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Être Royaliste, c’est grave docteur ?...

Jeudi 20 août 2009 // L’Histoire

Au moment où la tradition monarchique française est caricaturée pour les besoins de polémiques faciles contre Nicolas Sarkozy, il est nécessaire de reprendre toute la question de la royauté dans l’Europe moderne. Un journaliste belge nous y aide grandement. Écrivain, scénariste de BD, chroniqueur royal pour la télévision et la radio belges, Patrick Weber décrit avec simplicité et allégresse une institution politique qui permet, souvent sans tapage, d’assurer le fonctionnement de la démocratie et d’humaniser le pouvoir.

Pourquoi vous êtes vous intéressé aux monarchies ?

Patrick Weber  : Cela fait une vingtaine d’années que je partage mon temps entre la Belgique et la France. Je suis passionné par l’histoire royale depuis l’enfance. Ce n’était pas l’aspect people qui me faisait rêver, mais ce chaînage ininterrompu dans l’histoire, l’idée d’avoir des racines, un futur, à travers des personnalités qui peuvent incarner cette transmission au fil des siècles. Quand j’ai commencé mon travail de journaliste, il était difficile d’évoquer ce point. C’était l’époque du roi Baudouin. J’ai eu des difficultés à lier l’intérêt personnel et intellectuel à l’aspect plus professionnel car on évoquait peu la monarchie. Le roi était présent, très populaire, mais on n’en parlait pas beaucoup. A sa mort, tout a changé. A partir du moment où Albert est monté sur le trône, la fonction royale qui avait toujours été presque sacrée a basculé dans le domaine de la presse grand public. Même si tout cela reste très sage en Belgique par rapport à la monarchie anglaise ou même espagnole.

Une émission a démarré sur RTL TVI : Place royale. Elle a rencontré un très grand succès et dure depuis une quinzaine d’années. La RTBF a contre-attaqué, il y a cinq ans, avec une autre émission. J’ai alors commencé à travailler pour « C’est du Belge ». Il y est question d’histoire, de patrimoine, toujours avec un rapport plus ou moins étroit avec l’histoire de la monarchie. Nous avons souvent tourné en France. Il y a eu une émission avec le prince Jean. Les Orléans, avec notre première reine, sont aussi aux racines de la famille royale belge.

Vous avez beaucoup écrit sur la monarchie.

Patrick Weber : J’ai écrit des livres, comme celui où je raconte le destin des princesses de Belgique depuis Charlotte, impératrice du Mexique, jusqu’à la princesse Élisabeth, aujourd’hui héritière en second du trône... Et puis il y a eu, chez Librio, celui sur les rois de France qui a été un grand succès. Enfin, il y a un an, j’ai eu envie d’écrire « Vive les rois ». C’est étrange que nous ayons en Europe dix monarchies tout aussi, sinon plus démocratiques, que les républiques et qu’il existe en France une idée tronquée de la monarchie. Mon livre est à plusieurs entrées. J’ai commencé avec un peu d’humour : « royaliste, c’est grave docteur ? ».

Je pense que le roi est toujours présent dans l’inconscient collectif. Je pense aussi que nous vivons dans une société où l’on se sent obligé de tout calculer en termes de coefficient de popularité. Je commente les évènements à la TV belge. Lors de la mort de Diana, certains ont trouvé que je n’avais pas montré assez d’émotion. A ce moment là, le procès fait à la reine d’Angleterre m’exaspérait. Elle a connu différents retournements d’opinion, mais ce sont les hommes politiques et les présidents qui ont les yeux rivés sur les sondages de popularité. La durée est un privilège extraordinaire de la monarchie, que la République n’aura jamais. Dans une époque comme la nôtre, le vrai luxe, c’est le temps. C’est une chose que la monarchie peut apporter.

Je ne vois pas tout en rose. Le rôle du roi est aujourd’hui moins évident que par le passé. Comment prendre assez de distance pour conserver cette notion d’aura royale qui préserve la symbolique et, dans le même temps, ne pas se trouver à l’écart des réalités ? En Belgique, une expression dit : «  on ne peut découvrir la couronne ». Si le roi vous parle, il est hors de question de publier ce qu’il a dit et qui relève du « colloque singulier ». Dans une société de la téléréalité, cela devient plus compliqué. Jusqu’où faut-il aller ? Où faut-il s’arrêter ? Dans mon livre, je dis qu’un roi doit savoir rester royal. C’est une question dont nous avions parlé avec le prince Jean, la princesse Esméralda de Belgique et avec Michel de Grèce.

Vous dénoncez certaines idées reçues...

Patrick Weber : Je crois que la monarchie n’est pas réac. Quoi qu’on en pense, force est de constater que telle chose qui passe mal en France, comme l’euthanasie, a été plus facilement acceptée dans les monarchies scandinaves, aux Pays-Bas, en Belgique ou en Espagne. On peut reprocher aux monarchies ce genre d’évolution, mais on ne peut les dire réactionnaires. Certaines choses se font plus vite en monarchie qu’en République.

La monarchie n’est pas misogyne non plus. Il y a très longtemps qu’il existe des reines au Danemark ou en Angleterre. Toutes les monarchies arrivent aujourd’hui à la règle de primogéniture absolue.

Les rois ne sont pas toujours de droite. Cela ne se dit pas, mais la reine d’Angleterre s’est plutôt mieux entendue avec les Premiers ministres travaillistes. Le roi d’Espagne aussi. Le roi des Belges a indifféremment des connivences plus affirmées avec des Premiers ministres de droite ou de gauche.

Les rois ne portent pas tous une couronne : la Belgique est une monarchie où la couronne figure dans la symbolique royale, mais elle n’existe pas physiquement.

Les rois ne sont pas fainéants. Il suffit de consulter l’agenda royal pour s’en rendre compte. Depuis quelques années, j’ai la chance d’accompagner le roi à travers le monde. Lorsqu’on fait le bilan des accords signés à la fin d’un voyage, comme celui que le roi a fait en Inde, c’est impressionnant. Le prince Philippe et la princesse Mathilde font la même chose pour les missions économiques. La princesse Astrid le fait pour l’humanitaire.
Les monarchies ne sont pas forcément divines. Certaines sont sacrées, d’autres non. Lorsque le roi Léopold a prêté serment en juillet 1831, il y avait non loin de là un arbre de la Liberté, planté sur la place royale. La révolution qui a instauré la monarchie en Belgique a découlé de celle de 1830 en France.

Toutes les monarchies ne sont pas le paradis de l’aristocratie. Les Grands d’Espagne se plaignent du traitement que leur réserve Juan Carlos. Aujourd’hui, beaucoup de mariages royaux ne se font pas forcément dans les milieux aristocratiques.

Dans Vive les rois ! vous faites le tour des monarchies européennes...

Patrick Weber : La matière brute de cet ouvrage est effectivement constituée par le tour d’horizon des dix monarchies européennes. J’essaie d’en brosser le portrait de façon assez synthétique. J’explique ce qu’il y a de comparable entre elles. Il existe des lignes de force que l’on retrouve à travers toute l’Europe royale. Il y a aussi des différences. On ne peut comparer des monarchies absolues comme Monaco ou le Lichtenstein avec les autres. Mais toutes ont des points communs : le roi est un super VRP de son pays : il en est le meilleur ambassadeur.

J’explique pourquoi les monarchies se sont plutôt mieux maintenues dans les pays protestants. Pourquoi certaines d’entre elles sont plus fastueuses que d’autres.
La monarchie danoise est la plus ancienne d’Europe. Elle a réussi à conserver à la fois son glamour, son faste, et préserve un rapport très direct avec la population. Très artiste, la reine est un peu atypique. L’aspect irrationnel des choses, en monarchie, est intéressant. On a tort de compter uniquement sur la rationalité.

Lorsque le roi Baudouin est mort, les médias du nord du pays ont d’abord traité l’évènement comme une information parmi d’autres alors que les francophones commençaient à réaliser des éditions spéciales. Les Flamands se sont intéressés aux médias francophones. Du coup, les journalistes flamands ont changé leur fusil d’épaule en se lançant dans une surenchère médiatique. Personne ne s’attendait aux réactions de la population.

Je pense aussi que la souplesse de la monarchie est importante. En Angleterre, il n’existe pas de texte selon lequel la reine ne gouverne pas. En Belgique, entre Léopold Il et le souverain actuel, la Constitution n’a pas changé mais, à chaque changement de règne, la fonction évolue en douceur. Tout ne doit pas toujours être inscrit dans la loi. Il existe des choses qui relèvent des us et coutumes. La monarchie en fait partie. Je constate que les pays qui sont soumis à des démons séparatistes ont de la chance lorsqu’ils sont en monarchie. Elle constitue un rempart relativement efficace. L’Écosse et l’Angleterre sont deux pays différents, mais sous une même couronne. Même chose pour l’Espagne et la Belgique. Il existe des pays où la conscience nationale est plus ancrée, mais si la Belgique avait été une République, elle n’existerait plus depuis longtemps.

Votre livre évoque aussi les prétendants...

Patrick Weber : Oui. Je parle aussi des rois au chômage. En Bulgarie, Siméon -un Saxe-Cobourg - est un cousin du roi des Belges. Avec l’expérience, je pense qu’il a eu tort de se présenter aux élections. L’aura dont il bénéficiait s’est effritée. Il me semble qu’en Roumanie, le roi Michel a joué plus finement. Il existe des pays en Europe où, au lendemain de l’écroulement du bloc communiste, la solution monarchique aurait pu être intéressante. Au Portugal, l’Infant est inclus dans la vie du pays. Il est présent dans les grandes manifestations protocolaires et tout le monde trouve cela normal. En Italie, les citoyens ont redécouvert leur histoire monarchique au moment où la reine Marie-José est morte.

En France, c’est plus compliqué parce que la rupture s’est faite avec beaucoup de violence. En tant que Belge, je pense que ce qui a été fait au moment des Restaurations est trop oublié. Louis XVIII et Louis-Philippe sont trop méconnus. Tout se passe comme s’il n’y avait eu que Napoléon et que le XIX° siècle n’avait pas existé. La France royale a-t-elle définitivement perdu la tête ? J’espère que non. Je trouve bizarre cette espèce de sanctification de la République en France, que l’on ne retrouve pas ailleurs. Pourquoi avoir coupé la tête d’un roi qui incarnait une certaine sacralité, pour sacraliser la forme républicaine de l’État.?

Pour vous, quel serait le portrait du souverain idéal ?

Patrick Weber : Mon souverain idéal serait intellectuel comme la reine de Danemark, discret comme le Grand-duc de Luxembourg, simple comme la reine des Pays-Bas, chaleureux comme le roi des Belges, symbolique comme le roi de Suède, fédérateur comme le roi d’Espagne, écolo comme le prince de Monaco, riche comme le prince de Lichtenstein et royal comme la reine d’Angleterre... Le plus vieux métier du monde n’est pas celui que l’on pense. C’est celui de roi. Que l’on soit Ramsès II, Élisabeth II, Albert II ou Louis XIV, le mot est toujours le même, mais il renvoie à des réalités différentes. Cela prouve que la stabilité du concept traverse les millénaires en prenant moins de rides que certains régimes que l’on nous présente comme plus modernes.

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