Exemplaire !...

Vendredi 1er juillet 2011 // Le Monde

Les médias de la « Bienpensance » n’ont eu de cesse de les montrer du doigt, d’étaler leurs visages, d’avancer les chiffres de leurs faramineux magots…

Soit. Honnis soient les « dictateurs », les « despotes » et consorts…

Sauf que, comme le rappelait le pragmatique H. Kissinger : « Nous avons eu cinq présidents qui ont considéré Hosni Mubarak comme le meilleur allié des objectifs américains dans la région. »

Les « intérêts » demeurent. Mais parfois il convient de réviser les objectifs, de modifier la ou les cibles, et de corriger la stratégie.

Quelques « Sésame » font consensus. Sur la plus haute marche du podium ? « Crime contre l’humanité ! »

Ainsi le colonel Kadhafi doit-il être éliminé de la scène… http://oumma.com/Dans-le-monde-arabe-Islam-signifie

Les « dictateurs » ? « Arabes » ou « autres » ?

En phase I

Leur profil est cerné depuis belle lurette. Tout comme les appareils sur lesquels ils s’appuient : « La dictature « arabe » est désormais d’une routine insupportable : on y retrouve toujours et toujours les mêmes rôles. D’abord un Président venu au Pouvoir par les militaires, maintenu par la fraude électorale et qui, plus il avance dans l’âge, plus il demande des pourcentages de « oui » faramineux pour combler les creux de ses caprices. Le dictateur a aussi, généralement, plus de 75 ans, se présente comme l’héritier d’un Père de la nation mort depuis longtemps et possède soit un fils aîné promis au pouvoir, soit une femme qui le détient déjà, soit un frère qui en possède la moitié. Dans le casting, on retrouve le fameux ministre de l’Intérieur qui dit la même phrase du Golfe à l’Océan, c’est-à-dire n’importe quoi. Connu pour soutenir l’insoutenable, on le retrouve à réciter des chiffres qui font rire après chaque élection, à expliquer que « les manifestants sont des délinquants » ou à menacer que personne ne peut déstabiliser l’Etat, c’est-à-dire lui et son maître et leurs quelques alliés. Dans l’ordre, on retrouve aussi un parti « majoritaire », façon moderne de dire « parti unique ».

Lequel parti est géré et possédé et embrassé de force par une équipe qui a généralement l’âge du Président, répétant des phrases débiles sur la nation et la réforme, l’héritage et les constances et que le Pouvoir utilise comme un club de domestiques politiques. Le cadre général est consolidé souvent avec un appareil syndical servile et voleur d’argent et de cotisations et de faux concurrents à la Présidence et à usage multiple, tolérés pour les besoins du coloriage avec, en aide de camp, une armée endoctrinée au culte de la stabilité ou impliquée dans le festin national.

Le Pouvoir possède aussi quelques journaux du clan, des médias sous la botte et une mainmise sur les marchés stratégiques pour s’assurer la collaboration stratégique des Occidentaux. Dans ce schéma panarabe, le dictateur est, généralement, lui-même ministre de la Défense (on ne vole pas un voleur) et son fils, sa femme ou son frère gèrent les milieux d’affaires et le patronat fragile ou complice du pays. Quand éclatent des émeutes ou naissent des oppositions, le dictateur se tait pour mieux souligner sa souveraineté qui ne daigne pas se pencher sur les petits détails intestinaux du pays, le ministre de l’Intérieur envoie des policiers frapper ou interdire en expliquant qu’il s’agit de délinquants ; un communiqué de terroristes d’El Qaïda est rendu public avec démantèlement d’une cellule djihadiste pour bien faire passer le message aux Occidentaux, puis le peuple est divisé en deux : un partie recevra plus de semoule et l’autre plus de coups de matraque. Et cela se passe ainsi du Maroc au Yémen. Et cela dure depuis dix ans, vingt ans, trente ans. Et cela ne change pas même si cela est indécent, risible, assassin ou comique. Même s’il s’agit de la dernière minute du règne. Même si le peuple est à la porte du palais ou maudit le dictateur à chacune de ses apparitions. Car le dictateur, au bout de si longues années, finit par se dire que si un peuple le supporte depuis si longtemps sans rien dire, c’est parce que ce peuple n’existe pas en définitive et que donc rien ne peut arriver selon ce que lui dit son ministre de l’Intérieur.

Conclusion ? Une blague circule sur le net, résumant dans le rire acide l’amère réalité : lorsque Dieu envoya l’ange Azraël à Moubarak pour cueillir ce qui lui restait d’âme et que l’ange lui dit « Tu ne fais pas des adieux à ton peuple ? », Moubarak lui répondit « Ah bon ! Le peuple s’en va quelque part ? ». La blague est valable pour le reste des 21 de la Ligue »

Kamel Daoud

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=672

Ces « dictateurs », ces « despotes », ont à leur crédit de bons et loyaux services. C’est ce que dit H. Kissinger en filigrane. C’est ce qu’aurait pu rappeler plus d’un « politique » français de M. Ben Ali…

Mais ne convient-il pas de préparer l’avenir par une nouvelle phase ?

En phase II ?

Instaurer le nouvel « ordre » !

Pour y parvenir ? Le « soft power »… … La « donne » était posée la dernière décennie du XX ème siècle.

Le concept si cher au professeur Joseph Nye qui est encore considéré comme l’un des penseurs les plus éminents du « clan » libéral, faisant pendant à Samuel Huntington du « clan » conservateur…

Joseph Nye considère qu’un Etat ne domine plus par la contrainte, mais par son attractivité, et sa capacité d’incarner des valeurs universelles.

« Vaincre » par le « soft power » suppose que l’autre veuille, ou souhaite, suivre le modèle proposé par l’Etat prédominant et fait sien son discours.

Souvenez-vous du « fier de l’être » candidat-président « Sarko l’Américain »…, un candidat tout acquis à ce nouvel « ordre »…

Mettre en pratique ce « soft power » ?

Incitez autrui à « vouloir ce que vous voulez » ! Vous disposerez donc de la capacité de « faire l’agenda de la politique mondiale et d’attirer les autres ». Combinez donc initiative diplomatique, séduction d’une image et propagation de valeurs.

Toujours matraquer l’opinion à coups des grandes valeurs « universelles » : Démocratie, Liberté, Vertus du Marché, etc.

Et nourrir la planète de sa « culture » et de ses emblèmes.

Dans cette phase, la France est devenue un bon et loyal petit soldat, apportant sur un plateau d’argent sa réputation de « Mère » des « Droits de l’Homme », de « matrice » de l’Homme nouveau…

En 2004, Joseph Nye revenait à la charge avec une mise en garde sévère : « L’antiaméricanisme a progressé au cours des deux dernières années… et le recrutement terroriste a augmenté dans le monde islamique. Nous sommes en train de perdre notre « soft power » et notre capacité d’attirer les autres… Nous devons cesser de gaspiller notre « soft power » et apprendre à le combiner avec notre pouvoir « hard », pour être capables de répondre aux défis. » (Ignoring Soft Power, Chicago Tribune, 16 mai 2004).


« Opinion » quant à l’image…

Mais les Temps n’ont-ils pas le tournis ?

Il y a peu, Madame le Secrétaire d’Etat américain, Hillary Clinton, utilisait l’expression de « smart power » ; une expression nous dit-on que devrait faire sienne l’Europe…

Pour les Etats-Unis, cela signifierait être moins « hard » (regardez du côté de l’Irak ou de l’Afghanistan) et donc utiliser un peu plus de « soft power ».

Pour l’Union européenne, cela signifiait être moins « soft »…

In fine se réunir sous ce nouveau concept « smart » !

Sans changer la finalité : servir les mêmes intérêt…

Les « dictateurs » ont fait leur temps. Ne convient-il pas d’accélérer la mise en place d’une seule et même « dictature » ?

Le Meilleur des Mondes est pour bientôt…

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