FAIRE VOTER LES ÉTRANGERS ?

Lundi 12 décembre 2011 // La France

Le vote des étrangers aux élections locales fait une nouvelle fois irruption dans le débat politique. Il aura suffi pour cela que les sénateurs se préparent à voter une proposition de loi, que Nicolas Sarkozy juge l’initiative « hasardeuse », et qu’un sondage affirme qu’une majorité de Français sont favorables à une telle réforme.

Le vote des étrangers non communautaires aux élections locales est un vieux serpent de mer de notre vie politique. François Mitterrand l’a régulièrement utilisé, non sans cynisme. Ce véritable chiffon rouge permettait de séduire certaines franges de la gauche, mais aussi de faire monter un Front national bien gênant pour la droite parlementaire.

Faire voter les étrangers non européens aux élections locales peut sembler une idée séduisante. Après tout, les immigrés travaillent chez nous, payent les mêmes impôts que nous et sont astreints aux mêmes obligations. Leur permettre de participer à la vie démocratique locale, et de faire ainsi entendre leur voix n’a rien de scandaleux. De plus, cela permettrait peut-être de limiter les dégâts du racisme.

Présenté ainsi, le droit de vote des étrangers paraît une réforme non seulement juste, mais aussi humaniste, avec toutefois un aspect quelque peu gênant : on a l’impression que ceux qui le refusent sont forcément des racistes plus ou moins avoués s’abritant derrière des arguties juridiques ou des prétextes fallacieux. Il y a un parfum de terrorisme intellectuel derrière certains discours à la générosité trop affichée.

Car les arguments des opposants au droit de vote des étrangers ne sont pas négligeables, loin de là. Certains peuvent même paraître déterminants. Donner le droit de vote aux étrangerspour les élections locales (municipales selon François Hollande) c’est d’abord courir le risque de créer une citoyenneté à deux vitesses et donc des citoyens de seconde zone, alors que l’acquisition de la nationalité française, aisée comparée à bien d’autres pays, est un signe manifeste d’intégration. Il ne suffit pas de payer ses impôts dans un pays pour être citoyen de ce pays : des nations comme les USA le savent bien. Enfin, il y a les risques de frustrations et de tensions que tout le monde connaît bien.

Le débat sur le droit de vote des immigrés mérite autre chose que des calculs politiciens et une démagogie repeinte aux couleurs d’un humanisme sans discernement.

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