Élections prud’homales.

La démocratie sociale en deuil.

Lundi 19 janvier 2009 // La France

Trois salariés sur quatre n’ont pas voté lors du scrutin prud’homal du 3 décembre dernier. Dommage, car il s’agit probablement de la dernière fois qu’ils avaient l’occasion de s’exprimer dans le cadre d’un scrutin national pour l’organisation syndicale de leur choix.

Indifférence, refus de vote, désintérêt total discrédit des organisations syndicales.., toutes les explications sont avancées par les commentateurs pour expliquer le faible taux de participation des salaries aux élections prud’homales du 3 décembre dernier (74,5 % d’abstentions), malgré le vote par correspondance qui aurait dû doper le taux de participation. Notons également, que le taux d’abstention à Paris s’élève à 83 %. malgré le vote électronique.. Cette forte abstention rend l’interprétation des résultats et l’analyse du vote difficiles, Quoiqu’il en soit, on peut essayer d’en tirer plusieurs enseignements. Rappelons, avant de poursuivre que les conseillers prud’homaux sont élus par les salariés et les patrons pour juger les conflits liés au contrat de travail.

Premier enseignement :
La hiérarchie syndicale est respectée. La CGT (avec 33,8%des suffrages exprimés) reste la première organisation, loin devant la CFDT (22,1 %), la C G T Fo (15,9%), la CFDT (8,9%), la CFE-CGC (8,2%). l’Unsa (6,2%) et Solidaires (3,8 %).

Deuxième enseignement : Alors que la réforme de la représentativité a été instaurée pour réduire le nombre de syndicats, Les électeurs ont clairement montré leur attachement au pluralisme syndical une des richesses de notre pays et non une entrave l’efficacité du syndicalisme comme on le présente trop souvent. Cette expression de la démocratie sociale constitue un désaveu pour la CCT et la CFDT, aidées par le gouvernement et le Medef, qui comptaient sur cette réforme pour récupérer les adhérents des autres syndicats et les financements qui vont avec...

Troisième enseignement  : les organisations les plus contestataires (CCT et Solidaires) sont les grands gagnants de cette élection la première progresse de 1,6 points par rapport au précédent scrutin de 2002, Cela n’est pas vraiment une surprise le contexte de crise et l’intransigeance du gouvernement et du Medef qui, dans le domaine social, ont fait le choix du rapport de force ne sont pas étrangers cette radicalisation.

Quatrième enseignement : Les salariés qui ont voté ont clairement exprimé leur rejet du syndicalisme d’accompagnement de la CFDT - ce qui n’est pas pour nous déplaire ici - qui perd 3 points, et l’absence de ligne claire de la CGT-F0 (- 2,3 points) qui continue à taire le grand écart entre une aile réformiste et une aile révolutionnaire menée par les trotskistes.

Cinquième enseignement : En perdant 0,7 point, la CFTC limite la casse grâce à un solide socle de sympathisants qui se reconnaît dans ses valeurs. Elle paie néanmoins, au prix fort les conséquences de l’absence de débat lors de son congrès d’octobre dernier qui a laissé un goût amer à certains militants qui n’ont pas jugé utile de voter, voire qui ont voté pour un autre syndicat.

Sixième enseignement : Les électeurs ont plébiscité la nouveauté en votant pour la CFE-CGC et l’Unsa qui ont, par ailleurs, prévu de fusionner. La déconvenue risque, cependant, d’être grande dans la mesure où la fusion annoncée entre les deux organisations syndicales ne suscite pas l’adhésion de la base. En témoigne l’attitude des délégués de la CFE-CGC au Conseil d’administration de la Caisse nationale d’assurance maladie du 4 décembre qui, devant partir avant le vote d’une résolution, ont laissé leur mandat, non pas aux représentants de l’Unsa, mais à ceux de la CFTC et de l’Unapl. Sans compter que la fusion dans certains secteurs ne se fera pas sans dégâts ou ne pourra pas se faire du tout, notamment dans la police où les deux syndicats sont majoritaires et concurrents.

Septième et dernier enseignement  : cette élection est probablement la dernière organisée à l’échelon national. Dés le 4décembre au matin, Xavier Bertrand, reprenant, une proposition de Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, préconisait, pour les prochaines prud’homales, la généralisation de l’installation des bureaux de vote dans les entreprises. François Chérèque, numéro1 de la CFDT, lui emboîtait le pas en fin de matinée en déclarant « Le scrutin prud’homal ne constitue pas le bon outil pour apprécier sans contestation le poids réel des organisations syndicales dans les entreprises. Cela conforte notre soutien aux nouvelles règles de la représentativité qui renforceront la légitimité des organisations syndicales, en particulier celle de la CFDT, au plus près des salariés dans les entreprises ».

L’éditorialiste du Figaro, allait encore plus loin le 5 décembre en écrivant « ce revers infligé aux syndicats apporte de l’eau au moulin de ceux qu, préféreraient que les juges prud’homaux soient, à l’avenir, désignés et non élus  ». Difficile de ne pas voir, derrière toutes ces déclarations qui légitiment la réforme de la représentativité syndicale en la fondant par l’audience obtenue par les syndicats dans les entreprises, une action concertée. L’un des principaux griefs que l’on peut faire à cette proposition réside dans le fait que les salariés des petites et moyennes entreprises, a fortiori dans l’artisanat, seront une nouvelle fois exclus du scrutin. Gageons, enfin, que seuls les syndicats présents dans l’entreprise pourront se présenter. Bel le concept ion de la démocratie.

Répondre à cet article