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Eglises d’Orient.

Vendredi 11 février 2011 // La Religion

Eglises d'Orient : Vous serez haïs à cause de mon nom.

CARREFOUR STRATÉGIQUE

Carrefour stratégique entre les continents, lieu de rencontres et de ressources, la Méditerranée est aussi une région contrastée sur le double plan de la politique et de l’économie. Et, si l’on peut dire que les nombreux conflits qui endeuillent cette zone géographique, ne sont pas réductibles à la question religieuse, il n’empêche que la religion en est le plus fort prétexte et l’aliment perpétuel.

Avec la disparition de l’Empire ottoman et du califat en 1918, les nouveaux États issus de son démembrement ont dû inventer de nouveaux rapports religieux : le spectre allait du rigorisme saoudien à une certaine tolérance dans les États officiellement musulmans ; le Liban institutionnalisait le communautarisme et la Turquie d’Atatürk imposait la laïcité.

D’une manière générale, cependant, dans le monde arabomusulman, le religieux imprègne toujours la législation et les comportements. L’échec des constructions purement nationales, aussi bien du nationalisme à la Nasser que dans des versions diverses du « baassisme » ou du « socialisme arabe », a conduit à l’exacerbation communautaire, les appartenances religieuses devenant des identités politiques. C’est ainsi que l’on parle de sunnites, de chiites, de druzes, de coptes, d’alaouites ou de maronites. Enfin, face à la triple impasse politique, sociale et internationale dans laquelle se trouve enfermé le monde arabo-musulman, des idéologies politico-religieuses ont fait leur apparition, qu’il s’agisse des Frères musulmans en 1928 ou des chiites théocratiques à la façon d’un Khomény plus récemment. Des mouvements qui exploitent le sentiment religieux avec d’autant plus de facilité que perdurent des conflits aussi lancinants que ceux de Palestine, du Liban et d’Irak.

Qui dit impasse politique et sociale dit toujours, à terme, violence et recherche de boucs émissaires. Une violence qui permet aux régimes figés et archaïques qui ne respectent pas le moindre état de droit, de prétendre combattre des éléments subversifs et aux groupuscules radicaux d’y trouver une justification à leur combat.

Et c’est ainsi qu’il est question de résistance, de martyre ou de devoir religieux ; en Islam, le fameux Djihad des islamistes engage le résistant, le mogâwim, le combattant, le mougâtil ou le djihadiste, le moudjahid. Dans le souvenir des luttes anti-coloniales et le culte d’une mobilisation permanente contre l’Occident réputé chrétien, les islamistes ont su donner une apparente cohérence à ce combat, en recourant notamment à toute une mythologie prégnante dans des masses arabes pauvres, peu éduquées et faciles à embrigader. Il ne faut pas chercher plus loin l’une des causes majeures de cette tragédie en cours depuis plusieurs années
l’exil des chrétiens d’Orient.

Il y a quarante-cinq ans déjà, lors de sa visite historique en Terre Sainte, le pape Paul VI émettait la crainte que « les Lieux Saints ne se transforment en musées » après la « disparition » des Chrétiens d’Orient qui figurent pourtant parmi les plus anciennes communautés chrétiennes du monde. Naturellement les pays les plus touchés par l’exil des chrétiens sont ceux où règne la plus violente instabilité comme en Irak.

LA TRAGÉDIE CHRÉTIENNE EN IRAK

Présents en Mésopotamie depuis deux mille ans, les chrétiens en constituèrent un temps jusqu’au tiers de la population. Plutôt protégés sous le régime de Saddam Husssein à la différence des chiites martyrisés, c’est la guerre qui a précipité les chrétiens dans le malheur. Des chrétiens souvent bien éduqués, polyglottes, présents dans les milieux d’affaires et les professions libérales. C’est ainsi qu’à Bagdad ceux-ci représenteraient encore un tiers des ingénieurs irakiens et 40 % des médecins. Forte il y a encore quelques années de près de 800 000 personnes, la communauté chrétienne ne représente plus que 250 000 à 400 000 individus, environ 3 % de la population.

Dans un contexte de guerre civile pour le pouvoir, la cohabitation des chrétiens avec les différentes factions politiques et militaires relève du miracle. On ne compte plus les attaques contre la communauté chrétienne, les assassinats de dignitaires religieux, les églises profanées et détruites, sans parler des interdictions professionnelles, de droit ou de fait, dont sont victimes les chrétiens. En 2008, nombre de chrétiens chaldéens ont été assassinés à Mossoul, dont l’archevêque Mgr Rahho. En fait, chiites et sunnites ne seraient d’accord que sur un seul point, le départ des chrétiens. Contraints de quitter leurs foyers souvent dans l’urgence, beaucoup ont rallié les provinces kurdes, plus sûres jusqu’à présent. D’autres ont rejoint la Syrie ou la Jordanie, qui, au fil des années, se montrent moins accueillantes. Une partie des candidats à l’exil s’est enfin expatriée en Occident, notamment en France et en Allemagne, mais également aux États-Unis, au Canada et en Australie.

TOUT LE PROCHE-ORIENT CONCERNÉ

Reste que le problème concerne tout le Proche-Orient : la part des chrétiens dans ces pays qui ont vu naître et prospérer le christianisme, est passée à 6 % aujourd’hui, contre 15 à 20 % au début du XXe siècle, exception faite du Liban où les chrétiens constituent encore une forte minorité. Mais, pour combien de temps avec le Hezbollah ?

En Turquie, les communautés chrétiennes qui sont les plus anciennes, antérieures à l’Islam, ne représentent plus que 0,2 % de la population contre 20 % au XIXe siècle. En Égypte, les Coptes (6 à 10 % des 80 millions d’Égyptiens) sont menacés ; les autorités religieuses chrétiennes indiqueraient que, depuis dix ans, quelque 1,5 million de Coptes ont émigré principalement vers les États-Unis et le Canada. On ne saurait s’en étonner alors que ces malheureux Coptes, majoritairement orthodoxes, sont toujours sous le coup d’une discrimination officieuse et diffuse, et que leurs biens et leur personnes font l’objet d’attaques criminelles, la plupart du temps impunies.

Quant à la Terre Sainte proprement dite, l’émigration massive des chrétiens n’y est pas un phénomène nouveau. Depuis la fin du XIXe siècle, les chrétiens palestiniens ont émigré en grand nombre vers l’Europe, les Amériques ou l’Australie. Toutefois, le phénomène s’est accéléré de façon dramatique depuis le début de la seconde intifada en septembre 2000. Selon les estimations les plus favorables, le nombre de chrétiens ne dépasserait pas 50 000 personnes dans les Territoires palestiniens, dont moins de 1000 à Gaza. Environ 50 % sont orthodoxes et 30 % catholiques. Les musulmans sont aujourd’hui majoritaires à Bethléem et Beit Jala. Seul Beit Sahour a conservé une majorité chrétienne. C’est dire !

Une première explication du déclin des chrétiens ici est purement démographique car les familles chrétiennes engendrent deux ou trois enfants alors qu’il s’agit chez les musulmans de 5, 6 et jusqu’à dix. En second lieu, à l’image de leurs co-religionnaires irakiens, les jeunes Palestiniens chrétiens, généralement très éduqués, polyglotes et qui appartiennent majoritairement aux catégories sociales moyennes et supérieures, ont presque tous de la famille à l’étranger, ce qui facilite leur départ en cas de troubles. Enfin, l’islamisme radical certes non majoritaire mais totalitaire tout autant que la fermeture des Territoires palestiniens par l’État hébreu, véritable catastrophe économique, ne font que pousser davantage à cet exil des chrétiens de Terre Sainte.

En définitive, si ces chrétientés s’étiolent, c’est essentiellement que l’on s’emploie à les asphyxier par une persécution d’autant plus efficace qu’elle est le plus souvent feutrée, insidieuse mais insistante, permanente et obsédante. En Terre d’islam, les chrétiens ne sont jamais, la plupart du temps, que des citoyens de seconde zone. Alors qu’ils peuvent se prévaloir d’un véritable droit d’antériorité sur l’Islam. Quant à leur collusion supposée avec les anciennes puissances mandataires européennes, l’accusation ne tient pas au regard du rôle capital joué par les bourgeoisies chrétiennes et les intellectuels chrétiens de Damas, de Beyrouth et du Caire, dans l’élaboration du programme du Baas et de ce que l’historien Toynbee a appelé « le grand réveil arabe ».

En fait, la société traditionnelle arabe est déstabilisée par le projet totalitaire islamiste de constituer partout au Proche-Orient des sociétés islamiques homogènes. C’est là qu’il convient de parler de la méconnaissance des réalités de cette région par la plupart des Occidentaux. Le contentieux « colonial », ravivé par l’intervention américaine en Irak, n’est pas soldé et les Arabes, et plus généralement les musulmans, rejettent toute domination occidentale. C’est, d’ailleurs, une sorte de fascination à rebours. Et, comme la modernisation est assimilée à « l’occidentalisation », ce mouvement alimente le contre-projet des islamistes. Reste qu’on ne saurait accepter que les droits que l’islam réclame chez nous, au nom de nos principes, soient refusés chez lui aux chrétiens, au nom des siens.

UN SYNODE POUR LA LIBERTÉ

C’est bien parce que le phénomène de diaspora des chrétiens vers l’Occident a atteint sa cote d’alerte que le Souverain Pontife, Benoît XVI, a convoqué en synode, à Rome, 246 patriarches, évêques, prêtres et experts du Proche-Orient. Il en va du maintien des chrétiens sur cette terre, « berceau » du christianisme, mais aussi du judaïsme et de l’islam, quand on recense les pays concernés (Turquie, Syrie, Chypre, Irak, Iran, Liban, Jordanie, Israël, Territoires palestiniens, Égypte). Prendre « de la hauteur » et analyser les problèmes du Proche-Orient avec le « regard de Dieu », telle était 1 l’ambition du Saint-Père qui a dénoncé la violence faite au nom de Dieu. Assurément pastoral dans sa parole publique, ce synode a été forcément très politique lors des pauses ou carrefours, car la volonté de dialoguer, la prudence, n’ont pas occulté les vrais problèmes.

Le synode a mis en relief les divisions profondes de cette chrétienté d’Orient, affaiblie par ses querelles immémoriales : pas moins de neuf Églises catholiques, latines et orientales, coexistent en Terre Sainte sans omettre les huit Églises orthodoxes - et, au synode, sept « patriarches » étaient présents. Une mosaïque d’églises, à l’intérieur desquelles la communion est plus souvent une blessure qu’une réalité, ce qui affaiblit d’autant les chrétiens et ne facilite pas leur crédibilité face à l’islam. Au premier rang des préoccupations figurait également la liberté de conscience et de conversion. Alors que, si l’islam n’est pas monolithique, dans les États à majorité musulmane, à quelques exceptions près, cette croyance est religion d’Etat, la charia source de législation et l’apostasie punie de mort.

Ce qui était en jeu dans ce synode c’était la possibilité pour les chrétiens d’obtenir une cohabitation fraternelle qui serait assurée et protégée par le pouvoir politique alors que ces chrétiens vivent « dans un océan musulman » de plus en plus agressif. Si le dialogue théologique n’est guère possible, le concept de laïcité une vue de l’esprit, chrétiens et musulmans peuvent néanmoins travailler ensemble au développement de leurs sociétés.

Au demeurant, la simple présence chrétienne est un témoignage indispensabled’ouverture à l’endroit d’un modèle musulman qui se veut trop souvent unique. L’intelligence chrétienne, marquée par toutes les oeuvres éducatives si importantes en ces pays et pour ces pays, est une preuve suffisante de la source d’enrichissement moral et spirituel que représente le christianisme.

Dans la complexité de ce chaudron géopolitique religieux au Proche-Orient, le synode a tenu à affirmer une « vision chrétienne des choses ». Tous ont pu également remarquer la forte insistance de Benoît XVI en faveur de la « nécessité vitale » d’un élargissement de l’espace pour la liberté religieuse au Proche-Orient et qu’il a qualifiée d’« exigence ».

UNE GRANDE INJUSTICE

Au final, le nombre des chrétiens de Terre Sainte a été divisé par trois en un siècle. Ils représentent aujourd’hui 20 millions de personnes (dont 5,7 millions de catholiques) sur un bassin de 356 millions d’habitants. Ce qui représente 5,6 % de la population (1,6 % de catholiques). Avec cette particularité méconnue qu’environ 40 % de ces catholiques sont des travailleurs immigrés philippins ou indiens en majorité employés dans les monarchies du Golfe où la pratique demeure compliquée, interdite en Arabie-Saoudite, plus facile à Bahrein ou au Qatar où des églises existent.

Il y a une profonde injustice dans ce dépérissement des chrétiens d’Orient. D’une part parce qu’ils constituent la population d’origine de leur pays. En second lieu, parce qu’ils sont victimes de pouvoirs et de sociétés où leur contribution en matière d’éducation, de charité, de sciences, de littérature et d’économie, sans compter leur loyauté patriotique sans faille, n’est plus à démontrer.

Quant aux pays occidentaux, tout à leurs calculs politiques ou mercantiles, les uns n’excluant nullement les autres, que font-ils pour ces nouvelles « Églises du silence » ? Rien ou si peu.

Bernanos déplorait déjà à son époque « le cœur dur et la tripe sensible » de l’homme de son temps. Les Occidentaux feraient bien de méditer ces fortes paroles de Grégoire III Laham, patriarche d’Antioche des Grecs melkites : « Si l’Orient était vidé de ses chrétiens, toute occasion serait propice pour un nouveau choc des cultures, des civilisations et même des religions, un choc destructeur entre l’Orient arabe musulman et l’Occident chrétien ».

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