a pris en pleine figure à Dakar, en juillet dernier. Il n’aurait pas mis non plus tant de hargne à fermer les frontières de son pays aux Africains francophones qui y viennent pour de multiples motifs dont la poursuite de leurs études alors qu’il sait, pour avoir longtemps côtoyé le pouvoir avant d’y accéder que, à cause d’une certaine politique africaine de la France de ses prédécesseurs, le système d’enseignement dans les pays africains, comme l’économie, est complètement par terre.

Le nouveau chef de l’Etat français peut choisir de faire (sa) francophonie avec les nouveaux pays européens vers lesquels sa diplomatie semble se tourner et vers les pays asiatiques et latino-américains, mais qu’on ne vienne pas nous tenir le discours de la « solidarité », du « désir de vivre ensemble dans leurs différences et leur diversité et de partager », comme étant des valeurs de la francophonie. Cela n’est plus vrai. Les Etats africains francophones qui font (hélas) partie des 68 Etats de l’OIF, auraient plutôt intérêt à mieux se concentrer dans l’édification d’une Union Africaine plus forte et plus à même de répondre aux urgences des Africains. Car l’avenir des pays francophones d’Afrique se joue en Afrique et non au sein d’une francophonie qui, tôt ou tard, aura vocation à devenir un « machin ».

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