Etats-Unis : Les pannes de l’ascenseur social ! En France aussi.

Vendredi 27 janvier 2012 // La France

Le rêve américain n’est plus ce qu’il était. De plus en plus d’études montrent que Canadiens et Européens ont plus de chances de s’élever socialement que les Etasuniens. La France de Sarkozy n’a rien à envier ; promesses, promesses, Nicolas Sarkozy avait entre autres promis qu’en supprimant un fonctionnaire sur deux, les autres percevraient la part de leurs collègues à jamais disparu ; Non, rien de rien Niko ne regrette rien. C’est un foutu menteur ! Aujourd’hui il manque des agents de l’État dans de nombreux secteurs, et l’argent promis dort dans les caisses de Bercy.

Benjamin Franklin y est parvenu, Henry Ford aussi. La société américaine tout entière est fondée sur la conviction que ce que ces deux hommes ont accompli, d’autres peuvent le faire, c’est-à-dire se hisser jusqu’aux sommets de la réussite économique malgré d’humbles origines. Movin’on up [prendre l’ascenseur social] n’est pas seulement le titre d’une chanson, mais une véritable religion aux Etats-Unis.

Pourtant, de nombreux chercheurs en sont arrivés à une conclusion qui bouscule les idées reçues : la mobilité économique des Américains est plus faible que celle des Canadiens et de nombre d’Européens. En cette période de chômage de masse et de manifestations, cette question, autrefois cantonnée aux milieux universitaires, est désormais entrée dans le débat public.

Le candidat à l’investiture républicaine Rick Santorum a souligné, l’automne dernier, que l’accession aux revenus moyens est en réalité mieux assurée en Europe, où la mobilité est plus grande qu’en Amérique. Dans la National Review, un magazine conservateur, on a récemment pu lire que la plupart des pays anglophones et d’Europe de l’Ouest enregistrent de meilleurs taux de mobilité. Même le représentant républicain du Wisconsin Paul Ryan, pour qui la mobilité des Américains reste satisfaisante, a récemment constaté : La progression en partant de tout en bas de l’échelle, c’est là que le bât blesse aux Etats-Unis.

Les freins à la mobilité

Les commentateurs de gauche se focalisent depuis longtemps sur les questions de classe, mais l’intérêt manifesté à droite pour ce phénomène est nouveau. Tout le monde sait maintenant que les Etats-Unis sont une société plus figée que la plupart des autres pays développés, souligne Isabel Sawhill, économiste à la Brookings Institution [un think tank de Washington].

L’une des explications possibles serait que la pauvreté aux Etats-Unis est si profonde que les enfants de familles défavorisées partent de vraiment très bas. Une autre raison tiendrait aux rémunérations particulièrement élevées accordées par les employeurs aux diplômés du supérieur. Or, comme les enfants empruntent en général le même parcours scolaire que leurs parents, cette prime aux études rend d’autant plus important le milieu familial d’origine et représente un handicap pour les personnes moins instruites.

Au moins cinq études de grande envergure réalisées ces dernières années montrent que la société américaine est moins fluide que celles des autres pays développés. Selon une étude effectuée par Markus Jantti, professeur d’économie dans une université suédoise, 42 % des hommes à américains élevés dans des familles situées dans le dernier quintile des revenus y demeurent à l’âge adulte. Cela montre que le handicap persiste bien davantage aux Etats-Unis qu’au Danemark (où la proportion n’est que de 25 %) et au Royaume-Uni (où elle est de 30 %). Par ailleurs, seuls 8% des Américains initialement positionnés au bas de l’échelle sociale atteignent le premier quintile, contre 12 % des Britanniques et 14 % des Danois.

Alors que les Etats-Unis sont fréquemment cités comme un exemple de société sans classes, 62 % des Américains arrivés jusqu’au tout premier quintile de revenus se maintiennent dans les deux groupes supérieurs, selon une enquête du Pew Charitable Trusts [une fondation affiliée au think tank non partisan Pew Research Center]. De même, 65 % des Américains nés de parents appartenant au dernier quintile stagnent dans les deux dernières catégories.

En insistant sur l’influence du milieu familial, ces études remettent les fondements de l’identité américaine, mais elles ravivent également le débat sur les inégalités. Si la gauche dénonce depuis longtemps les extraordinaires écarts de revenus aux Etats-Unis, la plupart des conservateurs soutiennent que le système est équitable grâce à une mobilité particulièrement forte. Selon eux, chacun aurait la possibilité de prendre l’ascenseur social. Mais tout indique désormais que l’Amérique est non seulement économiquement plus inégalitaire, mais également socialement plus figée.

Si l’Europe diffère des Etats-Unis sur les plans culturel et démographique, une comparaison avec le Canada paraît plus fondée, car ce pays voisin est également doté d’une grande diversité ethnique. D’après les recherches de Miles Corak, professeur d’économie à l’université d’Ottawa, 16 % des Canadiens nés dans des familles appartenant au dernier décile de revenus y demeurent une fois adultes, contre 22 % des Américains. De même, 26 % des Américains issus de familles du premier décile se maintiennent à ce niveau, contre seulement 18 % des Canadiens.

Le milieu familial joue un rôle plus important aux Etats-Unis que dans la plupart des pays comparables ; conclut le Professeur Corak. Les causes du problème restent une pomme de discorde entre experts. Les Etats-Unis ont mis en place un filet de sécurité bien plus réduit que les autres pays riches, ce qui accroît le nombre d’enfants démarrant dans la vie avec des difficultés insurmontables. La probabilité de grandir auprès d’une mère célibataire est également plus forte pour les Américains pauvres que dans les autres pays et les risques sont d’autant plus élevés pour eux de connaître la misère et tous les problèmes afférents. Par ailleurs, les Etats-Unis. connaissent des taux d’incarcération particulièrement importants et ont une stratification raciale plus ancienne.

Le dernier quintile de la société américaine est très différent de la même catégorie ailleurs dans le monde, souligne Scott Winship, chercheur à la Brookings Institution. Les Américains pauvres doivent s’efforcer de progresser en partant de plus loin.

Une deuxième particularité américaine tient au fait que, plus le niveau d’études est poussé, meilleurs sont les salaires. En théorie, cela devrait permettre aux enfants pauvres d’avancer (les bons élèves ayant une chance de gagner beaucoup d’argent), mais, dans la pratique, c’est le plus souvent la progéniture des familles aisées et instruites qui a accès aux meilleures écoles. Les catégories à revenus supérieurs ont la capacité d’investir davantage dans l’éducation de leurs enfants. Elles connaissent sans doute également mieux le genre d’efforts à fournir pour faire de bonnes études, commente Eric Wanner, président de la fondation Russell Sage, spécialisée en sciences sociales.

Stagner au bas de l’échelle

Le taux de syndicalisation est également moins élevé aux Etats-Unis que dans bon nombre de pays comparables, ce qui expliquerait des salaires plus bas chez les moins qualifiés. Quant aux problèmes de santé publique, comme l’obésité et le diabète, ils peuvent avoir un impact négatif sur l’éducation et l’emploi.

Un autre frein à la mobilité serait tout simplement l’ampleur du fossé qui sépare les riches du reste de la population. C’est là le thème de prédilection du mouvement Occupy Wall Street, qui dénonce la capacité des classes favorisées à défendre leurs intérêts. Or, dans les sociétés moins égalitaires, l’ascenseur social fonctionne moins bien.

M. Salam, journaliste à la National Review, a récemment écrit que la mobilité économique est un objectif de politique sociale surestimé, comparé à celui d’une augmentation générale des revenus. Les parents essaient naturellement d’aider leurs enfants et une société complètement fluide aurait pour corollaire une complète insécurité, car tout le monde risquerait de chuter à n’importe quel moment.

Il n’empêche que M. Salam juge inquiétante la stagnation au bas de l’échelle et il prédit l’aggravation du phénomène. En effet, la plupart des études portent sur des individus nés avant 1970, alors que les écarts de salaires, le nombre de familles monoparentales et le taux d’incarcération ont explosé depuis cette date. En attendant des statistiques plus récentes, ajoute-t-il, nous n’avons qu’un faible aperçu de la situation.

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