Et si Christine Lagarde s’était appelée Christian…

Samedi 13 août 2011 // La France

Pour décrocher la direction du Fonds monétaire international, la Francaise a mis en avant son expérience de femme. Que diantre entendait-elle par là ?

Lorsque Christine Lagarde a posé sa candidature à la présidence du Fonds monétaire international (FMI), le 25 mai, elle a déclaré qu’elle apporterait à ce poste "toute son expérience d’avocat, de ministre, de dirigeant d’entreprise et de femme". Les trois premiers volets se passent de commentaires. Mais qu’entendait Mm Lagarde par le quatrième ? En quoi consiste son expérience de femme ? Et en quoi cela fait-il d’elle une meilleure candidate pour sillonner la planète et renflouer des pays happés par la spirale de l’endettement ?

Ce qui distingue le plus l’expérience d’une femme de celle d’un homme est évidemment la maternité. A deux reprises, Mm Lagarde a porté un enfant, puis a dû en accoucher, ce qui n’est jamais facile. Pour la plupart des femmes, être mère est une expérience capitale, mais on ne voit pas bien dans quelle mesure cela les préparerait à diriger le FMI. Quand les enfants grandissent, une mère (comme un père, bien entendu) peut avoir à distribuer de l’argent de poche. La nature humaine étant ce qu’elle est, cet argent est souvent englouti en bonbons et à l’arrivée il ne reste plus rien pour le cadeau d’anniversaire d’un frère, par exemple. La mère doit alors prendre une décision délicate : va-t-elle éponger les dettes de son enfant et, si oui, à quelles conditions va-t-elle lui accorder un prêt ? Je conçois que trancher de telles questions puisse servir à un futur dirigeant du FMI la seule différence étant le degré : les pays en difficulté ne se comptent pas sur pas sur les doigts d’une main et les sommes engagées sont d’un autre ordre.

Au-delà, je ne vois pas bien en quoi l’expérience de Mme Lagarde en tant que femme va lui servir. Cependant, il est possible que ses traits de caractère féminins lui soient d’une certaine utilité. Les femmes sont censées avoir moins que les hommes le goût du risque, ce qui ferait d’elles des dirigeantes plus sûres. Cette théorie a été particulièrement mise en avant quand Lehman Brothers a coulé : toutes sortes de gens ont alors affirmé qu’une banque Lehman Sisters serait restée à flot. Mais elle ne résiste pas à l’épreuve des faits. En avril, je me suis rendue à un séminaire au cours duquel Renée Adams, de l’universitérisque, loin de là - même si cela peut être le cas de la femme de la rue. L’universitaire, qui a analysé un important groupe de directrices de sociétés suédoises, a découvert que celles-ci étaient plus intrépides que leurs collègues masculins des conseils d’administration.

Toutefois, je suis tombée sur une autre étude universitaire qui pourrait apporter de l’eau au moulin de M" Lagarde : elle montre que la présence d’une femme stimule l’intelligence d’un groupe, même si les individus qui le composent ne sont pas particulièrement futés. Cette étude, conduite par Anita Woolley et Thomas Malone et publiée en juin dans la Harvard Business Review, montre que plus il y a de femmes dans un groupe, plus celui-ci agit intelligemment. Si c’est le cas, en bonne logique, même si M"’ Lagarde n’est pas la meilleure économiste du monde - comme l’ont affirmé sans ménagement divers commentateurs -, et même si elle n’arrive pas à la cheville de son prédécesseur, cela n’a peut-être pas une grande importance. D’après cette dernière théorie, la compétence du FMI en tant que groupe pourrait se trouver améliorée sous sa direction.

Cela dit, les conclusions de telles études sont à prendre avec des pincettes. N’importe quelle étude à la conclusion bizarre pour laquelle on ne trouve aucune explication plausible a des chances d’être fausse, à plus forte raison quand la conclusion vient étayer une cause à la mode. De fait, si l’étude avait montré que les groupes comprenant beaucoup de femmes étaient plus bêtes que la moyenne, je parie que les chercheurs auraient dû revoir leur copie et que leur étude n’aurait pas eu les faveurs
de la Harvard Business Review.

Ce qui m’amène à la vraie raison pour laquelle on a intérêt à jouer la carte féminine. Cela n’a rien à voir avec l’expérience de Madame Lagarde en tant que femme, ni avec ses traits de caractère féminins, ni même avec la dynamique de groupe . tout se ramène au simple fait qu’elle est une femme. Car les femmes alliant talent, charme et ambition n’ont jamais été aussi demandées. Presque tous les organismes les convoitent, et à plus forte raison un FMI traumatisé. Etant donné les circonstances dans lesquelles M. Strauss-Kahn a perdu son poste la nomination d’une femme à la présidence de l’institution n’est pas simplement un triomphe de la parité. C’est un pansement sur une blessure très moche.

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