Encore et toujours des « Roms » ?

Vendredi 17 septembre 2010, par Karim Ouchikh // La France

Oui... Non !

De l’Union européenne, pieuvre mortifère...

Quand notre ami Karim Ouchikh remonte à la source bruxelloise.

A éliminer au plus vite !

L’affaire des expulsions des Roms donne à nouveau l’occasion aux autorités de Bruxelles de prendre ouvertement en otage la politique de la France, ce dont nos compatriotes tardent manifestement à s’apercevoir.

Et pourtant, avec ce sujet éminemment politique, l’actualité récente n’offre guère aux Français d’exemple aussi saisissant du fossé qui sépare à ce point le discours volontariste du gouvernement de Nicolas Sarkozy de la réalité objective de ses actes, en matière de sécurité intérieure. Assujetti en ce domaine, comme en beaucoup d’autres, à des engagements européens des plus contraignants, notre pays en est réduit plus que jamais à passer sous les fourches caudines de l’Union européenne.

Sur la question explosive du traitement à réserver aux Roms qui se maintiennent illégalement en France, les autorités françaises ont fait le choix de s’agiter ces jours-ci, à grand renfort de communication, en appliquant à la lettre les consignes sécuritaires arrêtées par le chef de l’Etat, au lendemain de l’assaut invraisemblable de la gendarmerie de Saint-Aignan perpétrée en juillet dernier par des membres de la communauté des gens du voyage.

Avec les démantèlements de camps de Roms qui se multiplient ici ou là, et la reconduite à la frontière de ses occupants illégaux vers leurs pays d’origine, moyennant l’octroi d’une prime substantielle de 300 euros par adulte et de 100 euros par enfant censée faciliter leur ‘‘retour volontaire’’, les Français sont invités à constater la détermination du gouvernement à faire respecter l’ordre et la loi partout en France.
Pendant que les habituelles ligues de vertus, rejoints en cela par la gauche et quelques députés villepinistes, s’alarment « mezzo voce » de possibles atteintes aux sempiternels droits de l’homme, la majorité UMP applaudit et se réjouit de la manœuvre présidentielle, si bien médiatisée, qui tombe à point nommée pour détourner l’attention de nos compatriotes du feuilleton estival Woerth-Bettencourt.

A bien y regarder toutefois, ces reconduites à la frontière, qui ne diffèrent guère de celles qui sont massivement programmées partout en Europe, en Italie, au Danemark, en Suède comme en Allemagne, resteront aussi illusoires que coûteuses, tant il est vrai que ces mesures, de l’aveu même de pouvoirs publics, n’empêcheront en rien les Roms qui ont été ainsi éloignés du territoire français d’y revenir demain en toute légalité, en attendant d’en être à nouveau délogés. Les deux tiers des quelques 10.000 Roms qui ont été pareillement éloignés de France en 2009 par avion, comme en 2008, n’ont-ils pas ainsi immédiatement regagnés le sol français, aussitôt après leur reconduite à la frontière initiale ? Un cycle sans fin en somme, qui aura tout de même coûté au contribuable français la bagatelle de 18 millions d’euros en deux ans !
Dans cette polémique préoccupante qui s’inscrit clairement dans la perspective, bien comprise par tous, des présidentielles de 2012, certaines personnalités politiques ont fait entendre cependant une voix discordante en situant ces évènements, non sans clairvoyance, dans leur juste perspective politique.

Ainsi, Alain Juppé et Daniel Cohn-Bendit se rejoignent pour considérer, l’un comme l’autre, que l’avenir des Roms ne pourra se résoudre nulle part ailleurs qu’à Bruxelles.

Pour le maire UMP de Bordeaux comme pour le chef de file du courant écologiste, l’Union européenne dispose seule désormais de la légitimité politique pour réguler légalement les déplacements transfrontaliers d’une communauté persécutée provenant surtout d’Europe centrale et des Balkans, et pour inciter financièrement les pays concernés, essentiellement la Roumanie et la Bulgarie, à intégrer effectivement leurs ressortissants, en améliorant durablement leur sort.

Sans l’avouer ouvertement, l’ancien premier ministre et l’ancienne tête de liste d’Europe Ecologie aux élections européennes ont parfaitement compris que la France ne dispose plus d’aucun moyen permettant à notre pays de juguler véritablement un phénomène migratoire qui aboutit désormais rien moins qu’à maintenir la présence permanente sur le sol français d’une population de 15.000 individus, dont la plupart y demeure en situation irrégulière. Pour autant, aucune de ces deux figures éminentes du sérail politique français ne reconnaîtra explicitement que l’incapacité tragique de la France à maîtriser à présent des flux migratoires, sans cesse grandissants, demeure inséparable d’une impuissance politique dont les ressorts restent indissociables du corset européen dans lequel notre pays se trouve ligoté pour son malheur depuis plus de trente ans.

Nul n’ignore aujourd’hui que Bucarest et Sofia ont rejoint l’Union européenne en 2007, ce qui donne automatiquement le droit à ses ressortissants de pouvoir pénétrer librement en France, sans formalité particulière et d’y rester durant trois mois sans avoir à justifier de l’accomplissement d’une activité. Selon un statut administratif transitoire qui leur est théoriquement opposable jusqu’au 31 décembre 2013, il leur appartient, au-delà de ces trois mois, de trouver un emploi, de suivre des études ou bien encore de justifier de ressources suffisantes. Dans la pratique, les autorités françaises éprouvent les pires difficultés à s’assurer du respect d’une réglementation qui apparaît aux ressortissants européens intéressés d’autant moins contraignante qu’il disposent dans les faits de la liberté de circuler sans contrainte sur le territoire français et d’y séjourner durablement, fut-ce dans la marginalité….

Autrement dit, les ressortissants de la Bulgarie et de la Roumanie, auxquels appartiennent les membres de la communauté Rom si nombreuse en France, doivent désormais se voir appliquer, sans plus guère de restrictions, le bénéfice d’un principe juridique intangible qui a été depuis longtemps gravé dans le marbre des textes européens, du traité de Rome au traité de Lisbonne : le principe de libre circulation et d’installation des personnes à l’intérieur des frontières de l’Union européenne.

Comme il fallait s’y attendre, Bruxelles s’est évidemment empressé, sur cette question, de rappeler vertement à l’ordre les pouvoirs publics français, non sans faire preuve de son dogmatisme habituel. La France "doit respecter les règles concernant la liberté de circulation et la liberté d’établissement" des citoyens européens, a rappelé cette semaine Viviane Reding, commissaire européenne chargée de la Justice et des Droits fondamentaux des citoyens européens.

Son porte-parole, Matthew Newman, a ajouté que la Commission européenne suit la situation française "très attentivement" pour vérifier si toutes les règles autorisant les Etats à restreindre la liberté de circulation à certaines conditions, ont bien été respectées. Et chacun sait que Bruxelles dispose en pareil domaine d’une panoplie de mesures des plus coercitives pour contraindre un Etat réfractaire à rentrer dans le rang….

De cette funeste réalité, certains des pays nouvellement accueillis au sein de l’Union européenne, qui pourtant restent les principaux artisans de la fuite de leurs ressortissants Roms vers les pays occidentaux, n’en ignorent rien. Jouant sur l’habituel registre de la culpabilisation, Teodor Baconschi, ministre roumain des Affaires étrangères, n’a-t-il pas tenté ainsi d’intimider la France, en déclarant cette semaine sur les ondes de RFI Roumanie : « J’exprime mon inquiétude sur les risques de dérapage populiste et de générer certaines réactions xénophobes sur fond de crise économique  ».

Devant pareille situation d’assujettissement, qui place notre pays dans la terrible situation de ne plus pouvoir contrôler l’accès à ses frontières, quelle sera demain la capacité de notre pays à préserver l’équilibre, déjà précaire, de son modèle de civilisation, alors même que la France est appelé à affronter sous peu les périls de migrations à venir, avec l’intégration programmée de nouveaux pays qui se sont déclarés de longue date candidats à l’adhésion à l’Union européenne, à l’exemple de la Bosnie ou de la Turquie ?

Par là se confirme la réalité du piège mortel dans lequel notre pays s’est enfermé et que nos élites politico-médiatiques, le chef de l’Etat en tête, s’emploient à dissimuler aux Français dans un incessant jeu de dupes : En se maintenant au sein de l’Union européenne, la France se voit contrainte de subir chaque jour les effets dévastateurs d’une réglementation administrative toujours plus contraignante, qui la bride plus que jamais dans ses capacités d’action politique, non sans porter atteinte à l’intégrité de ses attributions régaliennes dont celle, des plus légitimes, de pouvoir librement réguler la circulation et l’établissement sur son territoire des ressortissants des autres membres de l’Union européenne.

Déjà lourdement handicapée par les contrecoups économiques et sécuritaires d’une immigration extra-européenne qu’elle s’interdit depuis trop longtemps à enrayer, en raison de l’aveuglement et de l’absence de courage de son personnel politique, la France ne pourra espérer surmonter demain le défi des migrations qui l’assaillent de toute part, y compris désormais au sein même de l’Union européenne, qu’à la condition de se libérer définitivement des carcans qui étouffent son indépendance politique et qui contrarient tant sa souveraineté.

Au premier rang de ces entraves mortifères qu’elle se doit d’affronter lucidement, la France ne cessera en vérité de s’élever partout contre la politique castratrice de Bruxelles, ce qui la condamnera, pour son salut, à devoir tôt au tard répudier son appartenance à l’Union européenne, en la quittant sans plus de réticences à défaut de pouvoir autrement la réformer.

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