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Dimanche 18 juillet 2010 // Divers

Le procès des banlieues

Que cela plaise ou non, le procès des quatre jeunes de Villiers-le-Bel, qui se tient en ce moment devant les assises du Val d’Oise, est bien le procès des banlieues. Il dépasse le cas des quatre « jeunes » jugés pour avoir tiré sur des policiers.

Les avocats de la défense auront sans doute beau jeu d’ironiser sur les témoins « sous X » qui ne se sont pas présentés, tout comme les belles âmes qui font la fine bouche devant cette procédure de témoignage anonyme. Cela ne fait pourtant que souligner l’atmosphère de peur qui règne encore aujourd’hui « dans la Zac de Villiers-le-Bel » Samedi dernier, un jeune homme de 21 ans a été abattu dans un quartier voisin, tandis qu’un autre a été blessé. Et ce n’est que la suite d’une longue série d’agressions régulières.

Dans un tel climat, on ne peut que comprendre la défection des témoins. Déposer, même anonymement, c’est prendre le risque de se faire identifier, même sur un détail. Lorsqu’on habite dans le même quartier, cela veut dire, s’exposer à des représailles de la part des bandes ou des familles, des représailles, cela veut dire tout simplement risquer sa vie ou celle de ses proches. Quant à la protection de la police, qui n’est pas une habitude française, elle sera de toute façon incomplète et d’une efficacité douteuse. De plus, une telle protection, serait forcément limitée dans le temps.

Quelle que soit l’issue du procès, il aura au moins servi à mettre en évidence une situation scandaleuse. Les voyous de Villiers-le-Bel ne constituent qu’une minorité, mais une minorité qui bafoue la loi et les autorités publiques et, surtout, minorité qui tient en otage toute une population qui ne demande, elle, qu’à travailler, et vivre en paix. Cette minorité n’a aucune excuse. Rien ne justifie l’intimidation, la violence ou le recours aux armes.

Mais en l’absence d’excuses, il y a au moins des explications à chercher. Sans doute faut-il regarder, entre autres, du côté de ces cités devenues zones de non-droit, ces espaces sans mémoire ni personnalité. Des lieux où l’on ne peut envisager le futur parce qu’ils ne portent pas de passé.

Oui, ce qui se déroule à la cour d’assises de Pontoise, est décidément le procès des cités.

Hypocrisie et savoir-vivre

Notre époque porte en horreur tout ce qui ressemble à l’hypocrisie. Celle-ci est vécue comme la face négative de cette transparence dont tous se réclament à défaut de la pratiquer. Dans notre société de l’image, en effet, il convient toujours de donner de soi ou du groupe que l’on représente association, entreprise, institution, métier ou groupe de pression une expression consensuelle, lisse et positive. Ajoutée au « droit à l’information », à la « déontologie journalistique » et au souci des « vrais gens », elle écarte sans pitié ce qui peut apparaître comme rugueux et original au nom d’une vérité réduite à son plus petit commun dénominateur ou à la simple opinion du moment.

Dans cette perspective, il conviendrait peut-être de se souvenir du vieil adage de La Rochefoucauld qui proclamait que « l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ». En bon moraliste, l’auteur des Maximes mettait en scène quatre comportements ou, plus précisément, deux attitudes concrètes et deux pôles de référence. L’hypocrisie - terme dont l’étymologie désigne un rôle tenu à la scène - permet à quelqu’un de se montrer autre qu’il n’est, alors que l’hommage exprime la reconnaissance d’une supériorité ou, tout au moins, d’une distinction que l’on met en valeur. Quant au vice et à la vertu, ce sont les deux extrémités qui balisent le mal et le bien entre lesquels on doit forcément choisir.

Le problème est que chacun vit en groupe et qu’il faut des règles pour que les relations sociales reposent sur un minimum d’harmonie, et que les personnes, puissent dépasser leurs antagonismes, leurs sautes d’humeur et leurs seuls intérêts. C’était normalement le rôle de l’étiquette, qui plaçait les uns et les autres dans une situation d’égalité en imposant les mêmes gestes et les mêmes paroles. La diplomatie avait également pour but d’arrondir les angles afin de rapprocher ensuite les points de vue. On devenait ainsi capable de s’adresser à son pire ennemi malgré tout ce qui opposait à lui ; il en était d’ailleurs de même, pour les relations purement personnelles, par exemple à l’intérieur d’un couple dont chacun des deux partenaires ménageait l’autre lors de ces crises qui, aujourd’hui, provoquent des divorces quasi immédiats.

Le « parler vrai » et la « sincérité » ont aujourd’hui balayé tout cela et la civilisation de l’immédiateté a cru pouvoir supprimer le temps de la réflexion. Un président de la République peut donc se permettre d’apostropher un citoyen en le traitant de « pauv’con » et un quidam d’aborder le chef de l’Etat avec l’injonction « va t’faire enculer, connard ». De ce point de vue, les termes employés au sein de l’équipe de France de football s’inscrivent dans la même logique : lorsqu’on ne lave plus son linge sale en famille et qu’on prend la planète à témoin, on perd ce sens de l’honneur que pratiquaient encore les vieux caïds de la pègre et on prend place parmi les petites frappes qui ne suivent plus aucun code. Le problème est aggravé par le fait que ces mauvaises manières se rencontrent aujourd’hui à tous les niveaux de la société.

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