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Engagements des Français en Afghanistan : Pourquoi ?

Vendredi 14 octobre 2011, par Bertrand RENOUVIN // Le Monde

Engagés dans la résistance à l’armée soviétique puis mêlés aux conflits qui continuent de déchirer l’Afghanistan, des Français passionnés par le royaume de l’insolence ont su y faire aimer la France...

Voici un magnifique livre d’histoire, aussi riche d’explications que de révélations. Jean-Christophe Notin a recueilli les témoignages de celles et ceux qui ont vécu un ou plusieurs actes de la tragédie afghane : militants humanitaires, officiers des services de renseignement et d’action, diplomates, responsables politiques.., tout en consultant une impressionnante bibliographie et maintes archives.

Il en résulte un texte de huit cent trente pages (1) qu’il faut lire ligne à ligne pour comprendre les guerres qui se déroulent en Afghanistan depuis l’invasion soviétique de décembre 1979 et prendre la mesure du rôle joué par des Français peu nombreux mais passionnés et par les gouvernements qui se sont succédé depuis trente ans.

On retrouve dans le livre la prétentieuse naïveté de Valéry Giscard d’Estaing lors de la fâcheuse rencontre de Varsovie avec les Soviétiques ; on suit la ligne sinueuse de la diplomatie mitterrandienne, qui veut maintenir le dialogue avec l’Union soviétique tout en apportant une aide discrète aux moudjahidines et à leurs amis français ; on replonge dans les infinies complexités de l’Afghanistan où la résistance traditionnelle aux armées étrangères s’accompagne de sanglantes rivalités ethniques, politiques et religieuses.

Surtout, on découvre l’immense courage de ceux qui ont participé à la guerre de l’ombre ou qui sont allés, le plus souvent par conviction, parfois par goût de l’aventure, porter secours aux combattants qui n’acceptaient pas l’emprise soviétique ni, plus tard, la conquête des Talibans. Ces passionnés discrets - parmi lesquels Juliette Fournot, Laurence Laumonnier, Olivier Roy, Gérard Chaliand - sont les héros du livre aux côtés des officiers français anonymes qui ont aidé Amin Wardak, Ahmad Shah Massoud et d’autres commandants de la résistance.

De ces trois décennies sanglantes, au cours desquelles les chefs afghans n’hésitent jamais à se trahir les uns les autres et rivalisent de cruautés inouïes, il y a lieu de retenir ici ce qui modifie ou dérange les clichés les plus répandus.

Ainsi, les jeunes gens engagés dans les premières organisations humanitaires qui opèrent en territoire afghan ne sont pas de belles âmes apolitiques mais au contraire des militants impliqués dans la lutte contre l’impérialisme soviétique. Ils n’ont pas pris les armes, mais ils aident concrètement les moudjahidines au péril de leur vie. Pendant vingt ans, l’humble action des French doctors vaudra à la France un immense prestige car c’étaient les seuls étrangers qui affrontaient la prison et la mort de manière totalement désintéressée.

Jean-Christophe Notin souligne également l’intelligence et le courage des officiers français de renseignement, souvent méprisés en France alors que les Anglais et les Allemands tiennent leurs agents pour des seigneurs. En Afghanistan, l’action de la DGSE n’a pas toujours été cohérente, mais au temps de la guerre contre les Soviétiques les missions d’appui aux moudjahidines ont été efficacement menées et contribueront à renforcer l’amitié des combattants pour notre pays.

Au contraire, les Américains ont accumulé les erreurs et les fautes. Par exemple, le bombardement des bases d’AIQaïda en 1998, décidé par Bill Clinton pour faire oublier l’affaire Monica Lewinsky, a empêché le mollah Omar de livrer Ben Laden aux Saoudiens car les Talibans ne voulaient pas paraître soumis aux pressions américaines. La faute fut payée un certain 11 septembre...

Le portrait d’Ahmad Shah Massoud est quant à lui remarquablement précis et nuancé. Tous ceux qui ont rencontré le célèbre commandant pandjhiri ont été saisis par son charisme et admiraient ses qualités de chef de guerre. Mais ce fondamentaliste croyait que l’islam assurerait le salut de son pays après la défaite de l’Armée soviétique : sans projet politique, il s’opposa longtemps au retour du roi Zaher Shah. Dans la guerre civile qui s’est conclue par la victoire des Talibans, la responsabilité du Lion du Panjshir est certaine.

Mais le roi ? Dans son exil italien, le francophone et francophile Zaher Shah était soucieux de servir son pays - il le fit à Kaboul dans ses dernières années - mais il ne croyait plus guère à la nécessité de la monarchie. Pourtant, le roi d’Afghanistan a été presque constamment soutenu par le Quai d’Orsay - par exemple par Jean-Yves Berthault qui était convaincu que « vu l’état de déliquescence du pays, seule la monarchie pourrait lui redonner des bases solides » et qui s’est dépensé sans compter pour faire prévaloir cette solution.

On verra dans les cent dernières pages avec quelle prudence Jacques Chirac a engagé des soldats français en Afghanistan après la défaite des Talibans, dans une guerre que les Américains ont toujours conçue comme leur guerre. Une guerre menée de manière désastreuse par des stratèges qui ne comprenaient ni le pays ni la nature du conflit. Les conseillers politiques américains ont été tout aussi funestes puisqu’ils ont obtenu que la Loya Jirga transforme le projet constitutionnel équilibré que Guy Carcassonne, éminent juriste, avait élaboré avec l’appui de Jean-Pierre Guinhut en un système aberrant dans lequel « une Assemblée indissoluble peut (...) saborder le gouvernement d’un président lui-même intouchable ».

Dès lors, tout est en place pour une nouvelle tragédie dans laquelle Nicolas Sarkozy a plongé les soldats et les diplomates français pour concrétiser son atlantisme.

(l) Jean-Christophe Notin - « La guerre de l’ombre des Français en Afghanistan, 19792011 », Fayard, 2011, prix franco : 26 €.

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