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Entre l’Inde et l’Afrique, le grand amour !

Mercredi 22 juin 2011, par Idrissa Fofana // Le Monde

L’Inde et l’Afrique ont conclu leur deuxième Sommet commun mercredi 25 mai, à Addis Abeba, avec à la clé une enveloppe de 5,7 milliards de dollars pour le continent africain et un engagement conjoint à reformer la composition du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

Qualifié de « plein succès » par le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, ce sommet de deux jours a vu l’Inde confirmer son intérêt économique majeur pour l’Afrique, en débloquant 5 milliards de dollars de prêts pour les trois prochaines années.

Le premier ministre indien, Manmohan Singh, a également promis 700 millions de dollars pour établir de nouvelles institutions et programmes de formations dans des domaines aussi divers que l’agroalimentaire ou la météorologie. Lors du premier sommet de ce genre, à New Delhi, en avril 2008, l’Inde avait promis à l’Afrique 5,4 milliards de dollars américains de prêts sur cinq ans, dont près de 2 milliards ont été engagés depuis, selon un décompte effectué par le ministre indien des Affaires étrangères, S. M. Krishna. Développement agricole, nouvelles technologies, formation, communications, Manmohan Singh a mis l’accent sur ces secteurs de développement pour l’Afrique, qui bénéficieront, en priorité, des prêts indiens. Reste que, comme la Chine, l’Inde apparaît soucieuse de bénéficier du pétrole et des ressources premières de ce continent, ainsi que de son potentiel commercial afin d’alimenter sa croissance.

L’Afrique s’intéresse, également, de près, à ce partenaire, comme en témoigne la présence au Sommet d’Addis Abeba, d’une dizaine de chefs d’Etat et de gouvernement, parmi lesquels, l’Ethiopien Meles Zena wi, le Kenyan Mwai Kibaki, et le président en exercice de l’UA, l’Equato Guinéen Teodoro Obiang Nguemi Mbasogo.

La Chine conserve, cependant, un poids nettement plus important en Afrique, avec des échanges commerciaux de 126,9 milliards de USD (89 milliards EUR) l’an dernier, tandis que les échanges entre l’Inde et l’Afrique « s’élèvent à environ 46 milliards de dollars », selon le premier ministr, indien. Interrogé sur les risques liés à l’instabilité politique sur le continent, ce dernier a répondu : « Le fait d’investir est un acte de foi ». Et de poursuivre « Le peuple et le gouvernemer indiens ont suffisamment de foi dans les peuples, sociétés et gouvernements africains. Quelles que soient les difficultés temporaires qu’ils peuvent rencontrer, ils ont la volonté, les ressources et la capacité à les dépasser ».

Outre le volet économique, les deux partenaires ont signé « la Déclaration d’Addis Abeba », un document laissant entrevoir une coopération politique accrue.

Mais pour le doyen Teodoro Obiang Nguema, « la coopération doit se faire au profit des deux parties. Cela veut dire que les pays africains n’attendent pas seulement de l’Inde, mais qu’ils peuvent aussi apporter leur contribution au développement de l’Inde ».

Voici donc l’Inde qui est en train de s’imposer comme un des partenaires leaders avec lequel l’Afrique voudrait travailler en toute confiance. Elle se positionne, après d’autres pays émergents et non des moindres comme la Chine, le Brésil, la Corée du Sud, notamment. Mais avec son milliard d’habitants et sa puissance industrielle, elle ne va pas mettre du temps avant de concurrencer la Chine, si jamais les ambitions en faveur de la coopération avec l’Afrique, se confirment.

Dans tous les cas, l’implantation de l’Inde ne fait pas les heureux dans le monde occidental où les parts du gâteau en Afrique, vont encore s’amenuiser. On imagine un appel d’offres dans un pays africain où lès entreprises qui soumissionnent viennent de Chine, du Brésil, de l’Inde, de la Coré du Sud, de France, d’Allemagne, voire, des Etats-Unis. L’expérience ces derniers temps, montre que les entreprises occidentales dans ce genre d’épreuve ne tiennent plus la corde. Elles sont battues à plate couture notamment grâce à la puissance financière des pays émergents, contrairement aux pays occidentaux qui peinent à sortir de la crise au moment où leurs déficits publics atteignent des cimes. Il n’y a donc pas match, sauf quand le pouvoir africain en place privilégie en fin de compte une logique purement politicienne, pour satisfaire les appétits de l’entreprise occidentale.

Autre domaine non moins important où les pays africains et l’Inde vibrent au même diapason, celui de la réforme du Conseil de sécurité : « Nous avons abordé la réforme des Nations-Unies, un sujet pour lequel l’Inde est en pointe, elle qui aspire à occuper un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Et je crois qu’elle pourra compter sur le soutien de l’Afrique », estime le président en exercice de l’UA d’autant plus que le contineit africain, lui aussi, nourrit la même ambition, à savoir, se faire représenter par deux sièges permanent au Conseil de sécurité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la « Déclaration d’Addis Abeba » appelle instamment à une réforme en profondeur des Nations-Unies, y compris, une extension de son conseil de sécurité : « Nous sommes d’avis que les Nations-Unies doivent fonctionner de façon transparente, efficace et que la composition de ses organes centraux doit refléter les réalités d’aujourd’hui », écrivent les deux partenaires. Sans l’espoir d’être entendus pour le moment.

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