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Économie : La voie étroite.

Dimanche 3 octobre 2010 // La France

Économie : La voie étroite.

Pourquoi Nicolas Sarkozy et ses ministres ont-ils annoncé le même jour une moindre croissance et des restrictions budgétaires qui risquent de ralentir l’activité économique Le 13 août, Christine Lagarde, exprimant l’optimisme gouvernemental, se félicitait du « magnifique » taux de croissance français (+0,6%) pour le deuxième trimestre. Sans doute, oubliait-elle les mauvais chiffres de l’emploi (demandes d’emploi en hausse de 20% en 2009) mais le rôle du ministre des Finances est de souligner les bonnes tendances ce qui conforte le moral des entrepreneurs les incite à investir.

Dès lors, pourquoi le changement de ton qui fit suite à la convocation à Brégançon, le 20 août, de François Filon, de Christine Lagarde et François Baroin, ministre du Budget ? Pourquoi Nicolas Sarkozy avait-il décidé d’interrompre ses vacances pour prendre des décisions qui auraient pu attendre le conseil des ministres de la rentrée.
Il ne s’agissait certainement pas de créer un électrochoc chez les Français : sinon, ce n’est pas le milieu des vacances que le gouvernement aurait choisi pour annoncer une baisse de la prévision de croissance (de 2,5% à 2%) et la suppression de nombreuses « niches fiscales ».

Voulait-on au contraire les endormir ? La publication du détail des mesures -fiscales aura lieu à la rentrée, quand l’agitation sociale aura repris. La précipitation des dirigeants du pays s’explique par un événement passé relativement inaperçu, sauf dans la presse financière : le 17 août, un communiqué de l’agence de notation Moody’s affirmait que les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Angleterre, et la France restaient « bien positionnées » mais que « ces pays se sont malgré tout rapprochés de la note de dégradation. En clair, la France, parmi d’autres grandes puissances, pourrait perdre le triple A qui permet d’emprunter à bon compte sur les marchés financiers.

Quelques heures plus tard, ce même 17 août, la réunion de Brégançon était annoncée, ce qui montre l’inquiétude de l’Élysée face aux décisions d’une agence qui ne s’est pourtant pas fait connaître par la pertinence de ses avertissements. Mais les spéculateurs réagissent en fonction des notes attribuées par les agences et le gouvernement français veut à tout prix éviter d’alourdir la dette publique en payant plus cher le placement des obligations d’état.

Pour apaiser les agences de notation, il faut annoncer que l’on va réduire la dette publique. D’où les décisions prises à Brégançon : « La réduction du déficit public doit être obtenue en réduisant en priorité la dépense publique », Gt-on dans le communiqué officiel. Certes, ni l’impôt sur le revenu, ni la TVA, ni l’impôt sur les sociétés ne seront, en principe, augmentés, mais les dépenses de fonctionnement et d’intervention de l’État baisseront de 5% en 2011, et de 10% d’ici 2013, le point d’indice des fonctionnaires ne sera pas revalorisé en 2011, et en dix milliards d’euros de niches fiscales et sociales seront supprimés à l’automne.

Comme partout ailleurs en Europe, le risque est de casser la reprise économique, qui doit beaucoup aux financements publics. Mais le gouvernement fait le pari d’une croissance entretenue par le secteur privé, qui compenserait la baisse des dépenses publiques. Pari difficile à tenir puisqu’on observe un ralentissement du rythme de croissance du secteur privé en France et un ralentissement de l’activité dans la zone euro. Les dirigeants français sont cependant tenus d’afficher leur rigorisme : l’austérité budgétaire ne fera sentir ses effets négatifs que dans un an, alors que l’abaissement de la note de la France et le déchaînement de la spéculation peuvent se produire dans quelques semaines. En l’occurrence, le gouvernement n’est plus le « maître des horloges ».

Une côte d’émeraude très culturelle.

Si le petit Larousse illustré demeure assez vague sur ce littoral de la Manche, vers Dinard et Saint-Malo, Le Petit Robert des noms propres étend avec précision la Côte d’Emeraude « de la pointe du Grouin au Val-André » . Très connue, elle permet aux quelques dizaines de kilomètres qui séparent la baie de Saint-Brieuc de celle du Mont-Saint-Michel d’accueillir les amoureux de la nature, avec ses espaces sauvegardés, et ceux qui cherchent à voir tout ce que l’homme a su en extraire, aussi bien des moules que du granit, des malouinières que des plages.

À ce point de vue, l’exposition montée dans la belle petite chapelle Saint-Sauveur nichée dans Saint-Malo intra Muros apparaît fort révélatrice. Visible jusqu’au 19 septembre, elle invite à découvrir les Peintres de la Côte d’Émeraude, du Mont-Saint-Michel au cap Fréhel. Il y a là quelque 180 œuvres de plusieurs dizaines d’artistes bien que des prêts n’aient pu être obtenus d’institutions abritant des Corot, des Victor Hugo ou des Viollet-le-Duc. On y admire aussi bien des peintres du XX° siècle comme Bernard Buffet, très à l’aise avec la tour Solidor ou le Mont, que des représentants du XIX° tels Eugène Isabey, le fils de Jean-Baptiste, qui évolua du classicisme au pré impressionnisme en passant par le romantisme ou le Lyonnais François Frédéric Grobon, attiré parte moulin de Naye. Mais on y découvre également des gloires locales, à commencer par Paul Turpin (1868—1960), second-maître mécanicien qui fit les campagnes du Tonkin et du Dahomey avant de devenir l’élève de Gustave Le Sénéchal de Kerdréoret et de remplir les fonctions de maire de Paramé, lorsque cette commune n’était pas incluse dans Saint-Malo.

L’autre fleuron de la Côte, Dinard, cultive son côté, British, sinon aristocratique. Toute l’année, la cité qui attendit en vain l’arrivée de Napoléon Ill et de l’impératrice Eugénie organise un chapelet de manifestations. Dans le prolongement de qui a peur des artistes ? en 2009, le maire Sylvie Mallet qui a succédé cette année à son infatigable mari, Marius a lancé Hope !, qui se veut, jusqu’au 12 septembre, une « exposition d’art contemporain sur l’espoir ». Elle est déclinée autour de quatre thèmes : la Genèse, l’Exode, l’Apocalypse et la Grâce, mais sans aucune référence biblique explicite ; un très beau catalogue permet d’en conserver le souvenir : Hope ! (Paris, Skira Flammarion, 2010, 160 pages). En outre, à la Villa les Roches brunes, on peut se délecter, jusqu’au 19 septembre, avec Bain d’humour en bord de mer, qui aligne moult gravures de Daumier.

L’hebdomadaire Le pays malouin a, ce mois d’août, organisé une évaluation comparative des deux villes, d’où Dinard est ressorti vainqueur, notamment du point de vue culturel. Mais, il ne faut tout de même pas oublier que, face au Festival international de musique d’août et à celui du film britannique d’octobre, Saint-Malo aligne aussi deux prestigieuses rencontres : celte des livres avec Étonnants voyageurs, en mai, et celle de la Route du rock, en août. Et ce ne sont pas les seules.

C’est l’impasse !

Place de la Nation, le samedi 2 octobre : partie de la République à 14h30, la tête de la manifestation arrive vers 16 heures. Pour cette cinquième journée de contestation de la réforme des retraites, c’est l’aile dure du mouvement syndical qui- conduit la manifestation : les militants de l’Union syndicale Solidaires sont nombreux et il faut une bonne demi-heure pour redescendre leur cortège où l’on scande des slogans appelant à la grève générale. Derrière eux, ce sont les modérés de l’UNSA, puis les enseignants et étudiants, très nombreux, et à nouveaux des partisans de la grève générale, ceux de Force ouvrière. Viendront ensuite les deux principales organisations, la CGT et la CFDT.

Au-delà des querelles de chiffres 889 000 manifestants sur toute la France selon la police, 3 millions selon la CGT), la mobilisation contre la réforme ne faiblit pas et elle rassemble toutes les générations, de nombreuses catégories sociales (ouvriers, employés, cadres, fonctionnaires de tous rangs) et des sensibilités politiques différentes : entre le Parti de Gauche et les dirigeants de la CFDT, ce n’est certainement pas l’amitié qui règne. Mais tout le monde marche dans le même sens et souhaite faire reculer le gouvernement.

Mais comment ? Nicolas Sarkozy a fait de la réforme des retraites un point capital de son quinquennat et- il redoute que les marchés financiers ne spéculent contre la France s’il adoucit sa politique de rigueur. Les aménagements au projet de loi sont donc minimes et c’est le blocage. Il reste vrai que la CFDT et la CGT voudraient sortir de l’impasse. Mais la CGT doit tenir compte de la concurrence de sa gauche (Solidaires) qui lui prendrait d’innombrables adhérents si Bernard Thibault admettait la réforme. Il se souvient qu’en 2003, la CFDT a perdu beaucoup d’adhérents pour avoir passé un accord avec François Fillon, pourtant beaucoup plus souple qu’Eric Woerth. Quant à la CFDT, elle ne croit guère à la bonne volonté gouvernementale et elle souhaite une victoire socialiste en 2012 qui ferait adopter une nouvelle réforme - cette fois conforme à ses voeux. François Chérèque se montre donc plus ferme que prévu, conforté de plus par des sondages qui disent que 70% des Français seraient favorables au mouvement. Il appelle donc, comme les autres syndicats, à une nouvelle journée de mobilisation et de grèves le mardi 12 octobre.

Le pari du gouvernement est que les manifestants s’apercevront que les manifestations ne servent à rien, comme le répètent les ministres depuis le début du mois de septembre. Il est vrai que, de janvier à juin 2009, les cortèges s’étaient amenuisés et que la contestation n’avait pas repris à la rentrée de septembre. Cependant, la situation n’est pas la même cette année : la contestation porte sur un projet précis, non sur les conséquences générales de la crise, et Nicolas Sarkozy ne bénéficie plus de l’image positive qu’il donnait lorsqu’il s’était porté sur le devant de la scène internationale pour affronter la crise financière. De plus, un certain nombre de manifestants peuvent être tentés de radicaliser le conflit et les directions syndicales cégétiste et cédétiste auraient du mal à ne pas suivre...
C’est dans ce contexte que se situe la discussion du projet de loi au Sénat. Le gouvernement pourrait saisir cette occasion pour faire des ouvertures, mais bien peu croient à une issue rapide de la crise sociale.

Irremplaçable LULA

La dauphine de Luta à la présidence du Brésil est arrivée en tête du premier tour de l’élection le 3 octobre, avec 46,9%. L’ère Lula est bien partie pour continuer.

Lula avait refusé de modifier la constitution pour lui permettre de briguer un troisième mandat. Elu en 2002, réélu en 2006, il pourrait l’être à nouveau en 2014. En attendant, il doit céder la place à une intérimaire : Dilma Rousseff, son chef de cabinet de la présidence, équivalent du Premier ministre. On pense au précédent russe où Vladimir Poutine a cédé la place à un loyal vassal en attendant de revenir au prochain coup. Cependant, il n’y a pas vraiment de statut constitutionnel au Brésil pour Lula. Il avait d’ailleurs été tenté de briguer une fonction internationale : Nations unies, Haïti, ou autre. Mais s’il s’éloigne, que feront les nouveaux élus ?

Jusqu’à l’été, la candidate du Parti des Travailleurs était au coude-à-coude dans les sondages avec son opposant du Parti social-démocrate (centre-droit), José Serra. C’est l’engagement personnel de Lula dans la campagne qui a créé l’écart décisif puisque José Serra n’a obtenu que 32,6% Les Brésiliens souhaitaient élire Lula une troisième fois. Le 3 octobre, ils ont encore voté pour lui mais sous un autre nom, un pseudo, un alias.. Reste que ce n’est pas lui, mais elle.

En cas d’empêchement, Dilma Rousseff est atteinte d’un cancer, c’est le vice-président, Michel Tenner, qui assumerait ses fonctions. Or celui-ci est président d’un autre parti, allié au pouvoir du Parti des Travailleurs, et ne bénéficie pas d’une image incontestable. L’ère Luta pourrait donc dégénérer. Lula reviendrait alors en sauveur en 2014, pour présider à la Coupe du monde de football puis, en 2016, aux Jeux olympiques. L’avenir, loin d’être compromis, est assuré pour le Brésil.

Le succès de Lula, à la fin de son second mandat, contrairement au résultat mitigé du premier, est essentiellement dû à son émergence internationale. Les progrès de la politique sociale, point faible du premier mandat, ont été facilités par l’explosion du taux de croissance jusqu’à 8% annuels. Ce taux est le critère de I’accès à la catégorie des pays émergents. Lula y a pleinement joué son rôle.

Depuis la conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce à Cancun en 2003, le chemin parcouru est impressionnant. Le Brésil est de toutes les initiatives Sud-Sud mais aussi du G20, et est candidat à un poste permanent au Conseil de sécurité. Le Brésil s’est également érigé en fédérateur de l’hémisphère sud-américain. Mais tout était centré sur la personnalité hors normes de Luta. Ses successeurs, dira-t-on, n’ont plus qu’à gérer une situation dont ils ont hérité. Il reste que son absence se fera sentir. Le Brésil sans Lula, c’est une chose. Les pays émergents sans lui, ce n’est pas acquis d’avance. Personne n’a vraiment de légitimité après lui : le Sud-Africain, l’indien, le Turc, I’Éthiopien ? L’ex-Tiers-monde avait trouvé en Lula un chef reconnu de tous. Chavez ou Ahmadinejad, sinon Kadhafi, risquent d’occuper la place par défaut.

Ombre au tableau : Lula, comme ses collègues émergents, a joué le modèle productiviste, au détriment de l’environnement, comme dans le cas des biocarburants. Ses ministres couvrant ce secteur l’ont successivement lâché, dont Marina Silva, la troisième candidate aux élections du 3 octobre. Son score de plus de 19% est un utile rappel à l’ordre pour le plus grand poumon vert de la planète.

Sarkozy et les Chrétiens.

Infatigable dans ses déplacements, ses, interventions et ses rencontres, Nicolas Sarkozy est toujours soupçonné de vouloir donner des gages à chacun, et de chercher à se faire bien voir de diverses catégories censées représenter les Français. Quoique ex- primé de manière relativement discrète se fait ainsi aujourd’hui jour le soupçon d’une « reconquête » de l’électorat catholique.

Tout cela serait lié à ce qui est souvent présenté comme la grande affaire de l’été, les expulsions de Roms. Bien que cela ait été démenti par la suite, certains s’était imaginé que les propos de Benoît XVI le 22 août sur le devoir d’« accueillir les légitimes diversités humaines » constituaient une dénonciation de la politique élyséenne. On avait alors vu des politiques et des commentateurs habituellement peu soucieux de la parole romaine et plutôt critiques à l’égard du pape s’en faire quasiment les propagandistes pour mieux accabler le chef de l’état.

Or, voici que se produisent trois événements significatifs en une semaine. Le jeudi 30 septembre, le président de la République se rend à Vézelay. Le lendemain, il visualise « des hommes et des dieux ». Enfin, une semaine plus tard, le vendredi 8 octobre, il est reçu, â sa demande, par le souverain pontife. Il n’en fallait pas plus pour stigmatiser « la séquence religieuse après la séquence sécuritaire », voire assurer que, « après avoir lancé sa campagne de 2007 au Mont-Saint-Michel, c’est à Vézelay qu’il lançait celle de 2012 ». Infatigable dans ses déplacements, ses déplacements, ses interventions et ses rencontres, Nicolas Sarkozy est toujours soupçonné de vouloir donner des gages à chacun et de chercher, à se faire bien voir, des diverses catégories censées représenter les Français. 

Quand on regarde le long manteau des églises, des basiliques et des cathédrales sur notre territoire, on voit bien l’influence de l’héritage chrétien dans l’histoire de France ». Ce faisant, il s’approprie l’image du moine bourguignon Raoul Glaber qui, au début du XI° siècle, montrait le monde en train de se revêtir « d’un blanc manteau d’église ».

En réalité, qu’il s’agisse de la mise en scène du cheminement des moines de Tibhirine jusqu’à leur assassinat en Algérie en 1996, « grâce au film de Xavier Beauvois » ou d’une discussion avec Benoît XVI ; l’objectif présidentiel reste de montrer que l’élément religieux relève non seulement de l’engagement personnel de chacun selon ses choix mais aussi de la vie en société. De ce point de vue, il se trouve en phase avec la plupart des responsables de l’Église de France, qui partage une vision ouverte de la laïcité, où les religions, sans rien imposer, proposent aux citoyens une dimension supplémentaire, avec, d’ailleurs, des implications concrètes.

C’est d’ailleurs à cause de ces dernières que peuvent légitimement survenir divergences et dissensions avec l’Etat. À moins de revêtir celui-ci d’un pouvoir moral qui résulterait de sa force législative « c’est légal, donc c’est bien » ou de l’opinion dominante du moment « il faut suivre ce que pense la majorité » on ne peut en effet donner tous les droits au politique.

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