Embarras.

Dimanche 19 juin 2011 // La France

A la suite de l’affaire Strauss-Kahn, le Parti socialiste se prépare dans la confusion à une bataille interne que ses dirigeants n’avaient pas prévue. Le scénario retenu voici un an, dont l’existence est maintenant reconnue par les principaux acteurs de l’opération, consistait à organiser les primaires comme une cérémonie d’adoubement de Dominique Strauss-Kahn, devant lequel Martine Aubry se serait effacée à l’heure prévue.

Mais DSK est définitivement hors-jeu et les socialistes se voient obligés d’organiser de véritables primaires, avec des électeurs appelés à départager les deux candidats de l’aile droite du parti : François Hollande, qui s’est déclaré, et Martine Aubry qui prépare sa candidature. L’heure n’est pas au débat d’idées elle l’est rarement au Parti socialiste. D’ailleurs, Martine Aubry et François Hollande adhèrent au même-programme. Il s’agit pour eux de mettre en valeur leur personnalité et de trouver des alliés de poids.

C’est en effet la recherche d’alliances qui est au coeur de leurs préoccupations, pour une rai- son simple : les partisans de DSK se retrouvent orphelins et il faut qu’ils se donnent un chef. Les amitiés et les affinités intellectuelles jouent un faible rôle dans cette recherche : il s’agit de deviner qui sera le vainqueur de la lutte interne. A moins d’un mois du dépôt des candidatures, les anciens partisans de DSK sont dans l’embarras Martine Aubry et François Hollande sont proches dans les sondages et le choix entre eux deux relève du pari. Jean-Christophe Cambadélis et Pierre Moscovici, qui ont appris la manoeuvre politique dans des organisations trotskistes, et Gérard Collomb, le maire de Lyon, soupèsent les chances de l’une et de l’autre. Mais certains réfléchissent à une candidature « post-strauss-kahnienne » sans doute celle de Pierre Moscovici qui a pourtant peu de chances de l’emporter.

Ces difficultés tactiques ne semblent guère passionner l’opinion publique qui assiste à un nouvel épisode des rivalités qui ravagent le Parti socialiste depuis l’ouverture de la succession de François Mitterrand. Ces affrontements ont toujours coûté cher aux socialistes mais cette année les affaires de moeurs font peser un risque encore plus grave sur leur crédibilité. L’affaire DSK a montré que l’appareil socialiste avait protégé un homme connu pour ses fragilités. Moins connue, l’affaire Jacques Mahéas indique que, là encore, la direction socialiste a fermé les yeux pendant un an sur le fait qu’un sénateur socialiste avait été condamné pour agression sexuelle sur une employée de mairie.

Bien entendu, les socialistes peuvent dire qu’aucun parti n’est à l’abri d’une vilaine, affaire et ils peuvent évoquer la démission de Georges Tron, qui bénéficie de la présomption d’innocence. Luc Ferry relayant une rumeur concernant un ancien ministre français de droite « poissé par la police » pour une affaire de moeurs au Maroc il y a quelques années, fait bien leur affaire... Qui peut échapper à l’accusation d’hypocrisie ?

Surtout, absorbés par leurs manoeuvres, confrontés aux doutes de leurs sympathisants. face à l’étalage des fortunes et des turpitudes, les dirigeants socialistes sont peu attentifs aux bouleversements qui menacent l’économie et la société françaises. Même si le mouvement français des Indignés n’a pas pris, les manifestations massives dans les villes espagnoles et grecques soulignent la rupture entre la jeunesse et les partis socialistes-au pouvoir à Madrid et à Athènes. Si les socialistes français arrivaient aux affaires en 2012 et mettaient en oeuvre une politique d’austérité extrême - ce qui est probable - ils seraient confrontés à la même révolte et d’autant plus durement qu’ils ne se donnent pas les moyens de l’éviter.

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