« En être ou ne pas en être »…

Mardi 11 janvier 2011, par Daniel DUC // Le Monde

Là n’est pas la question. Si question il y a, n’est-ce pas celle du « sens » ?

En « être » aujourd’hui, sur tous les fronts, Quel « sens » ?

Les réflexions d’un officier au terme de 25 années sous le képi « blanc » appellent des réponses sans complaisances.

Manque de considération ? Marginalisation du soldat ? Le mal-être ne doit pas être gommé par des illusions.

Que fleurissent des nouveaux héros serait le bienvenu, qu’ils puissent incarner des modèles pour les jeunes générations du présent et les futures à venir, oui… Mais les héros ne sont-ils pas avant tout glorifiés pour leur service ou leur sacrifice pour la nation ?

Première suite aux réflexions de l’officier ?

Notre ami Daniel Duc…

Interrogeons-nous : dans les armées modernes, le soldat et l’officier ne sont-ils pas tenus à une obéissance passive à une autorité factice ?

N’est-ce pas ce renoncement à soi, souvent obtenu au prix des plus cruels sacrifices, qui permet à l’homme de sauvegarder sa dignité personnelle ? Que reste-t-il alors à l’homme en armes si ce n’est une religion de l’honneur ? Temps difficiles ? Relire « Servitude et grandeur militaires » d’Alfred de Vigny…

Je trouve, dans le « Salon beige », les réflexions d’un officier ayant effectué un service de 25 années à la Légion étrangère : il s’interroge sur l’inefficacité des actions de l’armée de terre dans les diverses interventions qu’elle eut à mener hors de nos frontières dans les dernières années ; il dépeint en outre la réputation de cette armée de terre dans la presse…

Ces réflexions reflètent un état d’esprit pour le moins désabusé, non sans bonnes raisons :

« Au delà de la satisfaction légitime que l’Armée de terre déploie pour souligner la bonne tenue de ses unités en opération, la question de l’efficacité stratégique des engagements terrestres reste posée. Quel a été l’impact réel de l’armée de terre dans la gestion de la crise yougoslave ou de la crise ivoirienne ? Notre déploiement libanais a-t-il une influence quelconque sur le cours des événements ? Que pouvons-nous faire face à l’actuelle crise des otages au Niger ?

En quoi le sacrifice de nos soldats en Afghanistan va-t-il peser sur le dénouement d’un conflit qui nous dépasse largement ?


Afghanistan ? Mains dans les poches…

Autant de questions dont les réponses objectives sont assez peu encourageantes. Même si une partie de la solution appartient au pouvoir politique, l’outil militaire terrestre doit être en mesure de proposer des mesures concrètes pour retrouver enfin « le chemin de la victoire »- ou tout au moins celui d’une efficacité opérationnelle porteuse de sens. Il est essentiel de sortir de la fausse alternative stratégique actuelle qui se résume par « en être ou ne pas être » pour redonner à l’action son caractère décisif pour « gagner ou ne pas perdre ». Car, même s’il faut se réjouir de la longue période de paix qui nous a évité de devoir confier nos destinées à nos soldats, il faut aussi reconnaître que l’armée de terre n’est plus un outil de décision capable de donner au pays, par sa seule action, un avantage stratégique incontestable (...)

Après la présomption de connaissance mutuelle entre l’armée de terre et la nation qui a caractérisé l’ère de la conscription de masse et qui a favorisé une forme d’antimilitariste sournois fondé sur des souvenirs plus ou moins plaisants de la vie de troupier, est venue l’ère de l’indifférence pour une institution qui vit en marge du pays, comme on porte un jugement sur un voisin poli et discret. Contrairement à une idée trop répandue, cette marginalisation n’est le fait ni du statut militaire, ni de la discipline encore moins des valeurs que peut véhiculer l’armée de terre. Il est le fait de l’indifférence des élites vis-à-vis de l’armée et de la marginalisation progressive des officiers qui ne font plus partie de la haute fonction publique. Cette marginalisation est le résultat désastreux de l’inefficacité relative des engagements armés et de la difficulté qu’ont les militaires de s’intégrer aux réseaux de pouvoir en comprenant la dimension éminemment politique de leur action. A cet égard, l’engagement afghan illustre bien le paradoxe de cette marginalisation : en voulant montrer un intérêt de façade envers nos soldats déployés sur la place, nos dirigeants les victimisent alors qu’il faudrait les glorifier et forger de nouveaux héros ».

Je voudrais ajouter quelques remarques de mon crû à celles émises par cet officier : la première est que « notre » armée, sauf cas rares, n’est plus directement reliée aux responsables de son pays, à son gouvernement. Elle est certes « envoyée » en mission dans tel ou tel pays, mais sous une autre autorité. Nos troupes se retrouvent dépendre des décisions d’un autre pays, d’une autre organisation – les Etats-Unis, l’Angleterre, l’OTAN, l’Europe !!! – sans donc être véritablement l’expression du peuple dont elle est le bras armé. Sans être l’expression d’une politique que l’on pourrait facilement reconnaître comme celle de la France. Elle n’est plus qu’un membre d’un conglomérat militaire international dont il n’est pas exagéré de dire que la plupart des Français se « fiche » comme de leur premier vote. Ainsi, concernant l’Afghanistan, rares sont nos concitoyens capables de situer ce pays sur la carte du monde et encore plus rares ceux qui comprennent les motivations profondes qui font que nos soldats meurent là-bas pour une cause précise – justifiée ou non, il s’agit d’une autre question, certes capitale mais qui ne relève pas de cette remarque – mais dont chacun saisi que ce n’est pas la France qui l’a déterminée.


Un GI fixe le drapeau américain au sommet de sa tente, posée dans le sud de l’Afghanistan

Deuxième remarque : les Français aiment leur armée d’autant plus qu’ils se sentent concernés par ses actions. Quand elle était au Liban, ils vibraient davantage parce que le théâtre des opérations était plus proche, le pays davantage connu ou reconnu, ne serait-ce que par sa proximité avec Israël : puis les intérêts de la France dans cette région étaient et demeurent d’importance. Nos gouvernants ont beau depuis longtemps avoir tiré un trait sur la francophonie, ce qui prouve qu’ils connaissent bien mal le peuple dont ils ont convoité la direction, brigué les suffrages, le Français moyen n’est pas indifférent au fait que nombre de Libanais éprouvent une véritable passion pour notre langue.

« Louis, roi de France, à l’Emir des Maronites, au mont Liban et aux patriarches et évêques de ladite nation. « Notre cœur fut comblé de joie, lorsque nous avons vu notre fils Simân venir à nous, accompagné de 25 000 hommes, nous portant le témoignage de vos sentiments d’amitié, et nous offrant ces magnifiques cadeaux. En vérité notre amitié sincère que nous avons commencé à ressentir envers la maison Maronite, lors de notre relâche à Chypre, où ils sont établis, s’est redoublée aujourd’hui davantage, et nous sommes persuadés que cette nation, que nous trouvons établie sous le nom de saint Maron, est une partie de la nation française ; car son amitié pour les Français ressemble à l’amitié que les Français se portent entre eux. En conséquence, il est juste que vous et tous les Maronites jouissiez de la protection dont les Français jouissent près de nous, et que vous soyez admis dans les emplois comme ils le sont eux-mêmes. »

http://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr/2009/09/24/louis-roi-de-france-a-lemir-des-maronites-au-mont-liban-et-aux-patriarches-et-eveques-de-ladite-nation/

Il en va de même pour la Côte d’Ivoire, dont le nom seul les fait rêver. Pour ma part, j’ai été catastrophé par les indications données à l’Armée française par l’ONU, autorité qui avait bien moins de titres à intervenir dans ce pays que nous : j’entends fort bien les ricanements d’une certaine gauche qui ne sait toujours que « gauchir » les réalités mais il faut dire ce qui est : les Ivoiriens désireux de voir la France davantage s’occuper d’eux sont bien plus nombreux que les braillards stipendiés par le soi-disant président Gbagbo : nul ne devrait ignorer que lors des manifestations autour du Pont Charles de Gaulle, les « patriotes » soutenant les pourvoyeurs du charnier de Yopougon recevaient chaque fin de mois un chèque en remerciement de leur bénévolat…

L’armée de terre est alors intervenue sans se soucier des limitations concoctées par les Onusiens, au moins aussi bien renseignés que les Petits Hommes Verts de Mars, et leur action a été décisive : c’est qu’elle se sentait en symbiose avec ce pays tout en restant française, malgré les apparences d’une foule hostile. Il suffit encore aujourd’hui d’interroger les chefs de villages, les artisans, les professeurs, les religieux, les « vrais gens » comme cela se dit aujourd’hui, pour comprendre à quel point les usurpateurs – car Gbagbo est à la tête d’une troupe d’usurpateurs, les bénéficiaires de son tour de passe-droit lors des élections de l’an 2000 : ne parlons pas de son génie de l’entourloupe qui lui a permis, sans élections, de se maintenir cinq ans de plus – ne représentent pas la Côte d’Ivoire profonde.

La gestion de la crise actuelle, malgré ce qui est dit par la note dont le lecteur a pu prendre connaissance au début de cet article, ressemble à une loufoquerie sinistre. L’ONU, à la sortie des désastres de la guerre civile, a maintenu Laurent Gbagbo, le principal auteur de cette catastrophe de par sa politique d’une « ivoirité » pure et dure, alors qu’elle avait en main tous les atouts pour le rendre « à la vie civile » et de mettre en place un gouvernement de transition dont la mission principale aurait été de préparer sérieusement les élections, avec l’aide notamment de l’armée de l’ONU, essentiellement avec l’aide du détachement français.

Mais le « Machin » a laissé cette arme redoutable entre les mains de l’ogre de Yamoussoukro et il s’en est servi au mieux de ses intérêts pour durer : un de mes amis avait prédit qu’il s’en servirait une fois de plus, non pas en les préparant pour au dernier moment prétexter qu’il était impossible de les tenir, mais en permettant leur tenue pour réussir à se déclarer vainqueur quoique vaincu. Personne n’a noté que plusieurs millions d’Ivoiriens n’ont pu participer n’ayant pas reçu leur carte d’électeur : les 80% de participation ne comptent que ceux qui étaient munis de cartes…

La France ne peut rester indifférente envers ce pays : d’autant qu’il a fait la preuve, sous Houphouët-Boigny, qu’avec des dirigeants compétents et soucieux de leur pays il peut se tenir debout. Il y va de ses intérêts, bien entendu, mais il y a va de la survie nationale comme internationale de ce bastion de la francophonie. Allasane Ouatara n’est sans doute pas le mieux qualifié pour sortir la Côte d’Ivoire de cette crise à la fois ridicule et tragique mais pour l’instant il est le seul.

Daniel Duc

Allasane Ouattara descend de Sékou Oumar Ouattara (1665-1745), [fondateur de l’empire Kong, au début du XVIIIe siècle, à cheval sur le Mali, le Ghana, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Il s’est établi comme fama (roi) et a fait de Kong le centre d’un empire.


Mosquée de Kong plus vieux symbole de l’islamisation des peuples du Nord de la Côte d’Ivoire…

Il a imposé le Jula comme langue officielle et l’Islam comme religion d’État. Il a utilisé des esclaves pour travailler dans la fabrication de tissu et la culture du riz, le millet, le sorgho et le coton…

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