Elections « européennes » obligent, Michel Barnier se surpasse.

Samedi 13 juin 2009 // L’Europe

Dans le rôle du faux « c.l », il mérite un pis d’or !

Les prix du lait ? Ils « viennent de baisser de 30%, ce n’est pas supportable, il faudra que les industriels acceptent de reprendre la négociation et de payer le prix juste », déclarait il y a peu le brillant ministre de l’Agriculture...

Les prix du lait payés aux producteurs ? Ils sont en baisse de 30% en avril sur un an...

Et se « calquant » sur son « maître », de déclarer, menton en avant : « Je ne laisserai pas l’alimentation en général, l’agriculture, le prix du lait et d’autres prix à la seule loi du marché »

Poursuivant : « Il y a une offre de lait trop importante » et de nous expliquer qu’il faut maîtriser au niveau européen la production grâce aux « outils de régulation » que sont les quotas.

Le litre de lait est passé de 30,30 centimes d’euros en avril 2008 à 21,10 en avril 2009. Il se dit que le seuil de rentabilité moyen d’un élevage ne peut supporter un prix inférieur à 28 centimes du litre.

Chercher l’erreur...

Et les faux ças se bousculent...

 Dirigeants de la FNSEA en tête !

« Après une période de sous production, pour faire grimper les prix, obligeant la France à importer, le prix du lait avait flambé en 2007. Face à la demande, on s’était mis à faire pisser la vache afin de ramasser le « beurre » de cette paradoxale situation. Mais l’arrivée de la crise a fait fondre le « beurre » et le monde est aujourd’hui confronté à une surproduction. D’où un effondrement subit des prix à -30%. »

On importe du lait de Nouvelle Zélande !

« Que s’est-il passé pour que le pays du bon lait en soit arrivé là ? Tout simplement l’éternelle collusion entre l’agroalimentaire et la grande distribution, la première tenue de mettre à disposition de la seconde des produits bas de gamme aux coûts de production minimalistes afin de garantir un maximum de profit aux différents intermédiaires. Résultat, le consommateur ingurgite des produits laitiers indignes et les éleveurs sont sur la paille. Qui expliquera pourquoi, aujourd’hui, près de la moitié des laits de consommation courante proviennent de Nouvelle- Zélande, d’Australie et d’autres continents lointains, contraignant nos producteurs à déverser le lait européen devant les préfectures et à bloquer les dépôts de centrales d’achat de la grande distribution pour se faire entendre ? »

En novembre 2008, alors que la belle Europe était sous présidence française... Monsieur Barnier ne cachait pas sa joie de l’accord trouvé dans le processus de dérégulation des quotas...

Ces quotas étaient appelés à disparaître afin de permettre aux cours du lait de fluctuer après 2015, « librement », sous le regard bienveillant des deux fées que sont l’Offre et la Demande...

Une « crème » d’accord !

Il faut dire que le lait est au cœur d’une succession de « crises ».

En 2007 son prix s’envolait...

Le lait ? Nous y avons porté quelques attentions...

Nous y reviendrons...

 

La crise du lait met l’Europe face à ses contradictions

Pourquoi les éleveurs n’augmentent-ils pas le nombre de vaches alors que les prix flambent ? La réforme de la PAC a cassé la confiance des paysans mais l’UE ne se remet pas en cause.

Quand la crise du lait met l’Europe face à ses contradictions pPar Nicolas-Jean BREHON
enseignant à Paris I Sorbonne

C’est à n’y rien comprendre ! Les prix du lait explosent et pourtant, le éleveurs boudent, l’offre ne répond pas. Il manque 2 à 3 milliards de litres en Europe et 200.000 vaches laitières en France. L’Union européenne (UE) propose d’augmenter les quotas (un plafond au delà duquel les éleveurs sont pénalisés par le paiement d’une taxe), rien n’y fait. Il faut recourir aux expédients en maintenant des vaches à la traite alors qu’elles auraient été déclassées en « vaches de réforme » et conduites à l’abattoir.

L’accusé ? L’éleveur qui fait la sourde oreille alors que la profession a été pourtant ultra aidée pendant des années, que la solidarité européenne imposerait des gestes, et que ses revenus ont progressé en 2007 bien plus que n’importe quelle autre catégorie... Mais si l’une des causes de la crise était plutôt dans la réforme de la politique agricole commune- PAC- elle même ?

Cette réforme, décidée en 2003, est bâtie sur un principe simple : le découplage. Il s’agit de séparer – découpler- l’aide financière du volume de production. Le droit à paiement unique est calculé sur des critères physiques indépendants de la production.

Quatre ans plus tard, deux inconvénients majeurs apparaissent. En premier lieu, la réforme était conçue pour casser les surproductions et faire baisser les prix dans l’UE. Or, aujourd’hui, le contexte est radicalement différent et même au strict opposé de la situation qui prévalait en 2003. La Commission ne s’est absolument pas adaptée au revirement de conjoncture et tente tant bien que mal de réajuster le système, mais sans succès. D’ailleurs, tout changement brutal dans un secteur se traduit par des déséquilibres dans les autres secteurs et il ne faut pas oublier une règle élémentaire : il n’y a pas de lait sans veau et l’augmentation des vaches laitières se traduirait par une augmentation du cheptel de viande. Après s’être sortis de la crise bovine des années 90, les éleveurs ne sont pas enthousiastes à cette perspective.

En second lieu, la réforme de la PAC a entraîné un changement de philosophie même de l’aide européenne. La PAC a changé de nature : elle a perdu son côté « politique industrielle » encourageant la productivité, et elle est devenue une politique sociale, en transformant l’aide européenne en une simple aide aux revenus. Ce faisant, en perdant ce lien avec la production, la réforme de la PAC a cassé le système et la confiance.

Car les agriculteurs se rendent bien compte que ce régime ne peut durer indéfiniment ! Il n’y a aucune raison que l’UE soutienne les revenus d’une catégorie sociale particulière, d’ailleurs de moins en moins importante en termes statistiques. Pourquoi soutenir les revenus des paysans et non ceux des chômeurs ? La réforme de la PAC avait en son sein même des ferments de dynamite. Dès lors, les éleveurs n’ont fait qu’anticiper ce « lâchage » et se sont détournés de la production de lait pour préférer des productions moins contraignantes. Les courbes de production sont limpides : le déclin des collectes a commencé exactement en 2004, la première année d’application de la réforme.

La crise du lait n’a pas été provoquée mais elle a été aggravée par la réforme de la PAC. Pourtant, le plus frappant dans cette crise est l’incapacité de l’UE à se remettre en cause. Le fameux bilan de santé de la PAC annoncé sous présidence française devrait tenir compte de cette expérience.

Source : Le Monde
Auteur : Nicolas-Jean BREHON

Répondre à cet article