Éminence : La charge de l’État.

Jeudi 24 novembre 2011 // La France

En ce début de course à la présidentielle, rien de tel que la relecture de l’un des classiques de la littérature politique pour nous rappeler ce que pourrait être le candidat idéal et les qualités minimales requises.

Le Testament politique de Richelieu, dont Arnaud Teyssier vient de publier une nouvelle édition, est connu et disséqué depuis longtemps par les historiens modernistes (1). Pour nous, royalistes aspirant à l’établissement d’une monarchie constitutionnelle ou pour le grand public passionné d’histoire politique, la relecture d’un ouvrage dont on a longtemps mis en cause l’identité de l’auteur - le procédé est classique pour nombre de grands textes (2) - livre quelques maximes trouvant d’heureux échos dans la France actuelle. L’oeuvre émerge pourtant d’un contexte politique bien précis, celui du règne de-Louis XIII, où cours duquel ,la réduction des factieux, grands du royaume ou défenseurs des intérêts de l’étranger, ceux d’une Espagne catholique et impériale en Europe même, est une urgence pour l’État moderne en lente maturation.

Richelieu écrit dans une France où même la mère du roi, Marie de Médicis ou son frère, Gaston d’Orléans, n’hésitent pas à jouer contre l’intérêt du souverain, monté très jeune sur le trône, après la mort d’Henri IV, le plus grand réconciliateur des Français. Gardons-nous cependant de toute nostalgie pour le XVIIe. Aux yeux de celui qui fut le principal ministre au cours de la deuxième moitié du règne du roi de France, les peuples pèsent comme quantités négligeables : « il les faut comparer aux mulets qui, étant accoutumés à la charge, se gâtent par un long repos plus que par le travail », même s’il est vrai que « les souverains doivent, autant qu’ils le peuvent, se prévaloir de l’abondance des riches avant que de saigner les pauvres extraordinairement » (lèrepartie, chap. 4, section 5).

On l’aura compris, ce sont bien les figures du prince et de ses conseils qui sont au centre des réflexions du vainqueur des protestants de La Rochelle. A aucun moment, d’ailleurs, il n’est question de concevoir la société autrement que répartie en trois ordres depuis les temps que l’époque dit immémoriaux. « Ce grand Royaume ne peut être florissant si V. M. ne fait subsister les corps dont il est composé en leur ordre, l’Église tenant le premier lieu, la noblesse le second et les officiers qui marchent à la tête du peuple le troisième » (V` partie, chap. 6). Seul le roi gouverne, et c’est sur cette figure que Richelieu aiguise son regard.

Mais cela ne l’empêche pas de ne désirer autre chose qu’un gouvernement fondé sur l’usage de la raison et le souci de l’indépendance, car « il n ÿ a point de prince en si mauvais état que celui qui, ne pouvant pas toujours faire par soi-même les choses auxquelles il est obligé, a de la peine qu’elles soient faites parautrui » (lè" partie, chap. 6). Le rôle des conseillers, qui est en débat pour encore quelques décennies, jusqu’à la Régence du duc d’Orléans, qui suivra la mort de Louis XIV, est prétexte à montrer toutes les qualités qu’aujourd’hui encore on attend d’un bon dirigeant.
Sa capacité d’action « requiert seulement bonté et fermeté d’esprit, solidité de jugement, vraie source de la prudence, teinture raisonnable des lettres, connaissance générale de l’histoire et la constitution présente de tous les états du monde, et particulièrement de celui dans lequel on est » (1er partie, chap. 8, section 2). Nul doute que nombre de fonctionnaires sauront aujourd’hui se retrouver dans ce portrait, et que bien de supposés chefs d’Etats ou de candidats aux élections primaires de nos démocraties en mal de nouvelles républiques feront leur cette sentence et obtiendront l’adhésion de leurs concitoyens.

Une certaine tradition royaliste a longtemps considéré les grands serviteurs de l’Ancien Régime comme les agents d’un monde englouti qu’il ne s’agirait aujourd’hui que de restaurer. C’est en fait un monde en mutation que Richelieu nous aider à décrire et saisir.

Christophe BARRET

Richelieu - « Testament politique », présentation d’Arnaud Teyssier, colt. Les Mémorables, Perrin, 2011, prix franco : 22 €.
Tel fut le cas pour le Br éviaire des politiciens de Mazarin. Préface de Umberto Eco, Arléa, 2007, prix franco : 8 €. (cf. Royaliste n° 912, page 8, Bréviaire politique).

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